‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 43 sur 192 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE MARQUIS, OTAVIO, UN Valet.

LE MARQUIS. Est-il possîble? Vous, Otavio, à Madrid, sans m'en avoir avisé? J'ignore comment vous pourrez me donner satisfaction de cet affront.

OTAVIO. J'avoue à Votre Seigneurie, marquis, que je suis arrivé si intraitable, que ça été courtoisie de ne vous point aviser.

LE MARQUIS. Avcz-vous quelquc ennui?

OTAVIO. J'en ai de tels que j'en perds la tête.

LE MARQUIS. AloTS j^dl bicu devlué I Vous avez des cbagriDs, 01 ivio, et vous ne les partagez pas avec moi? Ou vous n'êles plus mon ami, ou vous doutez que je sois le vôtre.

OTAVIO. Vos conçolations les auraient-elles diminués? Pouvons-nous partager les rigueurs d'une femme ?

LE MARQUIS. J'ai cru que des choses touchant l'honnenr causaient volre souci. A Madrid , vous avez une passion si Lrîsle et si désespérée I On voit bien que vous pratiquez les mfi^ts de l'Andalousie où vivent toujours les finesses d^Amadis ï Ici Ton se conduit mieux : on recherche plus le profit; non-seulement personne ne meurt d'amour, mais on n'en est pas même indisposé. Ici de belles fontaines versent pour

breuvage l'eau de l'oubli contre les fièvres d'amour; et comme les malades s'en trouvent très-soulagés, le nombre de ces fontaines s'augmente tous les jours à Madrid. Non, Otavio, il ne plaise à Dieu qu'étant de vos amis, et passé maître dans cette science, je vous la laisse ignorer... (au valet.) Dis, Leonardo, qu'on prépare une chambre pour Otavîo.

OTAvio. Seigneur...

is MARQUIS. Le plus grand affront que vous me puissiez Élire c'est de répliquer,

OTAvio. Je vous baise les pieds,

LE MARQUIS, Ne croycz pas que j'aie oublié les années écoutes, quand à Séville nous n'étions qu'une toe et qu'une exislQuce, Je veux voir, si je puis, Otavio, vous distraire et vous amuser en ma compagnie ; les bons conseils ont souvent triomphé de l'amour.

OTAVIO. Je n'en doute pas et je suis à vos ordres. Mais quelle est celte dame, marquis, qui sort de l'église d'Alocha?

LE MARQUIS. Je crols que c'est doiia Clara de Luna. Qui.

OTAvio. Belle tournure et visage charmant.

LE MARQUIS. Doîla Clara a tout ce qu'il faut pour être heureuse ; outre ce que vous voyez, elle est riche et ma parente*

OTAviOi Ce titre augmente encore son prix*

LE MARQUIS. N'êtcs-vous pas garçou ?

OTATio. Seigneur, j'ai vécu libre jusqu'à ce jour, si un esclave de l'amour a droit de parler ainsi.

LE MARQUIS. Écoutez ma proposition ; observez bien ma parente, si ia veuve vous plalt^ c'est mol qui vous marieraii

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