SCÈNE IV. — JOSEPH, PHASÉAR
Où courez-vous, Phaséar?
PHASÉAR.
Laissez-moi fuir; laissez-moi quitter ce palais!...
JOSEPH
Non, demeurez...
PHASÉAR.
Je ne saurais supporter l’aspect de ces malheureux... Si vous êtes inaccessible à la pitié, ne pouvez-vous du moins la comprendre?...
JOSEPH
Insensé! toi-même la connais-tu?... Tu semblés plaindre des étrangers, des assassins , et tu te montres impitoyable pour un frère !...
PHASÉAR.
Eh bien, je l’avoue, ce cruel reproche n’est
JOSEPH
que trop fondé ; mais, que ce soit vertu ou faiblesse, la pitié réveille dans mon cœur des remords vainement combattus; il ne m’est plus possible de les dissimuler...
JOSEPH
J’entends la voix de Benjamin... Phaséar, ne vous éloignez point, je l’exige de votre amitié...
PHASÉAR, à part.
Je resterai, mais pour protéger ces infortunés, et même, s’il le faut, pour sacrifier ma vengeance.
SCÈNE V. — JOSEPH, PHASÉAR, SIMÉON , RUBEN , BENJAMIN, tous les frères de Joseph, Z ARÈS.
ZARÈS
Voici les coupables, seigneur.
JOSEPH
Laissez-nous, Zarès. (Zarès sort.)
JOSEPH, se tournant vers ses frères.
Malheureux étrangers, que ma bonté trop facile reçut dans ce palais, vous avez violé tous les droits de la sainte hospitalité. Vous êtes sans doute les complices de votre jeune frère. Je pourrais vous priver du bonheur de revoir votre patrie ; mais je ne veux retenir que celui dont le crime est avéré : Benjamin ne quittera point l’Egypte ; pour vous, partez, vous êtes libres.
COMÉDIE
PHASÉAR, à part.
Je respire !
SIMÉON
Non, seigneur, Benjamin n’est point coupable! c’est nous qu’il faut punir, c’est nous que poursuit le ciel irrité! Rendez Benjamin à sa patrie, à son père, et faites retomber sur nous seuls tout le poids de votre indignation !...