‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesse (volume 2)Chapitre 113 sur 122 · SCÈNE III. — LA FÉE LUMINEUSE, ROSALIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — LA FÉE LUMINEUSE, ROSALIDE

LA FÉE

Qu’avez-vous, chère Rosalide? je vous trouve mélancolique.

ROSALIDE.

Je l’avoue, madame, j’ai un peu d’humeur en ce moment...

LA FÉE

Et pourquoi? Auriez-vous de l’inquiétude sur l’élection qui doit se faire ce soir?

ROSALIDE.

Oh ! point du tout ; ce n’est pas cela. Ce qui m’occupait quand vous êtes entrée ne mérite pas...

LA FÉE

N’importe, je veux savoir...

ROSALIDE.

Eh bien, madame, cette jeune personne que vous avez placée auprès de moi. . .

LA FÉE

Ne vous convient pas?

ROSALIDE.

Je n’ai pas bonne opinion de son caractère ; si

LILE HEUREUSE.

vous saviez avec quelle fadeur, avec quelle bassesse elle me louait tout à l’heure! . . .

LA FÉE

Oh ! n’est-ce que cela? Mais, mon enfant, votre modestie vous fait prendre pour des flatteries la simple vérité. Faut-il vous en faire l’aveu? je suis fière de mon ouvrage ; grâce à la nature, et surtout à l’éducation que je vous ai donnée, vous êtes une personne accomplie.

ROSALIDE.

Accomplie!... Eh bien, madame, vous me permettrez de n’en rien croire.

LA FÉE

Et voilà ce qui prouve la justice de mon observation! car, si vous me rendiez justice, il vous manquerait une vertu.

ROSALIDE.

Cependant j’ai beaucoup d’orgueil.

LA FÉE, en riant.

Mon enfant, soyez-en toujours bien persuadée.

ROSALIDE, vivement.

Je le répète, madame, j’ai beaucoup d’orgueil : et l’ avouerai-je, je ne trouve personne qui me soit préférable ; est-ce là de la modestie?. . . Tous riez, vous croyez que j’exagère: non, je dis ce que je

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pense... Pourtant, malgré cette extrême vanité, je suis presque toujours mécontentede moi-même; comment accorder cela?

LA FÉE

Elle est charmante ! Embrassez-moi , chère Rosalide. Si vous n’ètes pas satisfaite de vous, qui donc pourra jamais l’être de soi-même?

Je 11e me plains point de la nature, elle m’a douée d’un cœur sensible et reconnaissant. La fortune aussi m’a bien traitée en me donnant une bienfaitrice telle que vous ; mais, madame, quoi que vous en disiez, j’ai des défauts qui vous échappent, à vous, parce que vous m’aimez, et dont je m’aperçois, malgré moi, parce que j’en souffre...

LA FÉE

Elle en revient toujours à ses défauts. . . Je voudrais que ma sœur entendît cette conversation, elle qui vous croit si vaine, qui me cite sans cesse la surprenante humilité de sa Clarinde! Enfin, chère Rosalide, ce jour, le plus beau de ma vie, va fixer votre destinée au gré de mes souhaits ; je vous verrai ce soir reine de l’ile Heureuse : ma joie ne sera troublée que par la peine qu’éprouvera ma sœur ; car elle a la folie de concevoir les

L ILE HEUREUSE

plus grandes espérances pour son élève; comprenez-vous qu’on puisse pousser l’aveuglement à ce point?

ROSALIDE.

Je ne puis juger du mérite de la princesse Clarinde ; je la connais si peu, et je l’ai vue si rarement , quoique nous ayons été l’une et l’autre élevées dans ce palais. . .

LA FÉE

Ma sœur, vous le savez, avait des idées absolument opposées aux miennes sur l’éducation ; aussi n’ai-je pas voulu que vous fussiez liée avec Clarinde; mais aujourd’hui je trouve convenable que vous fassiez ensemble une connaissance plus intime, puisque celle qui sera reine doit aimer et protéger l’autre...

ROSALIDE.

Tout le bien que j’ai entendu dire de Clarinde a depuis longtemps disposé mon cœur à la chérir.

LA FÉE

Elle est vraiment intéressante ; elle n’a rien de brillant, mais elle est douce, bonne ; et quoiqu’elle soit née avec un esprit fort médiocre, si j’eusse été chargée de son éducation, je suis sûre que j’en aurais fait une charmante personne. Ma sœur m’a promis de vous l’amener aujourd’hui. Mais,

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Rosalide, vons ne m’écoutez pas... vous rêvez...

ROSALIDE.

Il est vrai, madame... je pensais à ce que vous me disiez tout à l’heure de la fée Bienfaisante.

LA FÉE

Eh bien?

ROSALIDE.

Elle me trouve vaine, dites-vous; ce reproche me revient à l’esprit, je ne sais pourquoi...

LA FÉE

Bon !...

ROSALIDE.

Je voudrais savoir sur quoi elle peut fonder une semblable opinion; je ne me vante jamais...

LA FÉE

Oh ! non ; bien au contraire. . .

ROSALIDE.

Je ne parle jamais de moi, je hais et je fuis les éloges ; sur quoi me juge-t-elle donc vaine?. . .

LA FÉE

Elle pense sûrement que vous avez tout ce qu’il faut pour l’être...

ROSALIDE.

Mais elle en paraît convaincue?...

L'ILE HEUREUSE

LA FÉE

Pure jalousie ! C’est ainsi qu’elle déprécie vos talents, vos agréments... par exemple, ce dernier tableau que vous avez fait, votre chef-d’œuvre, non-seulement elle l’a regardé sans enthousiasme, mais elle l’a loué avec une nonchalance, une froideur. . .

ROSALIDE.

Je suis sensible, je l’avoue, à ces marques d’aversion... je ne puis supporter l’injustice; elle m’afflige, elle me révolte...

LA FÉE

Calmez-vous, mon enfant. La pauvre petite! elle en a les larmes aux yeux !

ROSALIDE, avec un rire forcé.

Moi, madame? je n’éprouve aucun dépit, je vous l’assure... Je suis fâchée de déplaire à la fée Bienfaisante, et j’en ai témoigné ma surprise; car je n’ai rien fait qui dût m’attirer ce malheur; mais je vous proteste que je n’en ressens point de colère...

LA FÉE

J’en suis convaincue... Mais que nous veut Zulmée?...

COMÉDIE

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