SCÈNE VI. — SOPHIE, CONSTANCE
SOPHIE, arrêtant Constance.
Un mot, Constance... Maman n’est point ma-
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lade... elle veut seulement se débarrasser du souper, afin que tout le monde se retire de meilleure heure.
CONSTANCE
Votre frère ne doit partir qu’à deux heures après minuit?
SOPHIE
Oui, mais maman m’a permis d’aller secrètement à minuit lui faire mes adieux; vous y viendrez aussi, Constance... et pour cela, il faut que Pauline soit couchée avant onze heures, et qu’elle ne nous entende pas sortir. A propos, avez-vous compris ce qu’elle a voulu dire?... Elle paraît savoir qu’il y a ici quelqu’un de caché ? Elle a parlé de confidence, de lettres... j’en ai frémi, et j’ai pensé me trahir; cependant ce qui lui est échappé m’a convaincue qu’elle n’avait parlé qu’au hasard...
CONSTANCE
C’est mon opinion; elle s’imagine qu’il est question de vous marier, et que celui qui doit vous épouser viendra ici demain.
SOPHIE
J’ai tâché de la dérouter autant que possible. J’aurais bien voulu qu’elle s’expliquât plus clairement. . .
LA CURIEUSE
CONSTANCE
Elle est maintenant avec sa tante, espérons qu’elle lui avouera tout.
SOPHIE
Aussi n’ai-je pas été fâchée qu'elle s’en allât seule ; notre présence chez maman l’aurait peutêtre gênée.
CONSTANCE
Je n’ai pu causer avec vous depuis ce matin ; savez-vous que j’ai eu un moment d’embarras quand ma tante m’a tout confié?
SOPHIE
Mon frère a dû lui avouer qu’il m’avait écrit, et que nous savions tout l’une et l’autre. Mais quelle heure est-il?
CONSTANCE
Huit heures. . .
SOPHIE
Encore quatre heures avant qu’il soit minuit !... Que le temps me semble long ! et cependant, à mesure que s’approche l’instant tant désiré, je sens s’accroître mon agitation et ma tristesse... Je vais revoir mon frère! après une absence de quatre mois, je vais donc l’embrasser pour lui dire un adieu. . . peut-être éternel !...
CONSTANCE
Enfin nous n’avons plus d’inquiétude sur ses
COMEDIE
jours, il va mieux, et rien ne peut empêcher son départ. ..
SOPHIE
Thibaut m’a dit qu’il est d’une pâleur, d’une faiblesse alarmante... Je redoute même l’entrevue de ce soir; il nous aime tant, il est si sensible!... Il voulait voir Pauline; maman s’y est opposée...
CONSTANCE
Qu’il me tarde de voir partir cet odieux baron de Sénanges!...
SOPHIE
Vous ne savez pas la question qu’il faisait ce soir à maman?
CONSTANCE
Je l’ignore.
SOPHIE
Il s’est avisé de lui demander si elle avait un lils. A ces mots, maman a rougi, elle a pâli; ses yeux se sont remplis de larmes; elle a bégayé quelques mots inintelligibles... enfin j’ai cru que tout allait se découvrir... Cependant elle s’est remise assez promptement; j’ai remarqué que le baron avait un air distrait; bientôt il a repris son calme ordinaire. Cette malheureuse aventure est si bizarre, qu’il me semble impossible d’en pénétrer le mystère. . .
122 LA CURIEUSE
ROSE, survenant.
Mesdemoiselles, le souper vous attend.
SOPHIE
Venez, chère Constance.
(Elles sortent.)
ROSE, seule.
Que fait donc mademoiselle Pauline dans le parterre avec ce baron de Sénanges? ils causent là comme s’ils se connaissaient depuis dix ans!... Elle doit passer par ici pour aller dans sa chambre; je m’en vais l’attendre... Elle est fâchée, parce que madame n’a pas voulu la voir... Toutes les préférences sont pour mademoiselle Sophie. Dam, c’est juste... c’est la perle des fdles, celle-là. Mais je sens quelques gouttes de pluie. Il fait froid ce soir... La lettre sera mouillée, si elle n’est pas déjà prise... Oh! je ne me coucherai pas, car le monsieur viendra, et il faut que je le voie la première, puisque j’ai eu la peine de porter la lettre. . . Ah ! v’ià mademoiselle Pauline.