DH AME
ainsi que je devins père sans être plus heureux ! Triste présage des peines déchirantes que cet enfant devait nie causer un jour. . . Que mon cœur est oppressé !...
SETH, à pari.
Le mien se brise en t’écoutant. . .
Dis-moi, mon fils , on n’a aucune nouvelle d’Éliel?
SETH
Mes frères ne sont point encore revenus.
ADAM
Je ne reverrai donc plus cet enfant, les délices de ma vieillesse ; cet enfant dont les vertus naissantes, l’aimable et gracieuse figure me retraçaient un souvenir si cher! Cette nuit même, avant la terrible apparition, en pensant à Sunim et à Sélima, je me disais : J’unirai un jour aussi mon Éliel et la jeune Thirsa, ils paraissaient nés l’un pour l’autre... Avec quelle joie je formerai le nœud sacré qui assurera leur bonheur!... Vain projet, douce illusion perdue sans retour!... Je n’aurai pas même la consolation de revoir, d’emhrasser cet enfant si tendrement aimé ! J’ignore quel est son sort; l’inquiétude met le comble à
LA MORT D’ADAll
mes maux, et j’emporterai clans la tombe cette inquiétude douloureuse. Mais si le ciel le conserve et le ramène au sein de sa famille, tu rempliras ma place auprès de lui... Mon fils, tu me le promets?
SETH
Je serai pour lui un père. Oui , je te le promets, il trouvera désormais dans mon coeur toute la tendresse qu’il t’inspire.
Il suffit... je suis satisfait... Mais chaque instant diminue mes forces... Mon fils... quand le soleil sera près des cèdres, tu m’avertiras.
SETH
O mon père !... il en est encore éloigné. . .
ADAM
Je respire avec peine l’air vivifiant ; les ténèbres dont mes yeux sont couverts s’épaississent!... Avant que la création s’efface pour eux, je veux une fois encore contempler un espace plus vaste de cette terre heureuse que je vais quitter pour toujours ! Guide-moi vers le tombeau d’Abel...
SETH
Voici la montagne d’Éden...
DRAME
ADAM
Tournons-nous de ce côté.
SETH
Appuie-toi sur mon bras...
ADAM
Belles campagnes, sources délicieuses, ombrages frais de ces vallons, terre chérie où j’ai respiré la vie et la joie, où je fus longtemps heureux, où j’ai vu autour de moi tous mes enfants; et toi, surtout, ô Ëden!... mais je ne puis décrire tes délices incomparables, la douleur et le remords déchireraient mon coeur, et je ne veux point te profaner par des larmes... adieu, je prends de vous un congé solennel... Bientôt vous ne serez plus pour moi... bientôt ce brillant spectacle qui charme encore mes regards, les deux, la terre, l’univers, tout ce qui m’a séduit, tout ce qui m’attache, va s’anéantir et disparaître pour jamais à mes yeux... Je mourrai donc!... et tous mes enfants mourront... O pensée accablante !... (Après un moment de silence.) Oui, malgré ma faiblesse, ce bras, exercé depuis si longtemps aux travaux des champs, aura peut-être encore la force de tenir la bêche... tu trouveras la mienne suspendue dans ma cabane ; va, mon fils, va la | chercher...
LA MORT D’ADAM
SETH
Quel est ton dessein ?
ADAM
C’est ici que reposent les cendres d’Abel ; sous ces noirs cyprès, dans ce lieu même où un frère sans pitié trancha le cours de sa vie, je veux creuser mon tombeau.
SETH
Je n’irai point: je ne te quitte plus... non, tu ne creuseras point de tombeau !... Je t’en conjure au nom du Dieu vivant. . .
ADAM
Obéis, je l’ordonne.
SETH, allant vers la cabane.
O Dieu redoutable qui nous a jugés !...
(Il entre dans la cabane.)
ADAM
Mon fds gémit, et ses souffrances augmentent les miennes!... Ainsi, sa tendresse même ne peut adoucir mes maux... Il n’est plus de consolation pour moi... (Selh revient tenant une bêche.) Approche, mon fds, approche... donne, (il prend
la bêche.)
SETH
Je frissonne!... Ah! du moins permets que
DRAME
je m’éloigne, que je détourne mes regards de cet
affreux spectacle (Il va tomber à genoux de l’autre côté
de l’autel.)
ADAM, regardant sa bêche.
Instrument utile que mes mains ont façonné, que me fit inventer la nécessité, pendant des siècles je t’ai dù mon existence, celle de mes enfants... Je te suspendais dans ma cabane comme un glorieux trophée de mes travaux, de mon industrie!... et maintenant... (il l’enfonce dans la terre) quel est ton funeste emploi!... Tu fus indispensable à ma vie... et tu creuses ma tombe!... Voici donc ma dernière demeure!... Mon bras tremblant se roidit... je ne puis, sans frémir, jeter les yeux au fond de cette fosse. . . gouffre horrible! abîme effroyable !... (il laisse tomber sa bêche.) Une sueur froide inonde mon visage... Eh quoi ! suisje seul ?. . . Seth, mon fils !...
SETH. (Il accourt, et reçoit Adam dans ses bras.)
Mon père!... éloignons-nous de ce lieu fatal...
ADAM
Quel froid mortel glace mes sens !... Mon fils, ne me quitte plus...
SETH
Rentrons dans ta cabane. . .
LA MORT D’ADAM
ADAM
Non... je veux voir le soleil... Mais n’entendsje pas marcher?...
SETH
Ciel ! c’est Sélima !
ADAM
Quoi ! malgré ma défense ?
Elle accourt précipitamment...
ADAM
Que vient-elle nous apprendre ?