‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesse (volume 2)Chapitre 43 sur 122 · SCÈNE I. — PHASÉAR, ZARÈS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — PHASÉAR, ZARÈS

PHASÉAR.

Oui, Zarès, je veux entretenir ton maître sans témoins.

ZARÈS

En cet instant son devoir le retient auprès du roi...

PHASÉAR.

Je l’attendrai... Mais, dis-moi, Zarès, pourquoi refuse-t-il de voir ces Hébreux qu’il a comblés de bienfaits?

ZARÈS

Je l’ignore, seigneur, et j’en suis d’autant plus

JOSEPH

surpris, qu’il a paru s’intéresser vivement à leur sort. Ces étrangers ont tracé, dans un écrit que je lui ai présenté, le tableau de la famine qui désole leur pays. Orasis s’est attendri, j’ai vu couler ses larmes ; il m’a chargé de questionner les Hébreux sur leur père, et a montré de la joie en apprenant que ce vieillard n’avait point encore souffert de la calamité publique. . . Mais j’entends du bruit. . . On vient... C’est lui sans doute...

PHASÉAR.

Laisse-nous, Zarès. (Zarèssort.)

PHASÉAR, seul.

Je vais donc me venger d’un perfide!... Orasis connaît toute son ingratitude, il ne refusera point de me servir. L’amitié qui nous unit lui fera partager le juste ressentiment qui m’anime. . .

SCÈ>TE II. — JOSEPH sous le nomd’Orasis, PHASÉAR.

PHASÉAR.

Seigneur, je vous attendais avec impatience... Vous pouvez me rendre un important service...

JOSEPH

Parlez, cher Phaséar. . .

PHASÉAR, présentant un papier.

Vous connaissez la main de Cléophis : lisez, seigneur...

COMÉDIE

JOSEPH

Cet écrit est de votre frère...

PHASÉAR.

Mon frère !... Ne donnez point ce nom au plus ingrat des hommes! Cléophis, vous ne l’ignorez pas, me devait sa fortune ; vous savez aussi de quel prix il a payé mon affection, mes bienfaits : il a voulu me perdre; tous les liens qui nous unissaient sont rompus.

JOSEPH, après avoir lu.

Cet imprudent billet m’apprend que, séduit par une folle passion, Cléophis est le rival de son maître, et qu’il ose aimer l’objet de la tendresse de Pharaon... Mais comment cet écrit est-il tombé entre vos mains ?

PHASÉAR.

J’ai gagné l’esclave confident de cette intrigue...

JOSEPH

Et que prétendez-vous?

PHASÉAR.

Je veux me venger d’un perfide... Je veux que le roi apprenne aujourd’hui même qu’il est trahi. Vous seul, Orasis, avez le droit de l’approcher, de lui parler à toute heure; portez-lui ce billet...

JOSEPH

JOSEPH

Si l’on conspirait contre lui , si le moindre danger menaçait l’État ou sa personne, je volerais l’en avertir, au péril même de ma vie ; mais pourquoi lui ravirais-je une illusion peut-être nécessaire à son bonheur?...

PHASÉAR.

Ainsi, Orasis, vous refusez de me servir?...

JOSEPH

Qu’exigez-vous de moi? une action qui nous avilirait l’un et l’autre.

PHASÉAR.

Je vous demande un service que je vous rendrais sans balancer, si vous vous trouviez dans ma situation et que je fusse à votre place.. .

JOSEPH

Non , Phaséar ; si vous n’étiez aveuglé par la haine et le ressentiment, vous penseriez comme moi.

PHASÉAR.

Vous, que j’ai vu si révolté des procédés de Cléophis, pouvez-vous vous opposer à la plus juste vengeance?

JOSEPH

Cléophis est un ingrat, mais il est votre frère !...

COMÉDIE. 133

La vive amitié, la confiance intime, ces doux liens, vous avez pu les briser; mais comment rompre les nœuds indissolubles formés par la nature? Cléophis a dû perdre le titre de votre ami, rien ne lui peut ravir celui de frère; ce sacré caractère est ineffaçable. Quoique vos cœurs soient divisés, que de liens vous unissent encore ! L’honneur et la gloire sont des biens toujours communs entre vous. Si votre frère se déshonore, sa honte rejaillira sur vous; si vous rendez d’éclatants services à la patrie en immortalisant votre nom, vous illustrez le sien : en vain vous voulez vous éloigner l’un de l’autre, la volonté du ciel, le vœu de la nature, l’opinion des hommes, la raison, les préjugés mêmes, tout vous rapproche, tout vous invite à vous aimer, ou du moins à vous servir.

PHASÉAR.

Seigneur, qu’il est aisé de condamner la haine, lorsqu’on n’a jamais éprouvé les noirceurs de l’ingratitude ! Si, comme moi, vous aviez été indignement trahi par un frère. ..

JOSEPH

Votre frère n’a point attenté à votre vie... et s’il eût été capable d’un tel crime, croyez-le, je vous dirais encore : « Ne vous vengez point, c’est « votre frère... » Au nom de notre amitié, cher

JOSEPH

Phaséar, ne précipitez rien; donnez-vous le temps de réfléchir...

PHASÉAR.

Eli bien, seigneur, j’attendrai jusqu’à demain ; mais alors si vous persistez dans vos refus, je vous le déclare, j’irai moi-même présenter cet écrit au roi.

JOSEPH

Vous, le délateur de votre frère !

PHASÉAR.

J’oserai tout pour me venger.

JOSEPH

Un tel éclat flétrirait votre réputation . . .

PHASÉAR.

Vous en serez la cause.

JOSEPH

En serez-vous au fond moins coupable?

PHASÉAR.

N’en parlons plus, seigneur; demain vous m’instruirez de votre dernière résolution à cet égard. Changeons d’entretien. Ces Hébreux, dont vous avez soulagé la misère, ont eu recours à moi pour obtenir un moment d’audience...

JOSEPH

Que me veulent-ils ?

COMÉDIE

PHASÉAR.

Profondément touchés de vos bienfaits, ils voudraient vous exprimer la reconnaissance dont ils sont pénétrés.

JOSEPH

Qu’ils partent, qu’ils retournent auprès de leur vénérable père !... Je ne puis les recevoir... Vous avez vu, dites-vous, ces étrangers?...

PHASÉAR.

Oui, seigneur, et j’avouerai que la jeunesse du dernier d’entre eux m’a vivement intéressé.

JOSEPH, ému.

Quoi!... ils auraient amené le plus jeune de leurs frères !... Savez-vous le nom de cet enfant?...

PHASÉAR.

Ils l’appellent Benjamin.

JOSEPH, à part.

Qu’entends-je! Benjamin est avec eux!...

(Haut.) Eh bien, seigneur, pour vous satisfaire, je verrai cet enfant, je consens qu’un de ses frères me l’amène. . .

PHASÉAR.

Ils sont tous rassemblés près de ce palais; je vais moi-même leur porter votre réponse. . .

JOSEPH

JOSEPH

Quand je les aurai congédiés, je voudrais vous

PHASÉAR.

Je reviendrai, seigneur.

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