ACTE- TROISIEME
tout de suite la confession que je viens de te faire. Je n'aurais pas été condamnée à cette hypocrisie qui m*étouffè depuis huit jours et que tu as prise pour du tact et de la résignation. Ils sont tous les mêmes !
ETIENNE
Tu as fini?
GERMAINE
Oui, j'ai fini. Tu peux me tuer maintenant. J'ai dit tout ce que j'avaiB à dire. J'attends. Va, quoi que tu fasses, tu ne pourras pas être plus cruel que tu ne l'as été
Elle s'assied.
^TIENNE, durement. .
Non, je ne te tuerai pas, je ne te rendrai pas ce service ; tu serais trop contente. Je m'en vais de la maison, tout simplement.
Il prend son chapeau.
Ahl
ETIENNE
Je ne te verrai plus, je ne t'entendrai plus, voilà ma seule vengeance. J'avais une femme et un ami, je n'ai plus ni l'un ni l'autre; mais j'oublierai, je travaillerai, je réaliserai les rêves que tu entraves depuis huit ans par tes plaintes, tes déclamations, tout ton ergotage. J'ai assez perdu de temps avec toi. Adieu, ma servitude est finie, je suis libre maintenant. Tu as raison, je suis débarrassé de toi. Grâce à ton infamie, me voilà délivré.
GERMAINE
Adieu.
ETIENNE
Quoi qu'il advienne, si bas que tu descendes, je
966 AUOURBUSE ,
ne paierai jamais trop cher ma liberté. Cette liberté^ sache-le, je la place au-dessus de mon bonheur, au-dessus de ma dignité.
GERMAINE
Tu peux partir. En t'en allant, tu te venges moins lâchement que tu ne crois.
ETIENNE , allant à elle..
Ce n'est pas un mari outragé qui s'en va, c'est un amant qui lâche une maîtresse ennuyeuse. Tu iie peux pas savoir combien de fois j'ai maudit la pitié qui rn'enchaînait ici. Dieu merci, à présent j'ai le droit de t'abandonner sans ren)ords. Jamais je ne retrouverai une occasion pareille. Aucun devoir, aucune charité ne me comrrgndent de vivre avec une coquine.
GERMAINE
 ton aise.
ETIENNE, avec rage.
Car il n'y a qu'une coquine qui se donne à un passant parce qu'on Ten défie. Celle qui vous trompe parce qu'on l'y engage était capable de le faire sans qu'on l'y invitât. Ce n'était pas une honnête femme ayant.
GERMAINE
Des phrases.
ETIENNE
On ne s'empare pas d'un mouvement de colère à moins d'être une gueuse. Personne n'a ce droit. On n'écoute pas un fou qui vous conseille de voler quand on a de la probité. Tu n'as pas besoin de te . pavaner dans ta belle action. Cette action est aboroinable.
Je me suis perdue par désespoir.
ETIENNE
Par cynisme.
GBRMAINB.
Par indignation.
liTIEHNB.
La gravité de mes torts n'excuse pas ta trahison. Le châtiment a dépassé l^ofTense.
OERMAINE*^
Tant mieux.
ETIENNE
Tu oses m'accuser ? Mais si méchant, si imparfait que j'aie pu être, je ne t'ai pas trahie, moi. Ce que je ne t'ai pas donné par égoïsme ou cruauté, ou par impuissance de cœur, je ne l'ai donné à aucune autre. Avec tout ton aiQpur tu as commis ud3 faute qu'une femme sans amour n'aurait jamais commise. Qu'aurais-tu fait de plus si tu ne m'avais pas aimé?
GERMAINE
Si j6 ne t'avais pas aimé, je n'aurais pas soufTert, et je serais restée tranquille.
ETIENNE
Cela eût mieux valu. Mais à quoi bon m'indigner si longtemps? Ou n'a jamais été d^ns le mariage ici, ce n'est pas la peine que je parle en mari Adieu. Je ne rentrerai dans cette maison que lorsque tu en seras sortie,
GERMAI^ÏE.
J'en sortirai bientôt
368 AMOURIUSX
ETIENNE
J'y compte.
Ce De sera pas long.
ETIENNE
Je te délie de tout ce qui t'attache à moi. Fais ce que tu voudras.
GERMAINE
Merci.
ETIENNE, sur le seuil de la porte.
Et en te quittant je garde le pouvoir de te faire souffrir, car je ne t'aime pas, je te le répète, et tu m'aimes.
. G E R M A I N E , violemment
Tu te trompes, je suis guérie, je ne t'aime plus. Tes insultes ont usé mon adoration et l'amour d'un autre a fait le reste.
ETIENNE
Rejoins-le vite alors, car je l'aurai tué demain.
(n sort.) GERMAINE, avec amour.
Etienne ! (Seule, fondant en larmes.) Je l'ai perdu maintenant, c'est fini.
Un long silence.