SCÈNE IV. — PAULINE, CONSTANCE, SOPHIE
PAULINE
Venez, ma sœur, Constance est ici... Approchez sans crainte, je vais m’en aller.
SOPHIE
Eh quoi! Pauline, toujours la même aigreur!
PAULINE
J’ignore si j’ai de l’aigreur ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que je ne suis plus curieuse; j’ai découvert ce que je voulais savoir.
SOPHIE
Si vous avez appris quelque secret, vous êtes mieux instruite que nous.
PAULINE
Mieux instruite, non... mais autant.
SOPHIE, à part.
Elle m’inquiète malgré moi. (Haut.) Je ne conçois rien à tout ce que vous dites. Vous avez un air triste qui m’alarme, ma sœur... Que vous estil donc arrivé?
LA CURIEUSE
PAULINE
J'ai, il est vrai, plus d’un sujet de chagrin !...
SOPHIE, avec crainte.
Tiennent-ils à ce que vous croyez avoir découvert?...
PAULINE
Oh! point du tout...
SOPHIE, à part.
Je respire! elle ne sait rien.
PAULINE
Enfin, bientôt il n’y aura plus de secret pour personne... et tel qui se cache aujourd’hui, paraîtra demain sans mystère...
SOPHIE, troublée.
Tel qui se cache !...
CONSTANCE, bas à Sophie.
Grand Dieu ! saurait-elle !...
Eh bien, vous voilà toutes troublées... (A part.) Je ne puis m’empêcher de rire de leur stupéfaction . . .
SOPHIE, bas à Constance.
Sa gaîté prouve qu’elle ne sait rien ; mais que veut-elle dire?...
COMÉDIE
PAULINE
Je serai bien aise de le voir... Cependant ce n’est pas moi qu’il a choisie pour confidente; ce n’est pas à moi que ses lettres sont adressées... Eh ! mon Dieu, elle va se trouver mal... Comme elle pâlit!... Sophie!... Soutenez-la... (Elle court à elle.)
SOPHIE
Laissez-moi... Ah! s’il est vrai que vous sachiez... Mais non, son cœur est bon... pourraitelle se faire un jeu... Pauline, au nom du ciel! achevez de vous expliquer...
PAULINE
Dans quel étonnement vous me jetez à votre tour!... Quelle peut être la cause de cette pâleur? que m’est-il donc échappé?...
SOPHIE, à part.
Elle ignore notre secret, et je me suis trahie.
PAULINE
Sophie, je vois des larmes dans vos yeux, et c’est moi qui les fais couler. . . Ma sœur, me soupçonneriez-vous de jalousie? mon cœur en est incapable ; il fait vœux les plus sincères pour votre bonheur... Je ne veux plus dissimuler avec vous, ma sœur; je ne suis instruite qu’à moitié, et sans
LA CURIEUSE
doute tout à l’heure] nous ne nous entendions ni l’une ni l’autre. Calmez-vous, et répondez-moi.
SOPHIE, à part.
Tâchons du moins de réparer mon imprudence. (A Pauline). Eli bien, je l’avoue, un secret nous préoccupe... Vous avez tant fait, que vous m’arrachez ce mot qui ne devait jamais sortir de ma bouche... La discrétion, la prudence, sont des vertus qu’on ne peut conserver avec vous...
PAULINE
Que d’amertume dans ce reproche ! C’est ainsi que vous répondez à mon amitié !
SOPHIE
Vous m’aimez, et vous me faites manquer à mes devoirs!... Mais n’en parlons plus, je ne veux pas vous offenser. La surprise a seule causé mon émotion. Vous avez dit d’un ton si vrai que vous saviez tout! je l’ai cru... Pourtant ce secret n’a aucune importance... Je crois entrevoir que vous êtes mal instruite. Si vous voulez vous expliquer plus clairement...
PAULINE
Si je me trompe, m’apprendrez-vous la vérité?
Peut-être...
SOPHIE
COMÉDIE
PAULINE
Peut-être ne me suffît pas... Je le vois, je n’ai aucun droit à votre confiance, je ne l’obtiendrai jamais : ainsi gardez votre inquiétude, vous ne saurez rien...
SOPHIE
Si maman vous interrogeait, il faudrait bien lui dire...
PAULINE
Des menaces!... ma sœur, n’employez pas ce moyen, il ne peut rien sur moi, et il est indigne de vous. Je n’ai plus qu’un mot à dire : dénoncezmoi, si vous le voulez, livrez-moi à l’indignation de ma mère, j’en serai au désespoir... mais n’espérez rien obtenir par la violence.
SOPHIE
Insensée!... vous refuseriez de confier à votre mère ce que vous direz peut-être sans effort à la première personne qui vous interrogera... que sais-je?... à Rose, si elle vous en presse... Mais rassurez- vous, ma sœur, ce n’est point de moi que maman apprendra ce qu’elle a droit d’attendre de votre repentir et de votre confiance.
PAULINE, à part.
Je ne puis m’empêcher de rougir des torts
qu’elle me reproche, et de ceux qu’elle ignore!...
ns
LA CURIEUSE
CONSTANCE
Mais la nuit commence à tomber. . . il faut rentrer; d’ailleurs le temps menace d’être orageux... Quelqu’un vient... c’est Rose; que nous veutelle?