LA. MARQUISE, JULIETTE, UN VALET- DE-CHAMBRE, UN LAQUAIS
LA MARQUISE, retenant.
V RNEz m'embrasser, ma chère Juliette, et recevoir mes excuses de la manière dont je vous ai parlé tout à riieurc.
JULIETTE baise la main qu'elle lui tend j la marquise V embrasse.
Des excuses!...
LA MARQUISE
Oui, celle expression n'est pas trop forte. N'avez- vous pas été la compagne de mon enfance? n'êtes-vous pps Famie que ma lanlc m'a donnéef... Elevée avec moi, élevée par elle, que de litres vous avez pour m'èlre clière!... Ah! Juliette, que n'ai-je profilé comme vous de l'éducation que j'ai reçue!... Hélas ! je n'ai jamais senti mes torts avec autant d'amertume qu'aujourd'hui,
JULIETTE
Ahl madame, de quel attendrissement vous me pénétrez !... Je l'avois prévu , que cet entretien salutaire vous rendroil entièrement à vous-même...
LA MARQUISE
Ma tante!... que je l'aime !... quelle âme peut se comparer à la sienne! quelle raison ! quelle douceur ! quelle charmante et tendre indulgence!...
UN V A L E T-D E-C H A M B R £ , apportant
im billet.
Madame, c'est de la pari de madame la baronne de Saint-Pliar, et Ton attend la re'ponse.
LA MARQUISE
Il suffit.... ( Elle lit. ) { Le vaïet-dechamhre sort.) Quelle imporlunité!... mais il faut bien répondre... Qu'ai-je fait du premier billet f... ah! le voici... Allons, je vais écrire, Juliette, pendant que vous achèverez de me coiffer. Mettez seulement quelques fleurs dans ma tête... à la hâte...
( Elle se met à sa toilette et prend son
écritoire. )
JULIETTE, à part.
Ces maudits billets, je le parie, vont la distraire de ses bonnes dispositions.... ( Juliette prend des fleurs dans un car^ ton. ) Madame veut-elle cette guirlande de roses ?
LA MARQUISE
Tout ce que vous voudrez, cela m'est égal. ( Juliette s'approche et la coiffe. }■
Sgo LES DANGERS DU MONDE,
( La marquise cherchant sur sa toilette. ) Où est donc mo;i cachet?... ( Elle aperçoit la figure de biscuit. ) Ah, Juhetle!...
JULIETTE
Quoi donc , madame , je vous ai pique'ef...
LA MARQUIS E
Eh! non. Regardez donc la johe chose î
JULIETTE
Ah ! ce n'est que cela ?... C'est une galanterie de madame la vicomtesse ^ il y a même un billet par là. ( Elle cherche af^ec la queue de son peigne. ) Tenez, le voici.
LA MARQUISE
Comment ne me parlez-vous pas de cela 1' ( Elle lit le billet. )
JULIETTE
Je Tavois oublié. Je suis si blase'e sur
toutes ces ligures de TAmilié, et les autels de TAmitié, et les chiOres!...
Son billet est charmant , et cette alleritiou a réellement beaucoup de grâces.
JULIETTE , à part.
Oui , toul-à-f'ait.
LA MARQLISÉ.
Ah ! convenez, Julielle, que cette figure est ravissante ^ elle a une expression !...
JULIETTE
Moi, je ne lui vois qu'un visage fade et long , qui me paroît d'une insipidité à donner des vapeurs. ( Elle bâille. ) LA MARQUISE, sècliement.
Vous êtes difficile ^ pour moi , je la trouve charmante.
JULIETTE
C'est tout ce qu'il faut.
L A MA RQuisE, se regardant dans un miroir.
Comme vous m'avez coiffée !.... Mais c'est affreux!.... Donnez-moi encore une branche de roses.... et puis cachetez mes lettres et portez - les. ( Julielte cacheta avec des pains à chanter. La marquise raccommode sa coiffure. )