‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesseChapitre 80 sur 106 · I.AURETTE · texte numérisé non relu

I.AURETTE

Voyez mes pleurs, voyez l’état où je suis; pouvez-vous me soupçonner de vouloir clans cet instant inventer une histoire?

LISETTE

C’est que l’habitude en est si forte chez vous ! je suis convaincue que vous mentez souvent sans le vouloir.

LAURETTE

Le temps se passe... et bientôt l’avis que j’ai à donner sera inutile... Lisette, si vous êtes capable de quelque compassion, encore une fois, laissezmoi parler ! Faut-il vous en prier à genoux? rien ne me coûte pour l’intérêt de mon frère. Lisette, ma chère Lisette, laissez-vous toucher !... (Elle se

jette à genoux.)

LISETTE, la relevant.

Hé, bon Dieu, mademoiselle, que faites-vous ? La fille de ma maîtresse à mes pieds, pour me demander de l’écouter !... Voyez donc, ma chère demoiselle, à quel excès d’abaissement peuvent conduire certaines fautes! Moi, que votre confiance honorerait tant, si vous étiez ce que vous devriez être, il faut que je sois humblement suppliée pour me décider à vous entendre... Pardonnez-moi cette réflexion ; je ne la fais que pour votre bien, car votre douleur et vos larmes me

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rendent tout mon respect pour vous. Parlez, mademoiselle; parlez, je vous écoute.

LACRETTE.

Hélas! l’heure s’avance, et nous n’avons pas un instant à perdre. Vous savez que la fdle de ma bonne est femme de chambre de madame de Saint- Alban?

Oui...

LACRETTE.

Eli bien, elle est venue, il y a une heure, pour voir ma mère qui venait de sortir; alors, elle m’a demandée, et m’a conté que l’on terminait ce soir une affaire qui devait assurer le succès du mariage de mon frère; sa maîtresse lui en avait fait la confidence.

LISETTE

Mademoiselle, permettez... il n’est guère naturel que cette femme de chambre vienne vous conter les confidences de sa maîtresse.

LAURETTE

Mais elle me connaît beaucoup ; je l’ai vue bien des fois au couvent : d’ailleurs, elle a cru se faire un mérite auprès de moi en me révélant un secret qui ne lui paraît pas bien important, puisqu’il cessera d’en être un ce soir...

COMÉDIE

LISETTE

Mais je vous ferai observer...

LAURETTE

Attendez... Cette fille m’a donc dit qu’un ami de sa maîtresse renonçait à une place en faveur d’un gouvernement que maman lui faisait avoir. Cet ami vient ce soir à sept heures chez madame de Saint-Alban; il ne sait pas le nom de maman, maman ignore le sien, et...

En vérité, mademoiselle, je veux mourir si je comprends un mot à toute cette histoire...

LAURETTE

Mais cet amic’est justementM. deMirvaux; voilà ce que cette femme de chambre m’a appris : et lorsqu’on lui nommera maman, il sera furieux, puisque...

LISETTE

Eli bien, madame n’a-t-elle pas promis un gouvernement à M. de Mirvaux? il l’aura; pourquoi serait-il en colère?...

LAURETTE

Vous ne m’avez donc pas comprise?...

LISETTE

J’étais un peu distraite, je l’avoue?...

INTRIGUE ET MENSONGE

LAURETTE

Mon Dieu, quelle épreuve !... ma patience est à bout... Lisette, je vous en conjure, allez trouver ma mère; dites-lui que l’inconnu est M. de Mirvaux lui-même ; qu’elle aille sur-le-champ chez madame de Saint- Alban, pour la prier de ne point la nommer, sans quoi le mariage de mon frère est rompu sans retour. . . Allez, ma chère Lisette, je vous en supplie...

Madame me recevra fort mal. . .

LAURETTE

Elle vous écoutera ; allez...

LISETTE

Mais que lui dirai-je? que M. de Mirvaux ne veut plus du gouvernement?...

LAURETTE

Vous me mettez à la torture...

LISETTE

Tenez, voici, madame Bélinde, chargez-la de cette commission ; elle s’en acquittera mieux que je ne le saurais faire.

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