‹ Théâtre d'amourChapitre 42 sur 232 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

Et demeure au logis, Messaline incomprise; Tu n'y rentrerais pas au bras d'un compagnon.

VANINA

Monsieur est un expert ?

J'ai l'œil d'un maquignon.

VANINA

Tu fus trahi pourtant.

LAZZARO

Va, petite nonnette.

Tu reviendras bredouille avec ta face honnête. Si moi, je sens le vin, toi, tu sens la vertu. L'honneur en toute chose est l'obstacle, vois- tu. Ta blanche pureté te met en quarantaine. Et quand tu passeras, courtisane incertaine. Les gens te salueront de loin, sans approcher; Moi seul, ô mon enfant, pouvais te débaucher.

VANINA

Tous les muguets sont prêts à. déranger mon somme.

LAZZARO

Je te mets au défi de dénicher un homme.

VANINA

J'aurais l'air effronté, si je le voulais bien.

LAZZARO. '

Ça se voit tout de suite, une femme de bien. — Des libertins tu peux accoster les gondoles. Ils ne prennent à bord que d'adroites idoles. On méprisé beàdcoup les talents d'amateurs. G'esl dti plaisir isàvant qu'il faut aux sénateurs. Les hoinmeô à miîiuit, las de leur malfaisance, Réclament iih àmotif doublé de coihplàisance ;

la'i l'infidèle

Or^ tu dois manquer d'art et de soumission. Songe aux désagréments de la profession. La jeunesse n'est rien, et souvent tes pareilles Jalousent le pouvoir inexpliqué des vieilles.

VANINA

Nous les valons, mon cher.

LAZZARO*

A l'habileté près.

Plus d'une belle enfant dort sous les verts cyprès. Pour avoir rencontré des âmes endurcies ; Et le Seigneur permet que des catins rancies Au bras de jouvenceaux fassent leurs derniers pas. Mais regnrde-toi donc, tu ne te connais pas; Tu traînes ta pudeur comme une maladie ; Tu refuses déjà ta gorge qui mendie ; Timides sont tes yeux, et gauches tes façons. Ton amant t'a donné de mauvaises leçons.

VANINA

Tu te trompes, Lazzare.

LAZZARO

Assez d'outrecuidances.

Les amis sont bavards et font des confidences. Je suis fixé.

VANINA

Tu mens.

On entend un tonnerre lointaia.

LAZZARO

Va-t'en sur l'oreiller Poser ce front trop pur que nul ne veut souiller. Évite, en te cachant sous tes draps de dentelle. L'orage qui perdrait ta robe en broca telle.

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