LE MARQUIS, OTAVIO, DO^A CLARA, LÉONOR
LE MARQUIS. Belle Clara...
doSa CLARA. Voire visite honore ma maison. Qu'est cela? C'est un miracle de vous voir, marquis.
LE MARQUIS. C'est VOUS qui êtes le miracle.
DONA CLARA. Flatterie I Vous voyez qu'elle me fâche.
LE MARQUIS. Jc VOUS dis la vérité et vous le savez blea. Mais je vous présente Otavio, mon hôte, chère parente, c'est mon meilleur ami depuis qu'enfant j'ai quitté les champs de TAndalousie.
OTAVIO. Je suis votre esclave, madame.
DONA CLARA, Ce scra une preuve d'estime, don Otavio, que de disposer de mon crédit.
LE MARQUIS. Je coutcmple avec admiration cet ange terrestre. Quelle est celte femme divine?
DONA CLARA. Doua Leouor, ma nièce, fille de don Juan, mon frère, qui mourut à Séville en m'instituant sa tutrice et en me donnant la curatelle de ses biens.
LE MARQUIS. Rccevcz mon compliment de condoléance pour la mort de votre frère, mais elle aura eu l'heureux résultat,belle Leonor de vous amener à Madrid ; vous êtes ma parente, embrassez-moi.
LEONOR. Je suis vôtre.
n l'embrasse.
LE MARQUIS. Quels doux liens !
OTAVIO. Si comme parent vous avez ce droit, je demande la mÉine faveur puisque être compatriote c'est aussi une parenté- Soyez la bienvenue I
LEONOR. Pour vous serviF.
LE MARQUIS à part. Quelle humilité 1 comme elle est belle, sérieuse et parfaite 1 Vénus est vaincue ; la nature s'enorgueillit d'avoir placé sa puissance dans une si merveilleuse beauté I
soNA CLARA, à otavio et à Leonor. Le marquis est distrait.
LEONOR, à part. Gomme il me regarde l
OTAVIO. C'est une extase, il n'a pas coutume d'être discourtois.
LEONOR, à part. Quelque pensée l'absorbe.
DONA CLARA. Est-ce l'ennui, seigneur marquis, ou quelque chagrin qui vous cause cette distraction ? Je suis .étonnée de vous voir ainsi.
LE MARQUIS. J'ai été distrait ?
DOÎ^A CLARA. Oui.
LE MARQUIS, à part. Me voici amoureux. (Haut.) Pardonnezmoi , un souci vient de m'assaillir avec une telle violence que sans que j'y puisse résister il s'est emparé de toute mon âme. Mais , senora, je vous promets que si je pouvais vous en dire la cause, vous seriez moins étonnée de mon émotion.
DONA CLARA. Sout-cc des chagrius d'amour? (Bas au mar qais.) Vous regardez beaucoup Leonor.
LEONOR, à part. Il m'aime, si l'amour parle par les yeux.
LE MARQUIS. Je ne pense pas à l'amour, mais à des choses qui concernent l'honneur.
LEONOR, à part. Mon soupçou m'a trompée.
OTAVIO. Dites-nous, marquis, vos chagrins , et voyez si vous avez besoin de mon cœur ou du sang de mes veines. Âuriez-vous une affaire d'honneur sans m'en vouloir parler?
LE MARQUIS, h part, à Otavio. Ah I Otavio I la bouche déguise avec art les souffrances de l'amour. C'est Leonor qui me trouble; j^ai nié, craignant que sa tante ne l'éloi^n^t de
mes yeux, si elle devine ma pensée, et parce que j'ignore la condition de celte jeune fille.
OTAvio, de môme, Ml marquif* VOUS avez plutôt agi en sage qu'en amoureux*
LE MARQUIS, de même. Je vais prendre congé sans rien dire de mon aiïeclion jusqu'à ce que je trouve une occasion meilleure.
Do^A CLARA. Poufrait^n, marquis, remédier à votre chagrin?
LE MARQUIS. Uuc pcusée si cruelle trouble ma tête que je dois vous quitter à l'instant, et remettre à un autre jour l'affaire importante dont j'étais venu vous entretenir.
DOi^A CLARA. Votrc présBDce sera toujours Un honneur pour moi.
LE MARQUIS. Je VOUS félicitc de nouveaUi belle Leonor, sar votre arrivée.
LEONOR. Pour vous servir, seigneur.
LE MARQUIS. Pour me tuerl puisqu'ici je laisse mon âmel
OTAvio, bas au marquift. Ëst-ce bien VOUS qui vous moquiez de l'amour?
LE MARQUIS, de même, à otavio. J'igoorais jusqu'aujourd'hui que Tamourfutun dieu.
IIb sortent*