SCÈNE V. — TOINETTE, LUCIE, MÉLANIDE, DORINE
MÉLANIDE, à Lucie.
Venez, chère Lucie, embrassez-moi ; Dorine est enchantée de vous ; tout ce qu’elle m’a dit me cause une joie extrême.
LUCIE, à part.
Ceci me confond !...
MÉLANIDE
Si vous vous conduisiez toujours de même, vous feriez mon bonheur.
LUCIE, avec embarras.
Ma tante !...
MÉLANIDE
Promettez-moi, ma fille, de persévérer... Vous ne répondez point, vous baissez les yeux... Vous
L’ENFANT GÂTÉ, ne voulez point prendre un engagement qui me rendrait si heureuse?
DORINE
Oh ! Mademoiselle, j’en suis sûre, le remplira avec plaisir.
LUCIE, vivement à Donne.
Non, mademoiselle, non...
DORINE, à Lucie.
Mais vous n’y pensez pas!...
5IÉLANIDE , à Lucie.
Eh bien, Lucie, je ne suis pas fâchée de ce que vous venez de dire là; du moins il y a de la bonne foi. Je désire que vous ayez des talents, mais je veux avant tout que vous soyez vraie ; la franchise est la première de toutes les vertus.
LUCIE, à part.
Que je souffre ! Quel reproche !
MÉLANIDE
Ne parlons plus d’étude aujourd’hui : Dorine est contente de vous, il faut vous récompenser; ne songeons qu’à nous divertir.
LUCIE
En vérité, ma tante, je ne mérite point de récompense.
COMÉDIE
MÉLANIDE
Cette modestie ne vous en rend que plus digne.
DORINE , bas à Lucie.
Quittez doue cet air embarrassé.
LUCIE, à Dorine avec humeur.
Laissez-moi !
MÉLANIDE , à Lucie.
Ma fille, je vous trouve abattue et changée ; vous n’êtes pas malade?...
LUCIE
Non, ma tante.
MÉLANIDE
Sa leçon l’aura trop appliquée. (A Dorine.) Il ne faut pas non plus les lui donner si longues. Je ne veux pas qu’on la fatigue.
LUCIE, à part.
Elle ne dit pas un mot qui ne me pénètre.
MÉLANIDE
Il n’est que quatre heures; je vais faire un tour de jardin avant d’achever ma toilette. Lucie, voulez-vous m’accompagner?
LUCIE
Volontiers, ma tante.
MÉLANIDE
L’air vous fera du bien, car vous paraissez avoir
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mal à la tête; venez, mon enfant... (Elle sort en s’ appuyant sur Lucie ; Toinette les suit.)