‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesseChapitre 20 sur 106 · SCÈNE III. — SOPHIE, CONSTANCE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — SOPHIE, CONSTANCE

(Elles restent un moment sans parler, jusqu’à ce qu’elles aient perdu de vue Pauline.)

CONSTANCE

Enfin, ia voilà partie !. . .

LA CURIEUSE

SOPHIE

Oui, mais je crains quelle ne revienne bientôt.

CONSTANCE

Elle est bien capable de se cacher pour nous écouter.

SOPHIE

Allez-y voir tout doucement... Mon Dieu, quel tourment d’être obligée de prendre tant de précautions avec une personne que l’on aime !

CONSTANCE, revenant.

Rassurez- vous ; j’ai trouvé Rose à l’entrée du bosquet, et je l’ai chargée de nous avertir quand elle apercevrait Pauline.

SOPHIE

Mais c’est dire à Rose que nous avons des secrets...

CONSTANCE

Point du tout... Rose est si simple! Je lui ai dit en riant qu’il s’agissait d’une plaisanterie : elle le croit d’autant mieux, que nous lui avons déjà fait faire le guet plus d’une fois pour des bagatelles... Enfin nous sommes sûres que Pauline ne viendra pas nous surprendre. . . Ne perdons point de temps, chère Sophie.

SOPHIE

le vous ai dit hier au soir que je venais de rece-

COMEDIE

voir une lettre (le mon frère, et qu’il me permettait de vous la communiquer.

CONSTANCE

Et c’est le concierge qui vous a remis cette

lettre?

SOPHIE

Lui-même. . . La voici, je vais vous la lire. . . À h ! ma chère Constance î . . .

CONSTANCE

Vous pleurez, Sophie!... O ciel! qu’est-il donc arrivé !...

SOPHIE

Si vous saviez tout ce que j’ai souffert depuis hier, et combien il m’en a coûté pour paraître aussi calme, aussi gaie que de coutume !... Ecoutez, vous allez en juger... Mais voyez si Rose est toujours là.

CONSTANCE

J’y vais.

SOPHIE

O mon frère, mon frère!... quelle sera la fin de cette cruelle aventure?

CONSTANCE, revenant.

Rose y est toujours, et Pauline ne paraît point... Cette lettre?... Je meurs d’impatience!..

SOPHIE

Elle est datée de jeudi matin.

LA CURIEUSE

CONSTANCE

C’était hier!... Le régiment de M. Yalcour est à quarante-cinq lieues d’ici, comment avez-vous pu recevoir sa lettre le même jour?

SOPHIE

Mon frère n’est plus à son régiment, il est ici...

CONSTANCE

Ici!

SOPHIE

N’élevez pas la voix; si l’on nous entendait!... Oui, il est caché dans ce château ; mais sa lettre va VOUS instruire de tout. (Elle parcourt la lettre, et regarde de temps en temps d’un air incpiiet si personne ne paraît.)

Ah! m’y voici!... « Venons au détail de cette « malheureuse aventure... Vous savez que le régi- « ment de Yalcé est à trente lieues de la ville où « je suis en garnison, et vous connaissez toute « l’amitié qui nous unit : une lettre de l’un de nos « amis communs m’apprit qu’il avait perdu une « somme considérable au jeu, et qu’il était au dés- « espoir. Aussitôt je chargeai mon valet decham- « bre de répandre le bruit que j’étais malade, afin « de me dispenser de mon service, et je partis sur- « le-champ pour aller rejoindre Yalcé, et lui offrir « ma bourse; je comptais bien ne pas m’absenter « plus de deux jours... » Vous reconnaissez là mon frère?

COMEDIE

CONSTANCE

Ce trait peint son âme.

SOPHIE

Une action si noble ne devait pas avoir des suites aussi funestes!... Mais achevons. « Comme « je partais sans congé, je pris la précaution de « changer mon nom contre celui de chevalier de « Mirville , et j’arrivai à Valenciennes. En en- « trant dans la ville, je pensai, chère Sophie, que « je n’étais plus qu’à quinze lieues de ma mère « et de mes soeurs... » Je ne puis retenir mes larmes.

CONSTANCE

Donnez, je Vais Continuer. (Elle prend lalettre.)

SOPHIE

Paix ! j’entends du bruit. . .

CONSTANCE

C’est Rose!.. .

SOPHIE

Àh! rendez-inoi cette lettre... (Elle reprend lalettre et la met dans sa poche.)

ROSE accourt et dit en passant auprès de Sophie :

Mademoiselle Pauline est sur mes talons !

(Elle traverse le théâtre, et sort par le côté opposé à celui par lequel elle est entrée.)

SOPHIE

Est-il rien de plus insupportable !...

LA CURIEUSE

CONSTANCE

Allons dans notre chambre.

SOPHIE

Pauline nous y suivra de même. . . Mais la voici, changeons d’entretien.

Page 1