ROSE, PAULINE, LA MARQUISE
Li. MARQUISE, Une lanterne à la main j elle dk au fond du théâtre.
i. ouT le monde est retiré 5 je vais attendre ici Constance et Sophie , pour les conduire... J'entends marcher.
ROSE, has à Pauline.
Bon Dieu, c'est madame.... répondez donc , mademoiselle.
PAULINE
Je tremble...
LA. MARQUISE ai^ûnce y et à la lueur de sa lanterne elle reconnaît Pauline : Rose se sam^e.
Que vois-jef... quoi, c'est vous, Pauline': à rheure quil est, que faitesvous là ?....
PAULINE
Maman , daignez me pardonner et m'entendre un moment, je vous en conjure
LA MARQUISE, posant sa lanterne à terre.
Que me direz-vous qui puisse vous excuser?... Tout le monde est couche, il. fait nuit, la pluie commence à tomber, le vent et le froid annoncent un orage affreux , et je vous trouve seule ici ^ quel dessein vous
y relenoit F... Ah! je ne le sais que trop
vous veillez pour épier mes actions, pour péne'trer mes secrets... car vous m'en supposez , je ne Tignore pas... Hé bien , si j'en ai, s'il reste encore un sentiment honnête dans votre Ame , tremblez de les découvrir. S'ils sont importans... ne vous touchent-ils pas comme moi ?... Et vous flalteriez-vous
d'avoir assez de prudence et de raison pour ne les pas trahir ?
PAULINE
Ah! maman, je n'ai que trop mérite de si cruels soupçons^ après tout ce que j'ai fait, je n ose vous rien promettre pour l'avenir , mais je me repens:^ je sens toute retendue de mes fautes^ j'en gëmis, et je ne suis plus occupée que du désir de les réparer s'il est possible.
LA M A R Q U 1 s E.
Mais que faisiez -vous ici, sans votre bonne, sans votre sœur, et dans cette obscurité?
PAULINE
J'étois avec Piose , je lui parlois de mes peines...
LA MARQUISE
Avec Pvose!... Est-ce là , Pauline, la société qui vous convient? \ous avez une mère, une sœur, et quelle sœur!.... Elle vous offre l'exemple de toutes les vertus comme de tous les agrcmens ^ elle est adorée de tout ce qui l'approche 5 elle vous chérit, et ce n'est pas elle que vous consultez , ce
COMÉDIE. 3.;i
n'esl pas elle que vous choisissez pour amie f Une petite fille grossière, une paysanne , Piose enfin, reçoit vos confidences.... Ne rougissez-vous pas d'un tel abaissement?...
PAULINE
Ahl je rends justice à Sophie, Je me la rends à moi-môme^ je ne suis digne ni de ma mère , ni de ma sœur... Mais je suis rejete'e , l'on me rebute , Ton me fuit... que dois-je faire ?
LA Starquise.
Piefle'chir et vous corriger.... Mais rentrez, il est dix heures j allez vous coucher : dans un moment je monterai chez vous 5 afin de m'assurer par moi-même de votre obéissance. Je me suis doutée que vous étiez ici , c'est pourquoi j'y suis venue , car d'ailleurs je n'ai nulle affaire.
PAULINE
Ainsi donc je ne pourrai point encore vous parler aujourd'hui... Adieu, maman , je vous quille, je vous obéis 5... mais un mot de maman me seroit bien nécessaire ^ mon cœur est cruellement oppressé^ je suis bien à plaindre !...
Pauline , vous êtes naturellement sincère^ me promettez-vous de re'pondre avec vérité à la question que je vais vous faire ?
PAULINE
Oui , maman , ah ! vous y pouvez compter.
LA MARQUISE
lié bien, est-ce la curiosité ou le désir d'obtenir une explication , qui vous fait dans cet instant me quitter avec tant de peine ?...
PAULINE
Maman , je vous suivois ce matin par curiosité, et le reste du jour je ne vous ai clicrcliée que pour vous avouer mes fautes : dans ce moment la tendresse seule me retient auprès de vous... Je vois que vous êtes agitée, que vous avez quelque chagrin secret^ je sens avec amertume le regret affreux de ne pouvoir le partager *, mais je n'ai nul désir de le découvrir.... Je ne suis pas digne de votre confiance, je n'y prétends point ^ mais si vous souffrez, laisseznipi la triste douceur de mêler mes pleurs
aux vôlres. Ne craignez plus mes questions^ que maman ne se contraigne point avec moi ^ qu'elle re'pande ses larmes dans le sein d'une fille qui la chérit^ c'est tout ce qu'elle ose lui demander.
LA MARQUISE
Avec de tels senlimens, avec une àme si tendre, comment peut-il encore te rester des défauts!... Le temps le corrigera^ oui, Pauline ^ je l'espère... lu m'as fait lire dans ton cœur. Hé bien, tu le veux, connois donc l'état du mien. Je suis déchirée de la plus mortelle inquiétude 5 et, ce qui met le comble à ma peine, c'est de ne pouvoir te la confier... Ma fille , toi qui m'es si chère , toi pour qui je donnerois ma vie, je te cache ce que j.e n'ai pas craint de découvrir à Thibaut, à Gérard, à deux domestiques! Je compte sur leur fidélité, et je n'ose me fier à la tienne !
PAULINE
Ah, maman! o la meilleure et la plus tendre des mères, quels remords et quelle recoimoissance vous excitez à la fois dans
moname! Quoi! je pouvois adoucir vos chagrins, et je les aggrave! je pouvois être votre amie , et je n'ëtois trop justement pour vous qu'un espion dangereux, dont vous deviez craindre e'cjalement et Tindis-
crétion et la curiosité ! Grand Dieu ,
quelle ajOfreuse et frappante leçon pour moi!
LA MARQUISE
Va, dans cet instant tu me dédommages de tout ce que tu m'as fait souffrir. Quel sera mon bonheur de pouvoir te traiter comme Sophie ! Elle a ma confiance^ mais je l'aime autant qu'elle ^ et nos entretiens les plus doux sont empoisonne's par le regret cruel de ne pouvoir l'y admettre.
PAULINE
Ah , maman! Sophie doit vous consoler
de mes fautes, elle m'en est plus chère
Oui , le ciel vous devoit une fille comme elle...
Dieu, quel bruit se fait entendre!...
PAULINE
Je crois reconnoîlre la voix de ma sœur-
LA MARQUISE
Juste ciel ! qu est-il arrivé ?... Je frissonne.
PAULINE
C'est ma sœur... .