IPHIS E
Maman , daignez nous reconnoître ^ malgré notre affreux changement , nos cœurs sont toujours les mêmes.
M E L I N D E , les relevant.
Il suffit : je vous plains d'un malheur qui cependant est fort supportable , et croyez que je ne vous en aimerai pas moins.
I P III s E.
Quelle bonté charmante!
GÉNIE
Hé bien ! me voilà consolée.
MELINDE
Embrassez - moi , mes chers eufans ,
g6 LES FLACONS,
soyez aimables , douces , honnêtes , et vous n'aurez pas besoin des charmes frivoles qui vous manquent.
Maman , je suis Génie.
iPHisE, en soupirant.
Et moi , Iphise.
MELINDE
Je vous avois distinguées Tune et l'autre par le son de voix.
GÉNIE
La fée ne vous avoit donc rien dit ?
ivi E L I K n E.
Elle m'avoit caché votre laideur ^ elle
m'avoit seulement appris que vous lui aviez donné les plus grands sujets de mécontentement ^ mais que depuis deux mois elle étoit charmée de vous.
IPHISE.
On s'accoutume à tout : moi , j'ai pris mon parti sur ma figure^ le temps que je passois à ma toilette, je l'emploie à lire, à jouer du clavecin...
MELINDE
C'est un parti qu'il faudroit prendre quand vous seriez la beauté môme.
CÉNl E.
Nous nous répétons toute la journée quq nous n avons perdu qu'un peu plus tôt ce que nous devions nécessairement perdre un jour, et que nous y aurons gagné des réflexions et une instruction que nous n'aurions peut-être jamais eues sans cela.
M ELI N DE
C'est penser à merveille.
I P II I s E.
Il est Jjien plus doux de plaire par les charmes de son caractère et de son esprit , c[ue par ceux de sa figure ^ et si avec celle que j'ai ]y puis parvenir, j'en serai plus ilattée que si j'étois encore jolie.
M EL IN DE
Encore jolie! Réellement.^ Ipbise ,
vous croyez avoir été jolie T...
Je puis dire à présent ce que j'en pensois ^ c'est comme si je parlois d'une autre personne.
Hé bien?
Hé bien, maman , sans être régulière,
j'ëtois fort agréable , ei véritablement
jolie.
Hé bien , mon enfant , vous êtes dans Terreur^ vous n éliçz point laide, mais vous aviez une figure infiniment médiocre.
I P II I s E.
Vous dites cela pour diminuer mes regrets, maman ^ vous êtes bien bonne...
M BLINDE
Non , car je vous suppose assez raisonnable pour n'en point avoir. Et vous , Génie , vous trouviez-vous charmante ?
GÉNIE
OIi non , maman , mais...
M ELIND E,
Achevez.
Je croyois ma figure plus régulière qu'agréable , et j'aurois mieux aimé avoir celle de ma sœur.
MELI N DE
Fort bien, vous vous trouviez belle : en vérité, mes enfans , vous étiez folles toutes les deux.... Mes chères amies, vous aviez
CQMÉDIE. gg
Tune et Taulre une figure passable , plutôt bien que mal ^ mais voilà tout.
Ce n'est pas ce qu'on disoit.
Quand vous connoîtrez le monde, vous saurez^ mes en fans , comme on doit compter sur ses louanges.
GÉNIE
Ah ! si le monde est menteur , je ne Taimerai pas.
VLE L I N D E.
Il faut le connoître , s'en défier^ ne le point hair , parce qu'il y faut vivre ^ et s'en faire estimer, parce qu'il nous juge.
IPHISE.
S'il est trompeur , je le fuirai.