P AI LINE
Allons, commençons.... {Elle la fait écrire. )
COMEDIE. 3i5
no SE.
Dites donc ce que j'e'cris... Ah ! c'est de travers...
PAULINE
Tu ne veux pas te laisser conduire....
Là, bien, comme cela... voilà qui est fait.
C'est fini ? ( Elles se relèvent ) Voyons si je pourrai lire... il n'y a que trois mots!... ( Elle lit. ) Vous... vous...
PAULINE
Donne, je vais te le dire... (^Elle lit. ) Vous pouvez paroître.
ROSE
Vous pouvez paroître. J'ai e'crit cela ?
PAULINE
Oui...
ROSE
Jamais le maître d'e'cole ne m'en a tant fait faire... A pre'sent je vais porter cela dans le vieux clicue.
PAULINE
Oui , mais prends bien garde qu'on ne te voie.
ROSE
Oh, n'ayez pas peur...
3i6 LA CURIEUSE,
PAU LI N E
Écoute donc , Rose... quand ce jeune homme viendra , il aura une explication avec maman et ma sœur , il apprendra que ce n^est point Sophie qui lui a répondu^ il dira que c'est toi qu'il avoit chargée de sa lettre... songe bien que c'est loi qui as tout fait, et ne va pas alors rejeter tout cela sur moi.
ROSE
Oh 5 je dirai que j'ai lu , que j'ai écrit...
PAULINE
Oui, mais on n'ignore pas que lu ne sais ni lire , ni écrire...
ROSE
Je soutiendrai que je l'ai appris , que cela m'est venu tout d'un coup.
PAULIN E
Rends-moi ce billet...
R OSE
Nenni, c'est pour le vieux chêne..
PAULINE
Rends-le moi , je crains les suites de tout ceci.
ROSE
\on , mademoiselle, je n'en démordrai pas , je veux voir le monsieur.
PAULINE
Mais, Rose, quand je vous demande une chose...
ROSE
Oh , vous avez beau prendre votre grand air.
PAULINE
Je veux ravoir ce billet, et je vous trouve bien impertinente...
ROSE
Doucement, mademoiselle... vous faites des cachotteries à madame, vous me mettez du complot , et puis vous me parlez comme ponrroit faire mademoiselle Sophie... il y a de la différence, vovez-vous... les fredaines qu'on fait ensemble rendent camarades... je suis bien toujours Pvose , mais ma foi vous n'êtes plus avec moi mademoiselle Pauline... dame , je suis fâchée de vous le dire, mais pourquoi me rudoyez-vous r' PAULINE, à part,
O ciel ! peui-on se voir plus cruelle-
3i8 LA CURIEUSE,
ment humiliée.... je n'en puis plus , j'étouffe...
ROSE
II ne faut pas boucler pour cela ; moi , tenez, je ne vous en veux plus^ je suis prompte , mais tournez la main , voilà qui est fini. Je n'ai non plus de fiel qu'un enfant... Allons , mademoiselle , ne faites plus la moue... vous aurez encore besoin de moi , il ne faut pas me dëpiier... Mais chut, j'entends du bruit, on vient, je me sauve j adieu , mademoiselle 5 sans rancune , au moins. ( Elle sort. ) PAULINE, seule.
Je demeure confondue... la colère et la honte me suffoquent... Je me suis abaissée ^ l'on m'outrage... cela est juste... elle dira tout à maman , elle me compromettra de la manière la plus cruelle , je dois m'y attendre... Ah ! peut-on compter sur l'attachement et la fidélité de ceux dont on s'attire le mépris f...
COMÉDIE. 3ig