‹ Théatre d'éducationChapitre 1 sur 130 · ROSINE, AMÉLIE · texte numérisé non relu

ROSINE, AMÉLIE

ROSINE

xLn vérité, ma sœur, je vous admire de pouvoir ainsi , à votre âge , vous occuper d'un oiseau.

y AMÉLIE.

Mais , moi , je ne critique pas votre goût pour les fleurs ^ pourquoi , Rosine , vous moquez-vous de ma colombe ?

ROSINE

Ah , quelle différence ! les fleurs ne sont pour moi qu'un simple amusement , et votre triste tourterelle est pour vous Tobjet d'un sentiment très-vif, très-tendre.

AMÉLIE

Très-vif!... très-tendre!... quelle folie!... Mais , après tout , une colombe douce , sensible , est plus faite pour intéresser qu'une rose.

10 Lx\ COLOMBE,

ROSINE

Aussi VOUS sacrifierois-je sans peine toutes mes roses , mes orangers , mon lilas blanc , et jusqu'au myrte charmant que Zélis m'a donné j et vous, Amélie, vous ne pourriez vous résoudre à me donner votre colombe.

Que signifient ces reproches? Depuis quand, Rosine, doutez-vous de mon amitié F s'est-elle jamais démentie?

ROSINE

Ah! je m'entends...

AMÉLIE

Pour moi , je ne vous comprends pas.

ROSINE

Changeons d'entretien... Zélis arrive aujourd'hui.

AMÉLIE

Après six mois d'absence , qu'il me sera doux de la revoir!

ROSINE

Oh 5 je n'en doute pas ^ car , s'il faut

COMEDIE. ïi

expliquer ma pensée , vous n''avez jamais rien aimé comme Zélis.

AMÉLIE, souriant.

Le croyez-vous , ma sœur ?

ROSINE

Oui, pas même votre colombe.

AMÉLIE

Je me rappelle qu'autrefois vous ei^ites l'injustice de croire que je vous prëfe'rois Zélis ^ mais , depuis son départ , vous me paroissiez entièrement guérie de cette prévention... Quand vous m''en assuriez, vous me trompiez donc, ma sœurf...

ROSINE

Je ne vous tromperai jamais, Amélie^ mais je vous aime trop pour n'être pas souvent inquiète , agitée , et peu d'accord avec moi-même... Vous êtes ma seule et véritable amie , et je ne puis souffrir qu'une autre partage avec moi votre confiance et votre tendresse...

AMÉLIE

Vous méritez Tune et FaiUre, et vous

êtes ma sœur ^ ainsi , quand Zélis auroit toutes les qualités qui m'attachent à vous, je vous aimcrois toujours mieux qu'elle...

ROSINE

Parce que je suis votre sœur! ah! que cela est froid!

AMÉLIE

Mais comptez-vous pour rien le nœud si doux qui nous unit, ces liens sacre's du sang qui nous font un devoir de nous che'rir?

ROSINE

Ainsi donc vous ne m'aimez que par devoir ?

Non , mais ce devoir me rend ma tendresse plus chère?

ROSINE

Oh! que nous sentons différemment !.„ Mais quelqu'un vient...

AMÉLIE

C'est peut-être Ze'lis...

ROSINE

En effet, je crois reconnoître sa voix..»

COMÉDIE. i5

AMÉLIE, elle court au-devant de Zélis, Ah! c'est elle sûrement.

ROSINE

Quelle joie !... quels transports !... Que feroit-elle de plus pour moi!... Allons, contraignons-n ou s .

[Amélie et Zélis rev'iennent en se tenant sous le bras.)

Page 1