SCÈNE II Les mêmes, LUCIEN, LE PÈRE ROBERT
(Lucien entre à droite, suivi du père Robert, vieil alcoolique à la fac© congestionnée, qui a un tremblement de tous les nieiiibres.)
LlCiEN
Salut la compagnie !
BEIîNIER
Tiens! ChevrierL.. Ça va?
14 ÏUÉAÏKi: iJ'iiPOC VANTE
LU(>IEN, leur f«riaiil la main à tous
Ça va... Allons, enliez, père lîobert.
(Il fait signe au père Robert, qui pénètre timidement dans la salle et salue humblement les internes. Bernier referme la porte derrière le vieux.)
LATUUR
Qu'est-ce que tu amènes?
Un vieux buveur d'iibsiulho dont je veux enregistrer lo Iremblemeiit.
(Il se diriiio vers le portemanteaux, retire son cha})eau, son pardes.sus, laccroclie et is;et sa bluuae dinterne tout en parlant.)
GASQUET
C'est pour loi?
LUCIEN
Non... c'est pour le Brésilien... un service que je AÙ rends... Latour, soyez donc assez aimable pour me préparer l'appareil.
(Latour prend l'appareil sur la petite table près de la fenêtre et 1© pose sur la table de travail, au milieu.",
GASQUET, à Bernier.
Qu'est-ce qu'il appelle le Brésilien?
BERMER
Nicolo, parbleu I
GASQUET
Alî! Je le croyais Argentin..
UNE LEÇON A LA SALPÉTIUÈRE lU
BERNIER
Brésilien... Argentin... c'est kif-kif.
LUCIEN, qui, uno fois habillé, s'est dirigé vers le vieux.
Mettez-vous là, mon vieux...
(Il fait asseoir le vieux à gauche de la table.) BERNIER, coniinuant.
Marbois le gobe énormément. C'est lui qui endort les malades à la leçon maintenant...
LATOUR
Mâtin, quel avancement!
BERNIER
11 a assez léché les pieds du patron !
LE VIEUX, craintif, voyant que Lucien va lui mettre un appareil au bras.
Pounjuoi donc que vous me mettez toutes ces machi nettes au bras, c'est-y pour me guérir?
LUCIEN, lui passant le tambour au bras droit.
Bien sûr que c'est pour vous guérir.
LATOUR
Attendez, je vais vous aider.
(Il ouvre la boîte de l'appareil et le met en mouvement> LE VIEUX
Alors! si c'est pour me guérirl... (Un temps.) Je vois bien que c'est une mécanique... (Bavard.) et les méca-
:6 THÉÂTRE DÉPOU VANTE
niques, vous savez... j'aime les mécaniques... parce que dans le temps, j'avais un onc' qu'était mécanicien sur un remorqueur... le Furet... Vous l'avez peut-être ben connu mon oncle?... c'était un rude lapin... il s'appelait...
LES INTERNES, sauf Lucien, reprounont en chœur en cî'.antant :
« Il s'appelait J. B. Chopin... »
LE VIEUX
Ce qu'ils sont gais !
LUCIEN, l'interrompant.
Ça va bien, tendez la main... (Faisant le geste.) comme ça... mais non, pas celle-là.
LE VIEUX
Laquelle?
LUCIEN
Eh bien, la droite... vous n'en avez pas d'autres..,
(Gasquet regardant l'expérience, s'assied au bout de la table, dos au public.)
LE VIEUX, tendant sa main droite qui tremble comme une feuille.
Ah ! c'est que jVas vous dire... Je tremble un petit peu de la main droite... surtout le matin... quand j'ai pas bu mon petit coup... (Alors) C'est comme ça qu'il faut faire...
LUCIEN
Oui.
LE VIEUX, riaat tout d'un coup après avoir regardé la boîto do l'appareil.
Ahl c'est rigolo, c'te pelile machinette-là... ça tourne... ça tourne!... s'il fallait que je tourne comme ça, je pourrais pas, vous savez... Je vous dirais : « Mon bon monsieur, je suis bien fâché, mais je ne peux pas... » Oh! ces mécaniques, c'est épatant tout de même!.,. Ça me... (ii cherche le mot.) ça me pompe €omme qui dirait mon tremblement...
LUCIEN, impationlô.
Mais oui... mais oui...
LE VIEUX, continaant.
Ah! je le sens bien que ça me le pompe... Tenez, [h dans la main... et puis ici... (ii montre le bras.) et puis -encore ici... El puis partout... Ah! c't affairel Ça me le pompe ! . . . Ça me le pompe ! . . .
Tous, so tordant de rire.
Ça le lui pompiy!...
LUCIEN, ne pouvant s'empêcher de rira, au vjeux.
Nom de Dieu, taisez-vous donc!
LE VIEUX
Ah! bien... chut! moins! Je dis plus rien... Je ferme le bec... je...
LUCIEN, furieux, pondant que les autres internes rient de plus bolio
Ah!
LE VIEUX
Puisque je vous dis que je ne parle plus!...