‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 20 sur 84 · LA DÉMENTE · texte numérisé non relu

LA DÉMENTE

Ce que je veux? je veux du sirop de groseille, mon. amour...

BERNARD

Du sirop de groseille... on va te donner çal

(Il lui donne un boo > LA DÉMENTE, refaisant une rovéreuo«

Merci, mon trésor...

ROLAND, rijat.

Elle est rigolotle !

LA DÉMENTE- Vous riez? Qu'est-ce que vous voulez? (Montrant Bernard.)

Il me plaît, moi, cet homme-là... c'est mou type!

(En s'en allant, soutenue par l'infirmière.) Ah ! c'est que j'en aî

eu des hommes, moi, madame Louise...

'Elle sort à droite.)

UNE LEÇON A LA SALPÉTRIÈRE 3i

BKRNARD, apercevant Su^cune.

Ah! voilà encore cette bonne pièce I

SUZANNE, se levant d'un ton canaille.

Bonjour, m'sieul

BERNARD, la contrefaisant.

Bonjour, m'sieu!... (A Roland.) Regardez-moi çaî... ces yeux... cette tournure... Tu n'as donc pas encorequitté le service?

SUZANNE savançant.

Pourquoi que je le quitterais? Je m'y trouve trop bien...

L'INFIRIVIIKRE, qui est rontr-'e.

Naturellement, elle est nourrie à rien faire... Quand c'est dehors, ça fabrique dieu sait quoi! Quand il n'y a plus d'ouvrage, elle rentre se faire soigner à riiûpital. Voilà!

SUZANNE, la contrcfaisauU

Voilai

l'infirmière Aussi ce qu'elle est grasse!

SUZANNE

Çà vaut mieux que d'être plaie comme vous!

BERNARD, souriant.

Veux-tu te taire! Ne faites pas attention, mademoiselle Louise... (A Roland.) Vous la connaissiez?

J2 THEATIIE D'EPOUVANTE

ROLAND

Non...

BERNARD

Une perle de petite hystérique... N'est-ce pas que tu es une petite hystérique?

SUZANNK, l'air vicieux

Si vous voulez... je fais tout ce qu'on veut... Je suis pas difficile...

BERNARD

Qu'est-ce que tu demandes?

SUZANNE

Des citrons.

BERNARD

Dis au monsieur... (ii montre Roland.) ce que tu en fais des citrons...

SUZANNE

Ben quoi, je les mange î

Oui, mais comment? (a Roland.) Mon cher, elle coupe le citron en deux, le saupoudre avec du poivre et elle l'avale... (A Suzaime.) Pourquoi manges-tu ces saletés?

SUZANNE

Je vais vous expliquer, m'sieu. J'aide la fille de service à faire la cuisine, parce que j'ai des petits talents... Mais ça m'embête... je peux pas goûter aux

UNE LEÇON A LA SALPÉTRIÈRE 3;j

plats... je sens rien... Oui, m'sieu... tenez, voyez ma langue.

(Elle s'appuie sur la table et moBtre sa langue à Bernard et à Roland. )

BERNARD, à Roland.

Anesthésie du sens du goût!

SUZANNE

Mais les citrons avec le poivre, je sens quelque chose... Ça me racle la gorge... Comme dit l'autre :

ça fait du bien par où ça passe... (Avec un petit frisson de

tout le corps.) Ça me fait jouir...

BERNARD, lui tendant un bon.

Voilà ton bon, sauve-toi !

SUZANNE Merci, m'sieu! (L'infirmière 1» pousse pour la faire sortir, mais

elle s'arrête.) Ditcs donc, m'sicu, pourquoi monsieur Marbois y me fait plus venir à la leçon... Pourquoi qu*il m'endort plus?

Parce que tu lui montes le coup...

SUZANNE, ne pouvant s'empêcher de rire.

Oh! m'sieu!

BERN.ARD, à Koland.

C'est que cette petite garce est une merveilleuse

simulatrice... (Use lève et vient à elle. Roland se lève aussi. — A

l'infirmière.) LaiSSCZ-la, madame Louise. (L'infirmière se recul .

A Roland.) Elle nous jouc le grand jeu de Thypnose aveses périodes. (EUe rit.) Montre comment tu fais... je t* donnerai des bonbons.

