ACTE DEUXIÈME
GERMAINE
Il no t'a pas apporté de nouvelles désagréables f
ÉÏIENNE/
Non.
OBRMAINB
Tu ne regrettes rien; alors?
ÉTIENHB.
Rien.
GERMAINE
Tu ^s bien raison, va ! D'abord, cette nuit, tu auras moins froid qu'en Chemin de fer.
ETIENNE
' Sans doute.
GERMAINE
Demain matin, tu ne seras pas couvert de poussière.
ETIENNE
Probablement.
GERMAINE
Tu ne seras pas vilain.
ÉTIENNB.
Ça!.,.
ôermaiKe.
Tu te réveilleras dispos, de bonne humeur.
Etienne, incrédule.
Tu croîs?
germaine.
Sals-lu feômtien de temps il faut pour aller à Florence? Trente-deux heures, mon chéri.
ÊTIENNK.
/'ai fait des voyages plus longs.
OERMAINS.
C'est égal, trente-deux heures de chemin de fer, ça fatigue.
ETIENNE
Pas toujours, quelquefois ça repose. Moi, je dors parfaitement en wagon.
GERMAINE, vivement.
Tiens, tu aurais dû partir ce soir, mon ami.
ETIENNE, avec colère.
Pourauoi me dis- tu ça?
GERMAINS
Pour rien.
ÉTIEifNE.
Voyons, puisque je n'ai pas de regret, ne m'en donne pas.
GERMAINE
Tu en as, je te connais.
ETIENNE
Tu. te trompes.
Tu ne te vois pas, mon cher, tu as l'air d'un condamné.
ETIENNE
Tu t'occupes toujours de mon visage î
GERMAINE
Sois loyal, tu m'en veux depuis que tu as renoncé ï ce voyage.
▲GTE DEUXIÈME 193
ETIENNE
Pas du touti Je te répète que tu te trompes. Je suis très heureux de t'avoir fait ce petit sacrifice.
GERMAINE
Voilà une bonne pensée qui ressemble diablement à un reproche.
ETIENNE
Un reproche! Quel reproche? Franchement, ce serait un peu fort de t'accuser. Ne m'as- tu pas supplié de partir? Sois tranquille, je ne l'ai pas encore oublié, je ne l'oublierai pas. Si maintenant j'éprouve un regret quelconque, eh bien, tant pis pour moi! Je n'ai à m'en prendre qu'à moi-même, tu n'es responsable de rien. Je suis le seul coupable.
GERMAINE
Oh! le premier mouvement!
Évidemment, en examinant de prés les choses, j'aurais peut-être mieux fait de t'écouter, mon Dieu, je ne dis pas non. Un savant doit défendre ses idées quand il en a l'occasion... J'ai manqué à mon devoir, c'est clair.
GERMAINE
Très clair.
ETIENNE
Encore si je pouvais revenir sur ma détermination.
GERMAINE
Pourquoi pas?
ETIENNE
11 n'est plus temps.
194 AMOUREUSI
GERMAINS
Qu'en sais-tu? ,
ÉTrKNNB*
Je le sais.
GERMAINS
Voyons, ne te désole pas. A quelle hetiîô ce ti*aîn ?
ETIENNE
Huit heures moins cinq.
GERMAIÎ^B.
Mais non, plus tard que ça. Consultons Findicateur.
ETIENNE
Je viens de le consulter,
GERMAINS
Ahl
ÉTIENNB.
Et d'ailleurs, à quoi bon? Moriceau vient d'être désigné à ma place.
GERMAINE
Le docteur Moriceau? qui te Ta dit?
ETIENNE
Ce jeune homme qui est venil il y a un instant.
GERMAINE
Moriceau? Gomment a-t-il été nommé si vite?
ETIENNE
Il se trouvait par hasard au ministère quand on a remis ma lettre. . :
GERMAINE
ïl traîne toujours chez les ministres, celui-là.
▲GTB DBUXlAm 195
ÉTISKMB. *
11 n'a pas yaté l'oocasioil, lui.
OBUMAIHB^
Moriceau, un joli choix I Voilà une nomination qui est faite pour diminuer tes regtets.
âTIBKMB^ ▼ivomént.
LâC professeur Moriceau est un homme éminent, et je suis sûr qu'il réussira là-bas.
aERMAINB.
Alors, gare à moi.
Tîii silence ÉTIBNKB.
Vois-tu, ma chère enfant, tu n'es pas raisonnable,
GERMAINE
Moi?
ETIENNE
Prends-y garde, tu m'aimes un peu trop, ça me déconcerte, ça trouble la netteté de mon jugement.
GERMAINE
Nous y voilà.
ETIENNE
Tes avis sont excellents, parbleu! et je suis le premier à le reconnaître, mais tu t'arranges toujours dé façon à ce que je n'en puisse profiter; sans que je m'en aperçîoite, malgré moi, tu me fais changer d'idée.
Quelle accusation I
ETIENNE
Tu me mets dans un état d'espri^ contraire aux
corifeeils que tu me donnes, et favorable aux souhaits intimes que tu n'oses jamais formuler.
GERMAINE
Je te roule.
ETIENNE
Non. Seulement tu m'enveloppes de câlineries, de gentillesses] tu m'enjôles.
GERMAINS
Soyez donc sincère I
ETIENNE
Je suis faible, je m'attendris et alors je prends des résolutions maladroites, nuisibles à mes intérêts. Ce qui arrive aujourd'hui est déjà arrivé et arrivera encore... Oh! je ne t'en veux. pas, je constate.
GERMAINE
Tout simplement.
D'ailleurs, c'est comme un fait exprés, je l'ai remarqué et tout le monde avec moi : chaque fois qu'on m'offre une chose qui pourrait m'être utile ou agréable, je suis obligé de la refuser pdrce qu'elle léserait ton amour. Tu as beaucoup d'affection pour ton mari, je n'en disconviens pas, mais tu serais son ennemie que tu n'agirais pas autrement... On dirait que tu obéis à un plan.
GERMAINE
Je n'ai pas de plan, mon ami, je ne te comprends
l»as.
ETIENNE
Alors si tu n'as pas de plan, c'est plus grave. Dans ce cas, il n'y a rien à faire .