‹ Théatre d'éducationChapitre 11 sur 130 · P II É D I M E · texte numérisé non relu

P II É D I M E

J'admire votre me'moire^ car enfin deux grands mois se sont e'côule's depuis cet entretien , et vous vous ressou venez des plus petites circonstances, jusqu'au palmier.

Ah! ce palmier! je crois le voir encore^ il soutenoit la tête de Zirplie'e j les cheveux de Zirphe'e ont touche' son ecorce.

p IIÉ U I?,IE.

Et moi , contre quel arbre e'tois-je appu3ce P

p II A N o R.

Dans toute, la prairie je ne vis qu'un palmier.

p II É D 1 31 E , riant.

Ah! vous voilc'i donc en défaut. \ oyons encore : et moi, que disois-jc à Zirphée?

PH ANO R

Mais , rien , je crois.

PUÉ DIME

Rien : j'aurois passé deux heures avec Zirphe'e, sans lui re'pondrer... Mais, p?.ix.

N'entends-je pas du bruit? On vient

Cest elle.

P H AN o R.

C'est Zirplie'e, je vous laisse.

PHÉDIME

Oui , pour un moment -, mais ne vous éloignez pas , je vous rappellerai bientôt.

p H ANO R.

Phédime, souvenez-vous que je dépose en \^s mains Tintérêt le plus cher de ma vie... Adieu, je vois Zirphée. {Il sort.)

PHÉDIME

Pauvre Phanor!... Qu'il est touchant!

Ah! sa bonté, sa bienfaisance, son esprit, doivent faire oublier sa difïormité.

SCÈ^E IV.

PHËDIME, ZIRPHÉE.

z I R p H É E ( s\ivance en rêvant. ) 1 ANT de vertus meriteroient nn autre sort.

PHÉDIME

Zirplie'e!

ZIRPHÉE,

Ail!... Je ne vous voyois pas.

PHÉDI M E.

Vous êtes bien rêveuse , bien préoccupe'e.

z I RP HÉE.

Oui , j'ai sujet de Têtre , je songeois à Plianor.

PHÉDIME

Hc bien ?

ZIRPHÉE.

Phe'dime , nous sommes depuis liuit Jours dans ce palais, et jusqu'à ce moment nous ne le connoissions pas,

Pli É DI3I E.

Ce palais appartient à Phaiior.

Ecoutez-moi, Pour la première fois , tout à riieure, je suis sortie du pavillon que nous occupons. Un jardin assez grand nous se'par.e du reste de ce vaste palais ^ après Tavoir traverse', je me suis trouvée dans une immense galerie. Jugez de ma surprise, en voyant alors une foule pro" digieuse d'hommes, de femmes , d'enfans ' tous vêtus- différemment.

Ce sont apparemment les sujets du génie.

ZIKPHÉE.

Non. Je m'en suis informe'e^ ce ne sont que des voyageurs.

p HÉniME.

Comment ?

ZIllPHÉE.

Nous n'avons pas remarque' , Plièdimc ^ rinscription touchante que Phanor a gr^nvée sur la porte de ce palais ^ celte porte

58 LA CELLE ET LA liÈTE,

est toujours ouvenc, et on lit au-dessus: A tous les malheureux.

PHÉ DIME.

Ah ! tout est explique'.

ZIRPIIÉE.

Sans le hasard , j'ignorcrois encore dans quel asile sacré nous sommes 5 jamais Phanor ne nous l'auroit appris.

Zirphe'e , vos yeux se remplissent de pleurs.

Je ne m'en défends pas. Ah ! Phanor ! malheureux Phanor! que le ciel fut injuste envers vous !

Doit-il accorder tous les dons ? Phanor en reçut Tesprit et la vertu...

ZIRP HÉE.

Mais cette figure hideuse !..,

PHÉ DIME.

Ah, Zirphée! demandez aux infortunés qui sont clans ce palais, si cette ligure qui vous révolte les empêche d'aimer Phanor.

COMÉDIE. Sg

ZIRPHÉ E.

Ils doivent Faimer ^ la reconnoissance leur en fait une loi,

PHÉDIM E.

Et vous , ne devez-vous rien à Plianor? Il secourt les mallieureux , parce qu'il les plaint 5 de même vos malheurs l'inte'ressèrent^ il vous enleva pour vous soustraire à d'injustes violences ^ enfin, en connoissant vos vertus , il s'attache à vous , et vous ne pouvez Taimer...

Z I RPHÉE, "

Hélas! je Faime quand je ne le vois pas»

P IIÉ D I M E.

Cette manière d'aimer est tout-à-fait touchante. Ah! s'il n'avoit pour vous qu'une de ces fantaisies me'prisables, uniquement fondée sur les charmes extérieurs, vous auriez raison de lui dire : ma Jigiire vous plaît ^ yen suis fâchée, car la vôtre me paroît affreuse:, il n'auroit rien à repondre: mais c'est voire esprit qui lui plaît, c'est votre caractère qui le séduit. Quand vous seriez laide , il vous aimeroit de même.

Ga LA BELLE ET LA BÊTE,

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