SCENE V
LA MARQUISE, JULIETTE, LE VALET- DE - CHAMBRE , LE LAQUALS, M'i* LE DOTJX , UNE FILLE DE BOUTIQUE , portant plusieurs cartons.
LA MARQUISE , sc Icçanl ilc SU toUette.
JjONJOUR, mademoiselle le Doux^ vous serez bien mécontente de moi , car je ne vous achèterai décidément- rien.
M^^*^ LE D'O U X
Eh, mon Dieu, madame, ce n'est pas l'inte'rêt qui me guide ^ mais je sais que personne n'a plus de goût que madame la marquise , et je voulois seulement lui faire voir que je ne suis pas tout-à-fait indigne d'obtenir sa protection.
L A M A II Q u I s E.
La vicomtesse Dorothe'e m'a souvent parlé de vous.
Hp M^^^ LE DOUX.
Elle a mille hontes pour moi... et puis il y a un si grand plaisir à travailler pour elle ! sa figure feroit valoir Touvrage le plus médiocre... ( Tout en parlant y mademoiselle le Doiioc étale différens clùffons. ) Pour moi, madame, j'ai une fantaisie qui m'em- [)êchera de faire fortune \ c'est que je n'ai d'adresse que pour les jolies pesonnes , et je n'ai jamais recherché la pratique des laides. JULIETTE, à part.
Elle sait son métier.
LA MARQUISE, examinant tous les chiffons.
Ah! voilà un drôle de bonnet!...
M^^^ la E D O UX.
Je Tai inventé et fait celte nuit : je Tai nommé ï Espiègle ; il sicroit bien à madame.
LA MARQUISE
Vous êtes très-aimable , mademoiselle le Doux... Juliette, venez donc voir V Espiègle. II est joli , au vrai.
JULIETTE
Mais, fi donc, madame , il est hideux ! LA MARQUISE , Ic plaçant au-dessus de sa tête, et se regardant dans le miroir.
0\\ , la bonne figure !... Regardez donc , mademoiselle le Doux , j'ai Tair d\me folle avec voire Espiègle.
M^^^ LE DOUX
Ah ! madame , je voudrois que vous fussiez peinte comme cela. En vérité, ce bonnet vous va si bien , que, si vous ne le prenez point, je serai véritablement inconsolable. Ce n'est assurément pas pour la conséquence du bonnet ^ car ce matin madame de Lurcé a voulu me Tacheter.
LA MARQUISE
Madame de Lurcé !... Ah ! par exemple ,
elle est un peu vieille pour prétendre encore à Tespièglerie.
M^^^ LE DOUX
Aussi n'ai-je jamais voulu le lui vendre. Tenez , madame , il ne peut convenir qu'à vous... Madame' la vicomtesse est bien jolie, mais elle n'a pas la vivacité j la physionomie de madame ^ et ce bonnet-là ne lui siéroit sûrement pas autant.
LA MARQUISE
De quel prix est-il P
M^^^ LE DOUX
Madame remarquera qu'il est d'une blonde comme sûrement elle n'en a jamais vu , et qu'il y a beaucoup d'ouvrage, malgré cela , il n'est que de six louis.
LA MARQUISE
Ah! par exemple, je l'aurois estimé plus cher.
JULIETTE
En effet, une aune de blonde et une demi-aune de gaze pour six louis, cela est bien bon marché...
LA MARQUISE
Ah ! j'entends la voix de la vicomtesse...
3y8 LES DANGERS DU MONDE,
J.ULIETTE/
Allons , bon j tous les chiffons vont rester ici.
LA -MARQU I s E.
Ah! c'est elle. {ELle sort en courant pour aller au-devant d'elle. )