SCÈNE VII
DON FERNAND, en costume de voyage, ENCINAS.
DON FERNAND, à part.
Lui I devant le logis de Flor !
Ce n'est pas, certes, bon indice El je crains quelque préjudice.
Haut.
Hidalgo I
ENCINAS.
Voyons I qu'est-ce encor?
DON FERNAND
Un homme curieux d'apprendre Si c'est ici votre maison.
ENCINAS,
Seigneur I ai-je bien ma raison ? •
Est-ce vous que je viens d'entendre?
DON FERNAND
Tais-toi ! ne me connais-tu pas î
ENCINAS.
Très-bien, mais grâce à mes oreilles, Car mes yeux ne voient pas merveilles Ce ne sont plus vos traits, hélas !
Que ce déguisement vous change I
DON FERNAND
Tant mieux I car pendant quelques jour»
Dans l'intérêt de mes amours Je me dois cacher.
EtrCINAS.
C'est étrange I Ainsi de moi vous méfier I M'abandonner dans ma trUtesse Et me biûler la politesse 1 Oserez-Yous me rudoyer Si de la ville de Gordoue Je médis et des Cordouans?
DON FJBRNAND,
Tu te trompes quand tu prétends
Critiquer ma conduite. Avoue
Que pendant Tenquète qa*on fait
Ce serait un trait de folie
Dé jouer sottement ma vie
En me montrant, quand le seul fait
De mon amourdéjà m*exile.
Ainsi je veux savoir de toi
Ce qu'on dit de Flor et de moi.
Et quels sont les bruits dans SéviHe*
£NCINAS.
Ne vous trouvant plus au matin Je sortis, je vous le confesse, Pour vous faire dire une messe ; Je vis le public incertain, Tout effaré de l'aventure, Bâtissant mille sots propos.
Accusant Flor de tous les maux, Et rappelant bien haut l'injure Que vous fîtes à son honneur Dans Cordoue autrefois, seigneuft Si l'on ne l'a pas poursuivie.
C'est pour autre cause pourtant*
On saity c'est le point important, Que le marquis sauva la vie Au meurtrier et qu'il Taida Dans sa fuite, et qu'au roi lui-même 11 demanda, faveur suprême, Un pardon qu'on lui concéda.
Certains disent avec mystère Que ce fut par son ordre exprès Et pour servir ses intérêts Qu'on donna la mort à son frère, Car de Flor il était jaloux ; Cette opinion, l'entrevue.
L'a conGrmée et répandue.
Tel est le vrai point , entre nous, Où les choses sont arrivées.
Quant à moi, je vous apprendrai Que, confus et désespéré De tant d'inutiles corvées, Sans trouver trace de vos pas. Pressé de plus par la détresse.
Je visitai votre maltresse Pour lui conter mes embarras.
Je la trouvai triste et pensive ; Son noble frère avait posté Des laquais de chaque côté Dans une attitude offensive.
Don Diègue entra ; près de sa sœur Il me rencontra, plein de crainte.
Mais pour la ruse et pour la feinte Lorsque survient un agresseur.
Rien ne vaut, seigneur^ une femme, Flor répondit, sans s'effrayer.
Que je cherchais comme écuyer A me placer près d'une dame.
Étant sans maître en ce moment.
£lle affirma me bien connaître Et dit qu^en me voyant paraître Elle s'était subitement Rappelé Tenfant de Gordoue Qui jadis partageait ses jeux.
Le ciel , par un hasard heureux , Voulut que sans faire la moue Le frère m'acceptât pour tel.
Ce titre de compatriote Flattant presque peu sa marotte, Je fus admis dans le castel.
Enfin, je porte la casaque De Don Diego de Padilla Mais à vos ordres me voilà Pour la défense ou pour l'attaque.
DON F£RI!fAI!tD.
Le marquis a sollicité Du roi mon pardon?
ENCINAS.
On l'assure.
DON F£RNAND, à part.
Gomment envers celte âme pure Puis-je être jamais acquitté ?
A Encinas.
Du roi quelle fut la réponse ?
ENCINAS.
D'un air sévère il dit : «C'est bien ! »
Ainsi de lui ne craignez rien.
DOn PCRlfAND.
Est-ce mon pardon qu'il pronoooel Enfin te voiià le valet De Don Diègue ?
JENGINAg,
Oui, fen ai la mina, Mais à vous servir je m*obstine Si la chose ufi vous déplaît,
DOIf FBRIfAND,
Poursuis pour détourner le doutât
SNCINAS.
Merveilleuse précaution.
DON FCRNAND.
Et pour que ta position
Soit moins précaire, tiens» écoute,
Prends celte chaîne.
ENCmAS,
Est-elle en or?
DON FERIfAND.
Tu le vois bien.
£NGINAS.
Au misérable, La défiance est pardonnable.
DON FERNAND
Si je dis d*où vient ce Irésor..»
PNCINAS.
Gageons qu'il vous vient d*une femme.
DON TBRNAND.
D'un homme qui sauva mes jours.
ENCINAS.
Gemment seigneur ?
DON FERlf AND,
Rentre toujours A ce logis qui te réclame, Va savoir si Flor peut venir Me parler à sa jalousie*
ENCINAS.
De stupeur j'ai l'âme saisie, Vous vouliez la fuir, la punir,,,
DON F£RNÀNP.
C'est vrai, mais j'ai changé d'idée.
£NCINAS.
Eh bien, entrez dans la maison, Ten forme seul la garnison.
Quand vous l'aurez persuadée.
Quittez Flor et lâchez de fuir Car le frère n'est pas commode Et peut nous traiter à sa mode.
D'espion, je vais vous servir.
DON FERNANP.
mon ennemie adorée, Je brûle et tremble de te voir !
Je ne crains que ton désespoir Lorsque mon âme est torturée I
Us flortend