L'HOMME QUI FAIT PEUR
A le voir, on ne le croirait pas. Son aspect est engageant, son allure inofîensive. Vous le rencontreriez aux abords les plus périlleux, ceux, par exemple, du boulevard Montmartre, le soir, entre onze et douze, à l'heure sinisire où les Apaches viennent boire, que vous n'é[»rouveriez pas la plus légère anxiété. C'est un petit homme replet, souple, gracieux dans ses mouvements, rasé de près, là teint rose, des yeux pleins de malice derrière des lunettes à branches d'or; il ne lui manque que des bas de soie noire, les souliers à boucle et le pelit collet pour ressusciter le parfait abbé Pompadour.
Il entre sans eiTet, glisse sur le tapis, baise la main des dames — le shake hand^ chez lui, sem-
(1) Aucune préface ne saurait mieux présenter au public l'œuvre et la personnalité d'André de Lorde, que cet article consacré par l'illustre historien et regretté acftriémicien, Albert Sorel, quelque temps avant sa mort, à celui qu'il avait surnommé : « l'Homme qui fart peur ■.