SCENE III
LA VICOMTESSE, en chamhrelouque ^ LA MARQUISE, JULIETTE.
LA VICOMTESSE, à la marquisc.
J'ai fini mon billet... Ah, ma chère Juliette, de grâce, rendez-moi un service^ allez me chercher mon sac à parfiler que j'ai oublié là-dedans.
LA MARQUISE
Et le mien aussi.
' Juliette!
Oui , madame. ( Elle sort. )
LA VICOMTESSE
J'ai une telle activité , qu'il m'est impossible de rester un moment oisive... Que je plains les gens désœuvre's , Toccupalion a tant d'attraits !... Je Fai bien e'prouvé Tété dernier 5 je fis un voyage charmant à la campagne^ nous y menions véritablement une vie délicieuse... douce... simple... Nous ne nous couchions jamais avant trois heu-
4^0 LES DANGERS DU MONDE, res au malin... Les toilettes du soir m'ennuyoient un peu, car on y étoit mise comme a Paris ^ mais d'ailleurs une liberté, une gaîté... et un.jeu... ruineux à la ve'rilé, mais j'y gagnai deux cents louis ^ et puis des lectures ravissantes l'après-midi pendant que nous parfilions... Oh, cela e'toit à tourner la tête.
Quel ouvrage lisoit-on ?
LA VICOMTESSE
Mais... je ne m'en ressouviens pas trop... Je crois cependant que c' e'toit un roman... mais un roman moral , philosophique ] car aujourd'hui on trouve le secret de mettre de la philosophie dans les ouvrages les plus frivoles. Le joli siècle que le nôtre! Parlez un peu de philosophie et de métaphysique à nos mères et à nos belles-mères , vous verrez la mine qu'elles feront... Ah,. voici nos sacs... Allons , faisons notre établissement. ( Juliette tire des fauteuils. )
LA MARQUISE
Une petite table...
LA VICOMTESSE
Oui , là^ entre nous deux.
LA M ÂRQUISE.
Mon cœur , voilà votre sac. ( Elles s^asseient. )
LA VICOMTESSE
Quelle soire'e nous allo-ns passer! que ne puis-je ainsi les donner toutes à Tarnitie' !... ( Elle lui tend la main. ) J'ai un mal d'estomac inoui. (Elle bâille. )
LA MARQUIS E
Et moi aussi. ( Elle bâille. ) JULIETTE, à part.
Celte charmante soire'e commence bien vivement^ mais c'est ainsi que cela se passe toujours.
LA MARQUISE (l).
Juliette, vous pouvez vous en aller, (/wliette soî^t. Après un grand silence ^ la marquise continue : ) Mon cœur, avezvous du gros or f
(i) Les deux amies doivent avoir, dans toute cette scène , l'air de l'ennui et de la plus grande nonchalance, parler d'un ton froid et lent, et sans se regarder.
LA VICOMTESSE
Assurément, de Tor de bobines. Je n'en parfile jamais d'autre. En voulez-vous un fagot r* Allons, je vais vous donner un fagot. C'est tout ce que j'aime que de faire un fagot! ( Après un grand silence.) Irezvous mardi en traîneau?
LA MARQUISE
Je ne crois pas. Et vous ?
LA VICOMTESSF.
Eh, mon Dieu , oui , j'irai , et jeudi aussi^ ce qui me contrarie à la niQrt.... car je suis frileuse à un excès!...
LA MARQUISE, ciprès wi grand silence.
Mais , quelle heure est-il P
LA VICOMTESSE
Je n'en ai point d'ide'e... [Elle bâille.) Le temps passe si vite pour moi , quand nous sommes ensemble!
LA MARQUISE bâille j ensuite elle regarde à sa montre.
Comment donc , il n'est pas onze heures.
|LA VICOMTESSE
Cela n'est pas possible ^ il y a plus d'une
heure que nous avons soupe. (^Elle regarde à sa montre.) Dix heures trois quarts, cela est vrai...
LA MARQUISE
A quelle heure avez-vous demandé vos chevaux ?
LA VICOMTESSE
A une heure.
LA MARQUISE, à part.
Ah, ciel!... Quelle contrariété!
LA VICOMTESSE
Mais mon cocher est si peu exact, que je parie qu'il ne sera pas ici avant deux.
LA MARQUISE, CL part.
Cela est agréahle.
LA VICOMTESSE
Qu'avez-voLis, mon cœur? Vous avez Tair de souffrir.
Oui , mon mal de tête augmente beaucoup.
LA VICOMTESSE
Et moi, le parfilage me fait mal aux yeux... j'ai des inquiétudes dans les jambes, ( Elle se lèi'ey et la marquise aussi.)
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