SCÈNE II. — LA COMTESSE, AGATHE
LA COMTESSE
Approchez, Agathe... j’ai à vous parler...
AGATHE
Maman...
LA COMTESSE
J'ai des reproches à vous faire, ma fille, sur l’excès de votre douleur.
AGATHE
Ah! maman, vous savez combien j’aime ma sœur. . .
LA COMTESSE
Pensez-vous que mon affection pour Emilie soit moins vive?... mais je sais me contraindre; je sais lui cacher des larmes qui déchireraient son cœur et troubleraient sa raison... Je parais blâmer son désespoir, et cependant je le partage... D’oii me vient tant de force, tant d’empire sur moi-
COMEDIE. iV.t
même? c’est que j’envisage l’intérêt seul d’Émilie, c’est que je ne l’aime que pour elle...
AGATHE
Daignez excuser l’eft’et d’un premier mouvement : je sens mes torts, je ferai tout pour les réparer.
Songez, mon enfant, que vous pouvez contribuer à me dédommager d’une perte si grande... Rien ne saurait jamais effacer Emilie de mon souvenir; mais que son bonheur soit assuré, que je retrouve dans ses soeurs sa tendresse et ses vertus, et je ne me plaindrai point de mon sort... J’entends la voix de Lucette... Que vient-elle nous annoncer?
AGATHE
Mes sœurs la suivent. . .