SCÈNE IV. — ZÉLIS, AMÉLIE
ZÉLIS, regardant sortir Rosine.
Comme elle nous quitte brusquement !... à qui en a-t-elle?...
AMÉLIE
Je l’ignore... Vous savez, Zélis, que souvent Rosine a des caprices dont on ne peut expliquer la cause : elle est bonne, sensible; mais elle s’inquiète et s’agite presque toujours sans raison.
ZÉLIS
Oui, elle a des idées singulières. Elle se plait à
LA COLOMBE
se tourmenter : par exemple, elle vous aime beaucoup, mais elle ne vous aime pas bien, car elle ne compte pas entièrement sur vous ; un rien la fâche ou l’alarme : cela s’appelle, je crois, de la jalousie.
Mais j’ai dit à Rosine qu’elle était la plus chère de mes amies. Si elle doute de ma bonne foi, comment peut-elle m’aimer encore? si elle me croit, comment peut-elle être jalouse?... Dans l’une ou l’autre supposition, je ne comprends pas sa jalousie.
ZÉLIS
C’est que vous êtes raisonnable, et Rosine, à cet égard, ne l’est pas.
AMÉLIE
Comment s’y prendre pour la guérir de cette cruelle fantaisie?...
ZÉLIS
Je ne sais ; je crains que ce ne soit fort difficile.
AMÉLIE
Allons la retrouver... Mais que nous veut Colin?... il a l’air bien effaré...