‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 92 sur 192 · SCÈNE PREMIÈRE LE ROI , LE MARQUIS , DON PEDRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LE ROI , LE MARQUIS , DON PEDRE

LE ROI

Marquis , quand du coup qui vous frappe

Je venais pour vous consoler,

Il me faut de moi vous parler ,

Car ma douleur à flots s'échappe.

Vous perdez un frère adoré.

Et moi, Fami pur et sincère

Qui soumit l'africaine terre

Et vainquit le Maure abhorré.

Oui , je chérissais votre frère

Dont la valeur me défendit

Quand le mien que le ciel maudit

Me fait injustement la guerre.

Mais avez^vous de Tagresseur

Trouvé la trace ? son supplice

Satisfera seul ma justice

Et pourra soulager mon cœur.

LE MARQUIS

Son nom reste jusqu'à cette heure yn mystère pour tQus , mais moi ,

^Ut ACQUÉRIR DES AMfS

Puisque du ciel telle est la loi Et que le frère que je pleure Tomba dans un duel loyal, Je voudrais ici voir paraître Pour qu'il servit le roi mou maitr« Cet heureux et vaillant rival.

Celui qui put vaincre don Sanche Mettrait sans doute aux pieds du roi L'empire turc en désarroi.

Ainsi pour le pardon je penche Et je vous demande à genoux Malgré la douleur qui m'accable D'absoudre pour moi le coupable Que moi je gracierai pour vous.

Il met un g«tioii an terre.

LE ROI

Une telle action est fille Du dévouement le plus entier.

Levez-vous mon grand écuyer I

LE MARQUIS

Je veux baiser la terre où brille, Sire, la trace de vos pas.

LB ROI

A s'acquitter le roi commence, C'est une faible récompense Pour le don de pareils soldats.

LE MARQUIS

Votre cœur trop généreux paye , Seigneur, même l'intention.

LE ROL

Ajoutez encore à ce don , En preuve d'une amitié vraie,

AGQUÉHIR DES AMIS l2i&

Le droit funèbre, et par surcroit Les Alcabalas de Cordoue. (1)

LE MARQUIS

Payer ainsi , c'est , je Ta voue, Donner bien plus que Ton ne doit. Mais , dites-moi , sire, de grâce Si le coupable a bon pardon.

LE ROI

C'est bien.

LE MARQUIS) à part.

Juste décision.

DON PEDRE, à part.

Quel cœur I Hauu Marquis le ciel vous fasse Vivre mille ans I

LE MARQUIS

Ce que donna Le roi dans sa faveur insigne Plus que moi vous en étiez digne Seigneur don Pèdre de Luna.

LE ROI

Don Pèdre, je vais à la chasse Oublier des maux aiSigeanls, Faites prévenir tous mes gens.

DON PEDRE*

Ce sont les devoirs de ma place.

Il sort* (1) Droit sur tout ce que l'on vernli

2i6 ACQUÊRn; DES AMIS

SCÈiNE II LE ROI , LE MARQUIS.

LE ROI

Sommes-nous seuls ?

LE MARQUIS

Oui, majesté.

LE ROI

A votre amitié bien connue Je dirai la vérité nue.

Selon ce qui m'est rapporté Comptant sur son outrecuidance Et de ma faveur trop gonflé, Marquis, don Pèdre a violé Le respect de ma résidence.

Il est entré dans mon palais La nuit, et d'une noble femme Il a souillé, comme un infâme.

L'honneur et le nom. Cet excès Veut que son sang coupable coule.

Ma justice Ta condamné , Mais étant un homme bien né Il doit mourir loin de la foule.

Il a des parents, des amis Sans nombre, une mort ferait naître Mille adversaires qui peut-élre Se joignant à nos ennemis liCur prêteraient leur assistance.

Pour cela, vous sachant discret

Je vous ordonne en grand secret D'exécuter notre sentence,

LE lURQUIS.

Mais.,.

LE ROI. j

Obéissez seulement; Je vous sais tout à mon service Et vous connaissez ma justice.

n sorU

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