‹ Théatre d'éducationChapitre 26 sur 130 · IPHIS E · texte numérisé non relu

IPHIS E

Maman , daignez nous reconnoître ^ malgré notre affreux changement , nos cœurs sont toujours les mêmes.

M E L I N D E , les relevant.

Il suffit : je vous plains d'un malheur qui cependant est fort supportable , et croyez que je ne vous en aimerai pas moins.

I P III s E.

Quelle bonté charmante!

GÉNIE

Hé bien ! me voilà consolée.

MELINDE

Embrassez - moi , mes chers eufans ,

g6 LES FLACONS,

soyez aimables , douces , honnêtes , et vous n'aurez pas besoin des charmes frivoles qui vous manquent.

Maman , je suis Génie.

iPHisE, en soupirant.

Et moi , Iphise.

MELINDE

Je vous avois distinguées Tune et l'autre par le son de voix.

GÉNIE

La fée ne vous avoit donc rien dit ?

ivi E L I K n E.

Elle m'avoit caché votre laideur ^ elle

m'avoit seulement appris que vous lui aviez donné les plus grands sujets de mécontentement ^ mais que depuis deux mois elle étoit charmée de vous.

IPHISE.

On s'accoutume à tout : moi , j'ai pris mon parti sur ma figure^ le temps que je passois à ma toilette, je l'emploie à lire, à jouer du clavecin...

MELINDE

C'est un parti qu'il faudroit prendre quand vous seriez la beauté môme.

CÉNl E.

Nous nous répétons toute la journée quq nous n avons perdu qu'un peu plus tôt ce que nous devions nécessairement perdre un jour, et que nous y aurons gagné des réflexions et une instruction que nous n'aurions peut-être jamais eues sans cela.

M ELI N DE

C'est penser à merveille.

I P II I s E.

Il est Jjien plus doux de plaire par les charmes de son caractère et de son esprit , c[ue par ceux de sa figure ^ et si avec celle que j'ai ]y puis parvenir, j'en serai plus ilattée que si j'étois encore jolie.

M EL IN DE

Encore jolie! Réellement.^ Ipbise ,

vous croyez avoir été jolie T...

Je puis dire à présent ce que j'en pensois ^ c'est comme si je parlois d'une autre personne.

Hé bien?

Hé bien, maman , sans être régulière,

j'ëtois fort agréable , ei véritablement

jolie.

Hé bien , mon enfant , vous êtes dans Terreur^ vous n éliçz point laide, mais vous aviez une figure infiniment médiocre.

I P II I s E.

Vous dites cela pour diminuer mes regrets, maman ^ vous êtes bien bonne...

M BLINDE

Non , car je vous suppose assez raisonnable pour n'en point avoir. Et vous , Génie , vous trouviez-vous charmante ?

GÉNIE

OIi non , maman , mais...

M ELIND E,

Achevez.

Je croyois ma figure plus régulière qu'agréable , et j'aurois mieux aimé avoir celle de ma sœur.

MELI N DE

Fort bien, vous vous trouviez belle : en vérité, mes enfans , vous étiez folles toutes les deux.... Mes chères amies, vous aviez

CQMÉDIE. gg

Tune et Taulre une figure passable , plutôt bien que mal ^ mais voilà tout.

Ce n'est pas ce qu'on disoit.

Quand vous connoîtrez le monde, vous saurez^ mes en fans , comme on doit compter sur ses louanges.

GÉNIE

Ah ! si le monde est menteur , je ne Taimerai pas.

VLE L I N D E.

Il faut le connoître , s'en défier^ ne le point hair , parce qu'il y faut vivre ^ et s'en faire estimer, parce qu'il nous juge.

IPHISE.

S'il est trompeur , je le fuirai.

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