ROSINE, AMÉLIE
ROSINE
xLn vérité, ma sœur, je vous admire de pouvoir ainsi , à votre âge , vous occuper d'un oiseau.
y AMÉLIE.
Mais , moi , je ne critique pas votre goût pour les fleurs ^ pourquoi , Rosine , vous moquez-vous de ma colombe ?
ROSINE
Ah , quelle différence ! les fleurs ne sont pour moi qu'un simple amusement , et votre triste tourterelle est pour vous Tobjet d'un sentiment très-vif, très-tendre.
AMÉLIE
Très-vif!... très-tendre!... quelle folie!... Mais , après tout , une colombe douce , sensible , est plus faite pour intéresser qu'une rose.
10 Lx\ COLOMBE,
ROSINE
Aussi VOUS sacrifierois-je sans peine toutes mes roses , mes orangers , mon lilas blanc , et jusqu'au myrte charmant que Zélis m'a donné j et vous, Amélie, vous ne pourriez vous résoudre à me donner votre colombe.
Que signifient ces reproches? Depuis quand, Rosine, doutez-vous de mon amitié F s'est-elle jamais démentie?
ROSINE
Ah! je m'entends...
AMÉLIE
Pour moi , je ne vous comprends pas.
ROSINE
Changeons d'entretien... Zélis arrive aujourd'hui.
AMÉLIE
Après six mois d'absence , qu'il me sera doux de la revoir!
ROSINE
Oh 5 je n'en doute pas ^ car , s'il faut
COMEDIE. ïi
expliquer ma pensée , vous n''avez jamais rien aimé comme Zélis.
AMÉLIE, souriant.
Le croyez-vous , ma sœur ?
ROSINE
Oui, pas même votre colombe.
AMÉLIE
Je me rappelle qu'autrefois vous ei^ites l'injustice de croire que je vous prëfe'rois Zélis ^ mais , depuis son départ , vous me paroissiez entièrement guérie de cette prévention... Quand vous m''en assuriez, vous me trompiez donc, ma sœurf...
ROSINE
Je ne vous tromperai jamais, Amélie^ mais je vous aime trop pour n'être pas souvent inquiète , agitée , et peu d'accord avec moi-même... Vous êtes ma seule et véritable amie , et je ne puis souffrir qu'une autre partage avec moi votre confiance et votre tendresse...
AMÉLIE
Vous méritez Tune et FaiUre, et vous
êtes ma sœur ^ ainsi , quand Zélis auroit toutes les qualités qui m'attachent à vous, je vous aimcrois toujours mieux qu'elle...
ROSINE
Parce que je suis votre sœur! ah! que cela est froid!
AMÉLIE
Mais comptez-vous pour rien le nœud si doux qui nous unit, ces liens sacre's du sang qui nous font un devoir de nous che'rir?
ROSINE
Ainsi donc vous ne m'aimez que par devoir ?
Non , mais ce devoir me rend ma tendresse plus chère?
ROSINE
Oh! que nous sentons différemment !.„ Mais quelqu'un vient...
AMÉLIE
C'est peut-être Ze'lis...
ROSINE
En effet, je crois reconnoître sa voix..»
COMÉDIE. i5
AMÉLIE, elle court au-devant de Zélis, Ah! c'est elle sûrement.
ROSINE
Quelle joie !... quels transports !... Que feroit-elle de plus pour moi!... Allons, contraignons-n ou s .
[Amélie et Zélis rev'iennent en se tenant sous le bras.)