SCÈNE IV. — LA BARONNE, BÉLINDE
LA BARONNE
Venez, ma chère Bélinde ; j’ai à vous dire plusieurs choses qui vous feront plaisir. Vous ne douterez plus, j’imagine, du succès de notre affaire.
La marquise vous a donc donné sa parole?
LA BARONNE
Pas encore; mais elle m’a fait entendre qu’elle s’en remettait à sa tille pour cette décision ; et je suis sûre que mademoiselle de Bléville désire vivement ce mariage, qu’elle y compte même.
BÉLINDE
Comment pouvez-vous en être sûre?
LA BARONNE
Mademoiselle de Bléville l’a dit à Laurette.
BÉLINDE
Laurette me paraît une charmante enfant ; elle est douce, sensible, mais bien étourdie; et j’ai
INTRIGUE ET MENSONGE
remarqué qu’elle altère un peu ce qu’elle conte... Elle éprouve un tel besoin de parler!...
LA BARONNE
C’est vrai, et je viens à l’instant de la gronder fortement à ce sujet. Mais, cette fois, je suis certaine qu’elle m’a dit l’exacte vérité, et avec des détails si vraisemblables, qu’il ne me reste aucun doute. Revenons à ce qui nous intéresse. Je reçois à l’instant un billet de madame de Saint- Alban ; elle me fait espérer que notre homme acceptera le gouvernement ; il a déjà envoyé chez elle pour la prier de le recevoir avant l’heure convenue, pressé qu’il est, dit-il, déterminer.
BÉLINDE
Eli bien, c’est une affaire arrangée?
LA BARONNE
Non pas : madame de Saint-Àlban s’étant trouvée forcée de sortir, ne rentrera qu’à sept heures...
BÉLINDE
Il en est cinq; ainsi dans deux heures nous saurons le nom du postulant, et il apprendra le vôtre.
LA BARONNE
La marquise revient ici à huit heures, je pourrai lui annoncer que sa fille aura une place ; tout cela.
COMÉDIE
comme vous le voyez, est arrangé à merveille. Convenez que j’ai bien conduit cette affaire; mon amour-propre, je l’avoue, est véritablement satisfait. Vous l’aviez piqué ce matin par toutes vos craintes , et je ne suis pas fâchée de vous prouver qu’il n’est rien dont je ne puisse venir à bout, quand je le veux fermement. Cette marquise, que vous m’aviez représentée comme une personne si redoutable, si pénétrante, avec son air froid et sérieux, est fort loin d’être insensible à la louange; d’ailleurs, j’ai pris la forme qui pouvait lui plaire : elle est persuadée que je suis la meilleure femme, la plus franche qu’elle ait jamais connue.
Je souhaite qu’aucun revers ne vienne troubler cet enivrement de joie et d’amour-propre... Mais, voici Lisette, qui paraît bien agitée; elle a sûrement quelque chose de très-pressé à vous dire.