‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesseChapitre 91 sur 106 · M1MU · texte numérisé non relu

M1MU

Pardi non, elle m’égratigne toujours, je ne l’aime pas du tout.

MADAME DUMOND.

Elle est pourtant bien jolie...

MIMI

Oui, mais elle est méchante comme je ne sais quoi...

MADAME DUMOND.

11 vaut donc mieux être bonne que d’être belle?

MIMI

Mais est-ce qu’on ne peut pas être belle sans égratigner?

MADAME DUMOND.

Oh, si fait. Mais la beauté passe, et la bonté dure; et c’est par la bonté qu’une petite fille fait le contentement de son papa et de sa maman ; lu le vois donc bien, la bonté seule fait aimer et mérite des récompenses.

MIMI

Ah, oui, c’est juste; je m’en souviendrai. Ainsi, maman, c’est donc lapins vertueuse qu’on va couronner?

COMEDIE

MADAME DUMOND.

Assurément. Mais, monsieur le prieur, vous m’aviez promis que vous me feriez voir dans cette maison ce qu’il y a de plus curieux à Salencv?

LE PRIEUR

C’est vrai. Tenez, madame Dumond, regardez cette armoire... Elle renferme de précieuses richesses...

MADAME DUMOND.

Comment donc?

MIMI

Ah! je voudrais qu’on l’ouvrit!

LE PRIEUR

Hélène, pourrait-on en avoir la clef?

Je vais voir si ma grand’mère veut me la donner.

MIMI

Maman, voulez-vous bien que j’aille avec elle?

MADAME DUMOND.

Oui, va.

(Hélène prend Mimi par la main et sort.)

LE PRIEUR

Cette famille est bien en effet une des'plus considérées de Salencv; si vous connaissiez, madame,

la piété , la charité de ces bonnes gens!... el comme ils sont respectés dans le village!... car ici les vertus seules impriment le respect.

MADAME DUMOND.

Vous êtes bien heureux, monsieur le prieur, d’avoir d’aussi bonnes âmes à gouverner.

LE PRIEUR

Ah ! j’en bénis tous les jours la Providence ! Depuis vingt ansque je suis ici, je n’ai pas vu faire une mauvaise action, je n’ai pas connu un malhonnête homme!... Pour vous donner une idée de la pureté de leurs mœurs et de leur morale, il faut que je vous conte la raison qui a fait refuser l’année passée la rose à une jeune fille. Elle était parfaitement sage et modeste , il n’y a pas d’exemple qu’icil’on soit autrement ; mais des témoins déposèrent et il fut prouvé qu’elle avait passé presque tout un jour ouvrier dans l’oisiveté, et que son frère s’était moqué d’un vieillard : elle fut exclue tout d’une voix.

MADAME DUMOND.

Les fautes des parents comptent donc aussi?

LE PRIEUR

Vraiment oui? ce qui fait que cette rose tient en respect les garçons comme les tilles; vous sentez bien que les pères et les frères prennent garde à

COMÉDIE

eux... Tenez, ce jeune garçon dont je viens de vous parler , qui contribua à l’exclusion de sa sœur, était au moment de se marier, et sur- cela, les parents de la fille rompirent tout.

MADAME DUMOND.

Oh ! je comprends, une rosière honore toute la famille...

LE PRIEUR

Sûrement, chacun en particulier pouvant se flatter qu’il a contribué de quelque chose au couronnement.

MADAME DUMOND.

Mais il y a un article qui m’embarrasse; ceux qui déposent contre les prétendantes sont des Salenciens?

Oui...

MADAME DUMOND.

Hé bien, cela doit soulever des haines parmi eux...

LE PRIEUR

Nullement. Toute déposition dénuée des preuves les plus positives, ne serait pas reçue; ce n’est ni l’envie, ni l’aversion qui déposent, c’est le noble désir que la rose ne tombe pas sur un sujet médiocre... L’ambition des honneurs et des richesses produit souvent des cabales ; ce prix sim-

])le et champêtre, cette rose offerte à la vertu, ne fait naître qu’une louable émulation, et ne peut qu’épurer davantage les cœurs innocents qui brûlent de l’obtenir. Mais j’entends revenir Hélène... Ali ! la bonne Monique, sa vieille grand’mère, est avec elle.

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