I.Al'RETTE
C’est vrai; mais au bal où je la rencontrai, nous eûmes ensemble une longue conversation... Rien n’est plus singulier... Elle me dit qu’il manquait à son bonheur d’avoir une sœur. « Je serais bien heureuse d’en avoir une comme vous, » lui répondis-je... Elle s’attendrit, m’embrassa; et dans l’instant, je pensai à mon frère... Je m’écriai : « Mais j’ai un frère!... » Caroline rougit, et moi aussi. Elle saisit fort bien mon idée... Un moment après, mon frère vint la prier à danser.
LISETTE
Mademoiselle, permettez-moi de vous arrêter là : monsieur votre frère n’était point à Paris, il a passé tout l’hiver dernier à Strasbourg.
COMÉDIE
MADAME ROGF.R, riant.
2'ôi
.Va, ah, ah, la pauvre enfant! la voilà toute déroutée... Quel dommage que vous l’ayez interrompue, elle allait nous broder la plus jolie histoire !...
LISETTE
Je n’en doute pas. Mademoiselle conte fort bien; il ne lui manque que d’avoir la mémoire un peu plus sûre...
LAURETTE, embarrassée.
Réellement... je croyais... Mais vous avez raison, Lisette ; je ne vous sais point mauvais gré de m’avoir reprise...
LISETTE. '
Mademoiselle, c’est par attachement; je suis fâchée de vous voir un défaut. . .
LAURETTE
Quel défaut, Lisette?
Je n’ose même pas le nommer...
LAURETTE
Comment donc!... Mais, ma bonne...
MADAME ROGER
Eli bien, mademoiselle, c’est que vous jasez (rop; je vous l’ai déjà dit...
INTRIGUE ET MENSONGE
LAURETTE, à madame Roger.
Mais vous aimiez à m’entendre conter des histoires. . . je vous ai toujours vue en rire. . . Et vousmême, ma bonne, vous en dites tous les jours de nouvelles...
MADAME ROGER
Sans doute, pour passer le temps... Mais ce qui était tolérable dans votre enfance, est déplacé à présent ; vous avez quinze ans, il faut vous défaire de cette mauvaise habitude.
LAURETTE
Eli bien, ma bonne, aidez-moi à m’en défaire, puisque c’est vous qui me l’avez laissé contracter.
LISETTE
Malheureusement cette habitude est plus facile à prendre qu’à quitter... Mais silence! voici madame. . . AllonS-nOUS-en. (Elle sort avec madame Roger.)