SCÈNE III. — JOSEPH, seul
JOSEPH
Mon véritable frère ! toi que Rachel a porté dans son sein ! enfant chéri, que je n’ai vu qu’au berceau, comment pourrai-je dissimuler la vive émotion que va me causer ta présence !... Quoi, si jeune encore entreprendre un voyage si long, si pénible !... Et dans quelles mains, grand Dieu ! a-t-il été remis !... c’est aux fds de Lia que Jacob a confié Benjamin!... Mais mon père n’a pu les connaître, ces hommes envieux et cruels qui jurèrent ma perte!... Si Benjamin est chéri de Jacob, s’il en est aimé comme le fut Joseph, je dois tout craindre pour sa vie !... Mais je saurai le soustraire à la noire jalousie de ses frères!... Quoi, se peut-il que ces barbares soient aussi mes frères !... Quel serait leur trouble, s’ils apprenaient que cet Orasis, gouverneur de l’Égypte, cet Orasis, ministre et favori d’un roi puissant, est ce même Joseph qui fut vendu comme un vil esclave... Je frémis!... ce souvenir affreux me fait
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tressaillir d’horreur! Au moment de revoir l’un de ces perfides, je me retrace plus vivement que jamais ce jour où je ne trouvai dans mes frcres qu’une troupe d’assassins!... Je crois entendre leurs cris tumultueux, leurs voix menaçantes... il me semble encore les voir, animés par une rage forcenée, m’entourer, me saisir, me plonger dans cette citerne obscure destinée à me servir de tombeau!... Du fond de cet abîme, j’implorai le Dieu d’Abraham et de Jacob, et ma faible voix s’éleva jusqu’à lui... Tu m’as sauvé, grand Dieu! et puis-je mieux justifier tes bienfaits qu’en oubliant les outrages que j’ai reçus ! Triompher d’un juste ressentiment , imiter ta clémence , pardonner enfin, ce sont les sacrifices les plus agréables à tes yeux, l’hommage le plus digne que ma reconnaissance puisse t’offrir!... On vient... c’est Benjamin, sans doute! mon cœur vole au-devant de lui!... Contraignons-nous... Je ne dois pas craindre que son conducteur me reconnaisse dans le rang que j’occupe; et d’ailleurs, l’âge et ce brûlant climat ont tellement changé mes traits... On s’approche... Je tremble... Que de sentiments divers s’élèvent à la fois dans mon âme!... Dissimulons, s’il est possible, l’excès de mon trouble et de mon attendrissement.
JOSEPH