‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 98 sur 192 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Une salle chez don Diègue.

DOM FLOR, peu après DON FERNAND.

doSa flor.^ Bu marquis, pas un mot, mon Dieu I Pas de visite ! est-il possible?

Est-ce jalousie irascible ?

Est-ce une vengeance, un adieu ?

Qui vient là?

DON FERNANB.

Flor I un misérable.

Que la mémoire du passé, Au fond de Tenfer a placé Et qui pourtant n'est pas coupable.

DOSfA FLOR.

FemandI

DON FERNAND

Ne me connais-tu plus ?

Ainsi tant de jours de souffrance Sont payés par Tindifférence I Ainsi, reproches superflus 1 Un cœur noble joint le mensonge A l*oubIi de la loyauté I Pourquoi taire la vérité?

Prolongeant mon pénible songe, Pourquoi, lorsque je te revis, Plus constant, plus épris encore.

Au malheureux fou qui t'adore Ne pas donner un sage avis?

Dans sa douleur on se repose.

La rigueur c'est de la pitié.

Si de notre ancienne amitié Ton âme eut gardé quelque chose Tu m'aurais alors prévenu Pour épargner au moins ma vie.

Ou pour ne pas te voir suivie Par le cri d'un cœur méconnu.

Fis-tu mieux par tes tromperies

De me jeter dans ces périls?

Tes serments d*alors où sont-ils f Ton âme pour les fourberies Était née, et tu ne pouvais Agir autrement, étant femme.

DOi^Â FLQR.

Non, je n^accepte pas ce blâme.

La querelle que tu me fais C'est afin d'étouffer ma plainte.

Si tu m*avai8 fidèlement^ Perfide, tenu ton serment.

Mon cœur serait libre de crainte.

Et nous verrions peut-être encor Revivre nos belles journées; Mais tu changeas nos destinées, Le serment fait à dona Flor, Oui, tu le violas, parjure I

DON PERNAND.

Cela n'est point l

DOi^A FLOR.

Non par des mois, Mais par des actes. Tes complots Pour mieux ébruiter l'injure.

Ton duel, tes soupçons jaloux, Ne valent-ils pas des paroles ?

DON FERNAND

Laisse-là les raisons frivoles.

Pour cacher tes torts, entre nous.

Tu m'en prêtes en vain, perfide.

Je me battis, cachant mon nom.

Je risquai par discrétion Des jours qu'un rival intrépide

2» ACQUÉRIR DES AMIB

Voulait m'ôter pour m'arrachar Le secret que je voulais taira»

Je restai muet pour te plaire»

Que viens-tu donc me reprocharl

DOSfÀ FLOIU

Quand tu vis cette résistance Il te fallait fuir le danger, La nuit eut pu te protéger.

Tu ne perdais rien par Tabsence.

DON FEHNAND.

Souviens-toi de quel sang je suis 1' Mon serment m'a dicté ma tÀche, Je dois être discret, non lâche.

Tel est le but que je poursuis.

Qu'importait-il que tout le monde Ignorât mon nom et mes traits?

Moi-même, je me connaissais.

Le crédit sur Thonneur se fonde.

Si tu comprenais mieux mon ccsQr Tu jugerais mieux ma conduite.

Où me cacher après ma fuite?

Où trouver l'estime et l'honneur t

DO!ÏÀ FIiOIU

De tout je t'aurais tenu compte Si pour moi tu l'avais tenté.

DOIf FERNAim,

Mais, ignorant la vérité, On n'aurait connu que ma honte I Toi-même tu m'aurais blâmé De cette action condamnable ; Car toujours le malheur m'accable l Et le monde étant informé

Que le galant qu'on vit paraître Sous ton balcon, était celui Dont ton cœur acceptait Tappuit C'était te diffamer. Peut-être On feut reproché cet amour Pour un lâche, pour un indigne.

Vois mes raisons, l'affront insigne Qui te perdait, Flor, sans retour. Vois commant aujourd'hui les peines Naissent pour moi de tes erreurs.

Oui tu causas tous mes malheurs Et contre moi tu te déchaînes I Si tu m'avais gardé ta fol^ Si d'un autre amant occupée, Dédaignant ma flamme trompée.

Tu n'avais bravé toute loi, Je n'aurais pas vu ma ruine l

DOfÎA FliORt

Un autre amant?

DON*FERNAND

Que tu chéris!

Qui garde tes balcons fleuris, Qui se bat pour son héroïne l

DOSA FIiOR.

Un homme puissant dédaigné Change son amour en colère*

DON FERNAND

Dans la crainte de me déplaire En vain tu prends l'air Indigné»

Loin de moi, va-t'en, fière ingrate.

Tigre, serpent, je suis venu

Pour voir ta conscience à nu; La mienne en mille feux éclate, Taccose et maudis tes forfaits Et tes mensonges hypocrites.

Pour punir selon ses mérites Ton àme vile, je devrais Rompre le serment qui me lie.

Je le garde quoiqu'ofifensé, Quand par un effort insensé Ton cœur obligé le renie; Et moi reniant nos amours, Pour n'entendre plus tes paroles, Tes faussetés, tes hyperboles, Je te dis adieu pour toujours,

doSa flor.

Toi, de mes maux la cause unique, Va-t'en l que l'écho de ton nom Ne vienne plus de ma maison.

Ingrat, souiller le seuil pudique I

DON PERNAND.

Oses-tu d'ici me chasser?

Mon nom offense ton oreille, Ma présence, ô rare merveille.

Aujourd'hui semble te blesser.

Dussé-je y perdre mille vies.

Je serai l'ombre qui te suit Et le fantôme qui, la nuit.

Vient t'effrayer lorsque tu pries.

Ainsi je me venge et réponds Par une poursuite obstinée Aux déGs de la destinée I

ACQUÉRIR DEâ AMIS 237

DOi^Â FLOR.

Prends bien garde à tes actions Ou je saurai.. •

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