PAULINE, ROSE
ROSE
Jljh, mon Dieu, mademoiselle, comme vous v'ià toute ahurie^ qu'ayez- vous donc?
PAULINE, se jetant sur une chaise.
J'ignore quelle est Timprudence que
j'ai commise mais j'en ai si^irement fait
une... Je n'en puis plus...
ROS E
Que vous est-il arrivé ?...
PAULINE
Avez-vous vu passer le baron de Sénanges ?
ROSE
Non... mais vous e'tiez avec lui tout à riieure ^ est-ce qu'il vous a dit quelque mauvaise nouvelle? Parlez donc, mademoiselle, apprenez-moi ce qui vous chagrine , nous y trouverons peut-être du remède.
PAULINE
Hélas, je n'ai que des craintes, et pas une ide'e fixe. Mais voici- ce qui m'est arrivé : vous savez que maman n'a pas voulu me recevoir^ je descendois tristement de chez elle, et j'^ai trouvé dans le parterre le baron de Sénanges qui se promenoit seul : il a vu que je pleurois , il est venu à moi , et m'a fait quelques questions. Je lui ai dit naturellement la cause de ma peine ^ et j'ai ajouté que je voyois bien que maman ne vouloit pas me voir parce qu'elle craignoit ma curiosité...
ROSE
En est-il convenu f II doit bien le savoir lui !...
PAULINE
Est-ce que vous croyez, m'a-t-il dit, qu'elle vous cache quelque secret ? Làdessus j'ai répondu que j'en étois sûre. Il a redoublé ses questions : je lui ai avoué que je savois une partie de ce secret 5 que je n'ignorois pas que le chevalier de Mirville est caché dans le grand cabinet au bout de la galerie... Gomme j'achevois ces mots , il a
Irémi ; il s'est ëcrie : Quel trait de lumière ! Et au même instant il m'a quittée avec précipitation...
Que.diantre veut-il dire avec son trait de lumière?...
PAUL IN E
Je Tignore... mais il aVoit Pair d''apprendre une nouvelle surprenante et terrible !.., Ses 3'^eux paroissoienl enflammés décolère,
le son de sa voix étoit effrayant ô ciel !
je tremble encore quand jy pense.
ROSE
C'est un vilain homme de vous faire peur comme cela....
PAULINE
Piose, allez-vous-en chez ma mère^ hélas! sa porte m'est défendue, mais peut-être qu'on vous laissera entrer^ parlez-lui , contez-lui naïvement toutes mes fautes, tout ce qui nous est arrivé ^ demandez-lui de ma part qu'elle daigne m'entendre: allez , je vous en piie...
ROSE
Mais, mademoiselle, je ne veux point aller rapporter contre vous.
PAULINE
M'aider à réparer mes torts, voilà , Piose, le dernier service que j'exigerai de vous j de grâce ne me refusez pas. Mon enfant , je vous ai donné jusqu'ici de bien mauvais exemples ^ ah ! puissiez-vous les oublier , et n'être désormais frappée que de mon repentir!...
Yous me fendez le cœur, mademoiselle...
mon Dieu, consolez-vous... allez dans votre chambre, car il est bien dix heures , et ces demoiselles vous attendent peut-être pour souper...
PAULINE
Elles croient sans doute que j'ai le boaheur d'être avec maman.
ROSE
La lune est tout-à-fait cachée , nous allons avoir de l'orage... on n'y voit plus goutte^ voulez-vous que je vous donne le bras jusqu'à l'escalier?
PAULINE
Non, j'irai bien seule... mais n'entendsje pas du bruit ?...
ROSE
Oui, quelqu''un vient...
Ne vois-je pas une lumière ?
ROSE
Oui, vraiment^ mon Dieu, j'ai peur.
Paix, taisons-nous. (Elles écoutent.)