ACTE DEUXIÈME
ÉTÏENNt.
Une affaire imprévue.
Quelle affaire?
ETIENNE
Tu tiens à le savoir? J'ai renoncé à ce voyage par amour pour ma femme^ làî
PASCAL,
Il appelle ça une affaire imprévue! Que vais-je devenir alors? Je suis un homme malheureux, Etienne, il faut me consoler.
ETIENNE
J'en connais d'aussi à plaindre que toi.
PASCAL
Tu as encore fait une scène à ta femme!
ETIENNE
Tu es malheureux, mais tu peux t'enfermer chez toi et pleurer toube la journée. Tu es libre, toi I
PASCAL
Très libre.
ETIENNE, s'animant.
Libre ! comprends-tu bien ce mot divin ? Tu peux aller, venir, monter, descendre selon ton bon plaisir.
PASCAL
Hélas!
ETIENNE
Tu n*as pas encore perdu le droit d'être seul! Ta inaîtresse, ta coquine de maîtresse te trompe, te joue des tours, qu'importe! Elle n'est pas jalouse, obsédante et questionneuse.
PASCAL
Je voudrais bien.
ETIENNE, s'animant de plus en plus
Elle ne te demande pas où tu vas quand tu sors, ni d'où tu viens quand tu rentres; si tu dis : j'ai froid, elle ne te répond pas : chauffons-nous.
PASCAL
Elle ne me dit môme pas : chauffe-toi.
ETIENNE
Elle ne se penche pas sur ton épaule, quand tu écris une lettre, elle ne rôde pas autour de toi, lorsque tu parles à une femme. Dans les minutes graves où il faut vouloir, elle n'anéantit pas ta volonté; elle n'opère point par de petites phrases vagues, insinuantes, qui n'ont l'air de rien, mais qui se glissent dans l'esprit et entament le courage.
Ohl je peux, entrer dans la cage de Bidel, elle mô laissera faire.
ETIENNE
En revanche, si tu es un peu plus tendre qu'à l'or, dinaire, elle ne se précipite pas dans tes bras aussi frémissante qu'au premier rendez-vous.
PASCAL
Je ne l'ai jamais vue frémissante.
ETIENNE
Et si, par hasard, tu dînes dehors sans elle, tu ne la retrouves pas à minuit, éveillée dans son lit, le visage immobile, mais la voix altérée et l'œil plein de jalousie.