SCÈNE VI. — LUMINEUSE, BIENFAISANTE
BIENFAISANTE
Ne vous contraignez point, ma sœur; laissez éclater votre joie.
LUMINEUSE
Si je pensais qu’elle pût être offensante pour vous, je me garderais de m’y livrer.
COMEDIE
BIENFAISANTE
L’intérêt personnel ne me rendra jamais injuste.
LUMINEUSE
En effet, ma sœur, j’aime Rosalide comme vous aimez Clarinde; il est donc naturel que je me laisse aller à l’espérance.
BIENFAISANTE
Ce sentiment est naturel. D’ailleurs Rosalide, à beaucoup d’égards, mérite votre tendresse. Je ne blâme en elle que ses caprices et sa vanité ; mais elle a de l’esprit; et si son cœur est bon, elle se corrigera facilement de ses défauts.
LUMINEUSE
Son cœur est excellent, n’en doutez pas.
BIENFAISANTE
Je le crois, et j’en ai eu des preuves aujourd’hui.
LUMINEUSE
Vous me charmez... Cette inaltérable bonté, cette équité parfaite que vous possédez au suprême degré, vous ont gagné toute ma confiance. Je crois encore dans cet instant queRosalide l’emportera sur Clarinde ; cependant vous m’avez ouvert les yeux, et je ne suis pas sans crainte...
L’ILE HEUREUSE
ROSALIDE, à part.
Hélas! tout ce que j’entends aujourd’hui ne doit donc servir qu’à me confondre !...
LUMINEUSE
Clarinde, je m’engage avec joie, par les mêmes serments; et vous, ma sœur, qui connaissez mon âme, vous savez si j’y serai fidèle.
BIENFAISANTE
Je suis sans inquiétude... Rosalide et Clarinde, on vous attend, allez...
CLARINDE, à Bienfaisante.
Quoi ! sans vous?...
BIENFAISANTE
Oui. Dans la crainte de gêner les suffrages, ma sœur et moi nous resterons ici : allez, mes enfants.
CLARINDE.
Venez, chère Rosalide, et n’oubliez pas les promesses que j’ai reçues de vous.
ROSALIDE, en lui donnant le bras.
Si le sort et les fées ne me forçaient à vous disputer le trône, qu’il me serait doux de le céder à vos vertus!...
COMÉDIE
Personne plus que Clarinde ne vous en juge digne !...
BIENFAISANTE
Allez, chers enfants, montrer à l’assemblée qui vous attend, non deux rivales, mais deux amies trop nobles, trop sensibles, pour que l’intérêt ou l’ambition puisse jamais les désunir.
ROSAL1DE.
Donnez-moi votre bras, chère Clarinde. (A part en s’en allant.) Je tremble, et puis à peine me soutenir. (Elles sortent; Zulmée les suit.)