‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 95 sur 192 · SCÈNE V DON DIÉGUE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V DON DIÉGUE, LE MARQUIS

DON DliGDE, à pvU

Il est seul, bonne occasion

Haut.

De lai parler, Marquis, je baise Vos pieds.

LE MARQUIS

Don Diègue.

DON DIÈGUE. t

N'en déplaise A votre juste affliction Le chagrin presse ma parole.

Je ne surfais pas ma douleur; Aujourd'hui le même malheur Tous deux nous frappe et nous immole ; Vous perdez un frère, je perds Une sœur. Plût au divin juge Que comme vous j'eusse un refugel On sait par nos destins divers Que la perte de Texistence Affecte moins un noble cœur Que le trépas de son honneur.

Quand du fond de ma conscience Je vous considère, vrai mur De justice, et trop rare exemple De loyauté, que Ton contemple, Je me dis : cet homme si pur Qui pour chacun est Thonneur même Pourquoi m'a-t-il déshonoré ?

Marquis, votre frère expiré Appelle sur nous Tanalhème, Mais l'amour avoué par vous De mon déshonneur est la cause.

Je sais ce que peut et ce qu'ose D'un homme puissant le courropx.

Vous savez ma valeur peut-être, Tous deux du roi nous connaissons La rigueur aux moindres soupçons- Marquis faites-moi donc connaître La conduite que vous tiendrez.

• LE MARQUIS

Seigneur don Diègue en témoignage

De mon véridique langage

rappelle les cieux vénérés.

Ils diront ma douleur amère

Quand j'appris que d'un bruit menteur

J'étais la cause et non l'auteur.

Pour prouver mon regret sincère

J'avisai Flor tout aussitôt,

Et donnai l'ordre à la justice

De rester de tout spectatrice.

J'ordonnai de ne dire mot

De voire sœur quoique sa vue

Me rappelât ce froid débris

Qui glaçait d'horreur mes esprits.

DON DIÊGUE.

Votre conduite m'est connue Acceptez mon remerciement.

LE MARQUIS

Tels sont les faits. La force humaine N'y peut rien ; le destin nous mène. .

ACQUÊRin DES AMIS 228

J'ai confessé sincèrement Ma faute et si votre indulgence Comprend les choses de Tamour, Je me flatte qu'à votre tour, Vous oublierez votre vengeance.

Si je trouve un moyen sensé Oui pour l'avenir vous rassura Et qui referme la blessure Que vous a faite le passé I

DON DIÈGUE

Je le veux bien,

LE MARQUIS

Mon amour cède, Don Diègue, à votre honneur discret Mon caprice à votre intérêt.

A paru

Ne plus voir Flor c'est le remède Que j'avais d'avance trouvé, Mon ennemi je le remplace, En lui cédant de bonne grâce. Par un ami bien éprouvé.

Haut.

Gomme cavalier je vous donne Parole que non-seulement J'oublie un si doux sentiment Mais que Flor n'entendra personne Lui parler jamais en- mon nom»

Que je ne recevrai point d'elle Rendez-vous, message, nouvelle; Si de ses mains j'ai quelque don.

Je veux sur l'heure le lui rendre.

Du roi j'obtiendrai quelqu'édit

Poar augmenter voire crédit.

Sa faveur, si Dieu veut m'entendre, Sur vous si bien rayonnera Que votre clarté de l'orage rissipant soudain le nuage, L'honneur de Flor resplendira,

DON DIÈGUE

Merci» seigneur, de voire zèle.

Dans ma foi je suis raffermi Et je demeure votre ami.

LE MARQUIS

Au serment je serai fidèle.

DOIf DIÈGCE.

Pour vous montrer combien mon cœur Se confie à votre noblesse.

Ces témoins de votre faiblesse Et du discrédit de ma sœur

Il lu^ donne des lettres.

Prenez-les, que le ciel me garde.

Quand j'accepte ici vos bienfaits D'en mettre en doute les effets.

Et d'être plus que vous en garde.

LE MARQUIS

D'un ami le vrai dévoûment Vous paiera celte confiance.

DON DIÈGUE

Et le mien par cette alliance* Vous est acquis absolument.

Ils sortent.

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