‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 37 sur 192 · DON GARCIA, DON FÉLIX · texte numérisé non relu

DON GARCIA, DON FÉLIX

DON FÉLIX. La nièce esl-ellc enfin arrivée?

DON GARCIA. Elle est enfin arrivée ; il est arrivé ime femme divine, nn séraphin humain.

DON FÉLIX. Anriez-vous changé de passion t

DON GARCIA. A peine l'ens-je vue, Félix, qu'elle fW et possession de toutes mes pensées.

DON FÉLIX. Et la tante? quoi ? vous avez changé?

DON GARCIA. Elle a son juste châtiment Qui ne prévoit pas le danger, ne doit accuser que sa pré&ompiioo. QuMl ne 8*ên prenne qu'à lui-même quand il est Wessé, celui qui met im- IH'ademment une épée dans la main d^nti fou. Si Clara vent itre aimée^ si elle s^enflamme pour moi, pourquoi a4-elle ^ftil venir chei elle une beauté si souveraine? Si dans la nuit

lOÙ CHANGER POUR TROUVER MIEUX

ténébreuse Diane déploie orgueilleusement sa chevelure, sa lumière parait belle; mais elle s'obscurcit, effacée par les rayons do soleil, aussitôt que resplendit la lumière pourprée de Tastre du jour. Avant d'avoir contemplé Léonor, je confesse que la divine splendeur de sa tante jetait sa clarté dans mon âme, mais, Félix, depuis que je Tai vue, il faut que Clara me pardonne, c*eût été folie de laisser un si beau soleil pour une étoile.

DON FÉLIX. Dona Clara n'est-elle point belle?

DON GARCIA. Vous uo Tavez jamais vue?

DON FÉLIX. Jamais/

DON GARCIA. Si Léouor ne Téclipsait, elle n'aurait point de rivales.

DON FÉLIX. Et puis nous dirons que les femmes sont légères!

DON GARCIA. Quaud le changement d'amour se fonde sur une raison il devient un acte de sagesse. Il est une légèreté lorsqu'il se produit sans motif et par sa mobilité même.

DON FÉLIX. Enfin, que dit de cela votre nouvel amour?

DON GARCU. Léonor ignore jusqu'à présent le tourment qu'elle me donne ; pourtant si elle a deviné le langage de mes yeux, ils lui ont confié mes ennuis, et si la force de mon dépÎT ne me trompe pas, ses regards me permettent de croire qu'elle a compris mon chagrin.

DON FÉLIX. Vous pourrcz difficilement éteindre ce feu qui vous embrase puisque l'ennemi est dans la maison. Léonor demeurant toujours auprès de dona Clara, quand votre amour pourra-t-il s'expliquer avec elle? Et en supposant que vous trouviez le moment de lui conter votre peine, comment l'engagerez-vous à vous répondre? A quels moments la courtiserezvous? Sa tante nesurprendra-t-^lle pas vos ruses les plus ca-

«hées, si la paisaion yous rend jaloux, et si jalouse, elle vous épie?

D05 GARGU. La difficulté ne me décourage pas; un sentiment résolu rend faciles les choses impossibles. Plaise à Dieu que' je sois aimé de Léonor I Si mon affection la touche, notre ennemie ello-mème nous rapprochera ; si Clara, qui m'aime, autorise mes visites, ce sera le moyen de voir Léonor. Enfin, il faudra bien que par artifice ou par hasard, une fois sur mille, je rencontre Toccasîon de lui parler en tète-à-tête. Je TOUS demande de m'aider dans un projet que je médite.

DON FÉLIX. Votre désir est une loi que je m'engage à suivre.

DON GARCIA. Faltes-la cour à Clara.

DOW FÉLIX. Dans quel but? •

DON GARCIA. Jc prétends par cette rivalité redoutable éloigner ses yeux de ma passion ; occupée de deux amours, elle me laissera plus d'occasions pour parler à sa nièce ; ce sont des audaces de Mars, que détourner et affaiblir son adversaire en le forçant à tourner ses armes d'un autre côté.

DON FÉLIX. Subtile invention! mais sans effet en ce mo ment, car si Clara vous aime, à quoi sert-il que je me déclare?

DON GARCIA. Félix, si VOUS ne pouvez donner un autre cours à son affection, ne l'obligerez vous pas par force à vous résister?

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