SCÈNE VII. — PAULINE, ROSE
ROSE
Eh! mon Dieu! mademoiselle, comme vous v’ià toute ahurie ; qu’avez-vous donc?
PAULINE, se jetant sur une chaise.
J’ignore quelle imprudence j’ai commise. . . mais
COMÉDIE
il faut que j’aie été indiscrète... Je n’en puis plus !...
ROSE
Que vous est-il arrivé?. . .
PAULINE
Avez-vous vu passer le baron de Sénanges ?
ROSE
Non... mais vous étiez avec lui tout à l’heure; est-ce qu’il vous aurait appris quelque mauvaise nouvelle? Parlez donc, mademoiselle, racontezmoi ce qui vous chagrine, nous y trouverons peutêtre du remède.
PAULINE
Vous le savez, maman n’a pas voulu me recevoir... Je descendais tristement de chez elle, lorsque j’ai rencontré dans le parterre le baron de Sénanges qui se promenait seul : il s’est aperçu que je pleurais, il est venu à moi, et m’a fait quelques questions. Je n’ai pu m’empêcher de lui conter ma peine, de lui dire que maman ne voulait pas me voir parce qu’elle redoutait ma curiosité... « Croyez-vous, m’a-t-il dit, qu’elle vous cache quelque secret?... J’en suis sûre, » ai-je répondu. 11 a redoublé ses questions : j’ai fini par avouer qu’un certain chevalier de Mirville est caché dans le grand cabinet au bout de la galerie... J’achevais
LA CURIEUSE
à peine, qu’il s’est écrié : « Quel trait de lumière! » Et il est parti en courant...
r.osE.
Que veut-il dire avec son trait de lumière?...
PAULINE
Je l’ignore... mais il a pris tout d’un coup un air sombre, ses yeux étincelaient de colère... Je tremble encore rien que d’y penser.
ROSE
C’est un vilain homme de vous faire peur comme cela...
PAULINE
Rose, tâchez de voir ma mère; sa porte m’est défendue, peut-être vous laissera-t-on entrer; demandez-lui qu’elle daigne m’entendre; ne perdez pas une minute, je vous en prie. . .
ROSE
Mais, mademoiselle, je ne puis aller rapporter contre vous.
PAULINE
Vous m’aiderez à réparer mes torts, c’est le dernier service que j’attends de vous; de grâce, ne me refusez pas! Jusqu’ici je vous ai donné de bien mauvais exemples ; puissiez-vous les oublier, et mettre à profit mon repentir ! . .
ROSE
Tenez, mademoiselle, ce que vous me dites là me fend le cœur... Retournez dans votre chambre; il est bientôt dix heures, et ces demoiselles vous attendent peut-être pour souper...
PAULINE
Elles me croient sans doute avec maman.
ROSE
La lune est tout à fait cachée, nous allons avoir de l’orage. . . on y voit à peine ; voulez-vous que je vous donne le bras jusqu’à l’escalier?
PAULINE
Merci, j’irai bien seule... Mais n’entends-je pas du bruit?...
ROSE
Oui, quelqu’un vient avec une lumière. Je ne suis pas trop rassurée. . .
PAULINE
Paix, taisOllS-noUS. (Elles sortent.)