SCÈNE VIII. —NOÉMI, RUTH, BOOZ, JÉPHONÉ
Troupe de Moissonneurs et Glaneuses, Musiciens, etc.
JÉPHONÉ, à Booz.
Mon maître, voici vos serviteurs qui viennent vous témoigner leur joie. En épousant Ruth, vous récompensez la vertu; chacun prend part à cet événement, chacun répète que la fdle de Noémi méritait de devenir la femme de Booz.
BOOZ
Ruth sera votre bienfaitrice, elle me rendra meilleur, et nous serons tous plus heureux. . .
RUTH
Booz me permettra d’imiter sa bonté, et de répandre de l’orge sur le chemin des glaneuses...
BOOZ
Et toutes celles qui glaneront pour leur mère seront à jamais les mieux accueillies dans ce
RUTH ET NOÉMI
champ. Jéphoné, faites dresser des tables dans la maison, j’invite au fesjin les moissonneurs et les glaneuses; je reviendrai bientôt prendre place au milieu d’eux. Ruth, donnez le bras à votre mère, et allons trouver les juges qui nous attendent.
RUTH
Ma mère, avant de me conduire à cette assemblée, où vous devez unir mon sort à celui de Booz, bénissez-moi ; ma mère, bénissez votre fdle ! (Elle
tombe aux genoux de Noémi.)
NOÉMI
Depuis que le ciel m’a donné Ruth, j’ai béni ma fdle dans tous les instants de ma vie. Le Seigneur, Dieu d’Israël, exauce enfin des prières si justes; il n’a jamais rejeté les vœux ardents de la reconnaissance. Je n’ai plus qu’un désir à former, Dieu permettra que j’en voie l’accomplissement; ta vertu me donne le droit de tout attendre de sa bonté. Tu seras mère, ô toi, modèle des filles; tu seras mère heureuse, et Noémi pressera dans ses bras un enfant né de Ruth !... (Elle élève les mains vers le ciel.) O Dieu de mes pères, que cet enfant soit la tige d’une nombreuse postérité! Réserve à ses descendants une gloire et des honneurs qui puissent perpétuer à jamais dans la mémoire des hommes le souvenir de son origine ! Laisse tom-
COMÉDIE
ber dans l’oubli les noms fameux des guerriers et des conquérants qui ont ravagé la terre; mais ne permets pas que les noms de Ruth et de Booz périssent avec eux! Fais que l’histoire de Ruth soit connue dans les siècles à venir; que les enfants et les jeunes filles, rassemblés autour du foyer paternel, l’entendent raconter avec respect; que Ruth, jusqu’à la fin des temps, soit citée dans les familles vertueuses, comme l’exemple le plus touchant de la piété filiale!... Telles sont mes bénédictions. . . Lève-toi, ma fille. (Elle la relève et l’embrasse.)
RUTH
Ma mère !... Booz !... Que je suis heureuse !
BOOZ
Venez donc mettre le comble à mon bonheur, suivez-moi; venez déclarer solennellement que vous acceptez la main de Booz.
NOÉMI
Allons, ma fille, ne différons plus.
RUTH, en s’en allant
O Dieu d’Israël, Dieu de ma mère! rendez-moi digne de tant de bienfaits!...
(Elle sort avecNoémi et Booz.)
RUTH ET NOÉMI