SCENE PREMIERE
ZIRPHÉE, PHÉDIME.
PHÉDIME
v>( ON VENEZ qu'il est impossible d'être plus aimable , plus inte'ressant.
ZIRPHÉE.
Je ne reviens pas de ma surprise^ je n'auiois jamais cru pouvoir m'accoulumer à lui.
P UÉDI.^IE.
Cela est tout simple, vous ne vouliez pas l'e'couter, vous ne connoissiez ni les charmes de son caractère , ni les agrémens de son esprit.
Il est d'une bonté , d'une de'licatesse... Il a même beaucoup de grâces... Comme le son de sa voix est touchant !
P HÉ DIME
Enfin donc , vous n'en avez plus peur ?
ZIRPHÉE.
Ah! je Festime trop pour le craindre... mais riiile'rêt qu'il m'inspire me fait éprouver je ne sais quoi de triste et de douloureux que je ne puis defmir. Hier je n'avois pour lui que la pitié qu on doit aux malheureux^ je m'attendrissois sur son sort , mais cette compassion ne me causoit pas la mélancolie qui m'absorhe aujourd'hui ^ je pense à lui malgré moi, et je n'y puis penser qu'avec un serrement de cœur inexprimable.
Cela est singulier... car enfin hier il etoit Ibrt à plaindre .^ et aujourd'hui qu il est bien traité par vous , il est satisfait. Pourquoi donc votre pitié saccroU-clIe quand ses malheurs diminuent 1'
ZIRPHÉE,
Une idée se présente sans cesse à mon. esprit et me tourmente... il est impossible de le voir pour la premièie fois sans étonnement et sans frayeur.
PHÉD 1>I E.
Hé bien , que lui importe , si vous êtes pour jamais gue'rie de celte première impression?
ZIRPHÉ E.
Je voudrois quon lui rendît justice; je m'afflige en pensant que Taspect d'un objet si vertueux , si bienfaisant , iuspirera plus dliorreur et d'effroi cpie la vue d'un de ces animaux fe'roces, qui n'ont pour tout instinct qu'une aveugle fureur... Ah! cette ide'e est affreuse, et je ne puis m'y arrêter sans fre'mir.
PHÉDI ME.
Mais si vous vou6 fixez dans ce palais , Phanor ne le quittera plus ; il ne verra que vous, et renoncera pour vous au reste de l'univers.
ZIRPHÉE.
Je ne sais point encore quelle sera ma destinée; je ne sais point, Phédime, si je dois accepter pour toujours l'asile qu'on nous accorde ici.
PHÉDIME
Et si vous le quittiez , que deviendriezvous ?
ZIRPHÉE.
Je rignore. Mais ramitié, et non la nécessité , pourroit seule me faire prendre la re'solution de m'3^ fixer.