‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesse (volume 2)Chapitre 121 sur 122 · SCÈNE VI. — LUMINEUSE, BIENFAISANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — LUMINEUSE, BIENFAISANTE

BIENFAISANTE

Ne vous contraignez point, ma sœur; laissez éclater votre joie.

LUMINEUSE

Si je pensais qu’elle pût être offensante pour vous, je me garderais de m’y livrer.

COMEDIE

BIENFAISANTE

L’intérêt personnel ne me rendra jamais injuste.

LUMINEUSE

En effet, ma sœur, j’aime Rosalide comme vous aimez Clarinde; il est donc naturel que je me laisse aller à l’espérance.

BIENFAISANTE

Ce sentiment est naturel. D’ailleurs Rosalide, à beaucoup d’égards, mérite votre tendresse. Je ne blâme en elle que ses caprices et sa vanité ; mais elle a de l’esprit; et si son cœur est bon, elle se corrigera facilement de ses défauts.

LUMINEUSE

Son cœur est excellent, n’en doutez pas.

BIENFAISANTE

Je le crois, et j’en ai eu des preuves aujourd’hui.

LUMINEUSE

Vous me charmez... Cette inaltérable bonté, cette équité parfaite que vous possédez au suprême degré, vous ont gagné toute ma confiance. Je crois encore dans cet instant queRosalide l’emportera sur Clarinde ; cependant vous m’avez ouvert les yeux, et je ne suis pas sans crainte...

L’ILE HEUREUSE

ROSALIDE, à part.

Hélas! tout ce que j’entends aujourd’hui ne doit donc servir qu’à me confondre !...

LUMINEUSE

Clarinde, je m’engage avec joie, par les mêmes serments; et vous, ma sœur, qui connaissez mon âme, vous savez si j’y serai fidèle.

BIENFAISANTE

Je suis sans inquiétude... Rosalide et Clarinde, on vous attend, allez...

CLARINDE, à Bienfaisante.

Quoi ! sans vous?...

BIENFAISANTE

Oui. Dans la crainte de gêner les suffrages, ma sœur et moi nous resterons ici : allez, mes enfants.

CLARINDE.

Venez, chère Rosalide, et n’oubliez pas les promesses que j’ai reçues de vous.

ROSALIDE, en lui donnant le bras.

Si le sort et les fées ne me forçaient à vous disputer le trône, qu’il me serait doux de le céder à vos vertus!...

COMÉDIE

Personne plus que Clarinde ne vous en juge digne !...

BIENFAISANTE

Allez, chers enfants, montrer à l’assemblée qui vous attend, non deux rivales, mais deux amies trop nobles, trop sensibles, pour que l’intérêt ou l’ambition puisse jamais les désunir.

ROSAL1DE.

Donnez-moi votre bras, chère Clarinde. (A part en s’en allant.) Je tremble, et puis à peine me soutenir. (Elles sortent; Zulmée les suit.)

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