(Il la prend par le bras et là conduit devant la petite table du fon i où se trouve une chaise.)

S^JZA^NE, avec une moue.

Des bonbons! j'aimerais mieux cent sous pour m'acheler un corset...

BERNARD

On verra... Commence toujours...

SUZANNE

C'est pas malin... Quand on me dit de dormir, je me laisse tomber comme un paquel, comme çy...

(Elle se laisse tomber sur la chaise devant la petite tahle, les yeux clos, les bras ballants.)

BERNARD, la montrant à Roland.

Numéro un, léthargie!...

(Elle parle en remuant à peine les lèvres, dans la plus complète < immobilité du corps et d'une voix de barnum qui raconte un \ boniment.)

SUZANNE

Vous avez beau me parler, j'entends rien... Si on me passe une mèche soufrée sous le nez, je bronche p.» s...

ROLAND, i Bernard,

Comment fait-elle?

SUZANNE, quittant la pose.

'\ 1 t'etenanl.monrespir, quoi !(Eile reprend vivement la pose.

} . i on m'ouvre les yeux, alors, c'est l'extase...

l'Ille ouvre le» yeux tout grnuds, lève les bras au ciel dans l'attitmL de l'extase la plus complète.)

BERNARD, annonçant.

Numéro deux, catalepsie I

SUZANNE, d'une voix doue* et chantante.

Qu'est-ce qu'elle reluque là-haut? destleurs I Tiens, snaintenant, elle envoie des bécots... El à qui donc?

tillX petits OSeaux ! 0 ma mère ! (Reprenant subitement d'una 'Voix canaille, et se frappant sur la cuisse.) Et ta 806 Ur I Vk

(Roland, Bernard et l'infirmière se mettent à rire. — Forùàrcf va a elle et la fait lever.)

BERNARD, à Roland.

Qu'est-ce que tous en dites ?

ROLAND

C'est épatant I

BERNARD

Quand le ministre est venu visiter le service, il y a deux mois, on la lui a montrée !

SUZANNE

Ça i\ie fait une bc^lle jambe; Il m'a seulement pas décorée 1

BERNARD, lui disant le geste de s'en aller.

Ça suffit... On t'a assez vue... Va-t'en 1

:^^6 TIIErniE D'iaHJUVA.NTE

SUZANNE

Et mon corset?

BEliNARD Tiens! (Il lui donne de l'argent.) File...

SUZANNE

Ah! merci, m'sieu! vous êtes bath !

(KUe sort à droite accompagnée jusqu'à la porte par l'infirmière.) BERNARD, qui regagne sa place à la table et s'assied.

Il y en a plus d'une dans le service dont je me méfie i<orriblement. Elles nous mellr.iient tous dedans...

examinant le cahier de service.) C'est fini?... (En levant la tête, il .'•perçoit Claire qui est entrée un peu avant et se tient au fond, debout rentre la porte. Elle est très pâle, l'air souffreteux. Elle porte un ban

iage à la tête. — A l'infirmière qui est revenue.) Qu'esl-CC (ju'ell

fait, celle-là?

l'infirmière, allant vivement à Claire.

Encore vous?... Qu'est-ce que vous voulez?

CLAIRE, d un ton douloureux.

Vous le savez bien.

l'iNFIRMIÈHE, la repoussant dehors.

C'est impossible... rentrez dans votre salle...

CLAIRE, insistant.

Mais...

l'infirmière

.le vous dis que c'est impossible. Ces messieurs r: ont pas le temps d'écouter toutes vos histoires.

BEHNARD, qui a entendu les derniers mots de ce colloque.

Qu'est-ce que c'est ?

l'infirmière, à Bernard.

C'est une nouvelle de la salle Saint-Guillaume... Elle est en traitement ici depuis un mois. Je ne sais pas tout ce qu'elle raconte !... Quand elle a su qu(^ vous rentriez ce matin, elle a voulu r/bsolument vous voir.

(A ce moment ou entend des cris percaals dans la cour.) BERN.^RD, sursautant ainsi que Roland.

Qu'est-ce qu il y a?

l'iNFIR.MIÈRE, qui est allée à la fenêtre ainsi que Rolind,

C'est rien, monsieur le docteur... Ça doit être ur e folle de chez Templier qui s'est sauvée.

(Elle Sort en courant par la gauche.)

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