‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 25 sur 84 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, ROLAND, puis BERNARD

ROLAND, tenue de service, blouse et calotte.

Mademoiselle Louise, le patron vous demande toi de suite ; il voudrait voir le cahier de service.

l'infirmière Ahl bien... j'y vais...

(Elle sort rapidement à droite en reprenant le cahier qu'elle avi déposé sur la petite table du milieu.)

ROLAND, allant à Nicole.

Tiens! Je ne vous avais pas vu... Bonjour.

NICOLO

Bonjour... (ils se serrent la main.) Ah! permettez-moi de vous présenter mademoiselle Tatiana, qui fait sa troisième année de médecine et qui désire se spécialiser plus tard dans l'étude des maladies nerveuses...

ROLAND, saluant.

Cest parfait, mademoiselle, vous prenez là unj excellente spécialiLe... très intéressante...

KICOLO

Et où on gagne beaucoup d'argent...

(Il remonte au porto-manl«au oh il se débarrasse de son chapeau et pardessus pour se mettre en tenue de serrice.)

ROLAND

Les maladies nerveuses et les maladies des voies urinaires, il n'y a encore que cela aujourd'hui... Mademoiselle est Russe?

l'étudiante, vexée.

Comment Russe? Qu'est-ce que vous dites?... Ahl non, par exemple. (Avec fierté.) Je suis Polonaise !..

(Elle se lève et tire une cigarette de sa serviette qu'elle a posée sur

une chaise.)

ROLAND, saluant.

Alors, vive la Pologne! mademoiselle... Voulez-vous me permettre de vous donner du feu?...

(Il craque une allumette et lui allume sa cigarette.) NICOLO, en tenue de service.

Mademoiselle assiste pour la première fois à la

loçon de MarboiS... (Prenant un air détaché.) A pi'OpOS,

Uolaud, savez-vous quels malades on va présenter ce matia?...

ROLAND

Je n'en sais rien...

NICOLO, ennuyé, mais s'etTorçant de ne point le paraîtr*.

Je croyais... comme vous êtes de garde.

ROLAND

Ça vous intéresse?

nr. THE.\TRK D'EPOUVANTE

NICOLO, vivement.

Ohl non... c'était pour savoir... autrement, j'm'en lous... Ah! je vous laisse... je vais rejoindre le p;ilron pour la visite.

(U tort rapidement à droite.) ROLAND, très aimable, allant à l'étudiante.

Alors, mademoiselle, vous venez ici pour la première fois?... Asseyez-vous... tenez, là... vous serez très bien pour prendre vos notes...

(II la fait asseoir sur une chaise de gauche au premier rang.)

l'Étudiante, s'asseyant.

Je vous remercie... (Cherchant dans sa serviette.) Ah! VOila

que j'ai perdu mon crayon. Que c'est désagréable!

ROLAND, tirant le sien.

Mais, mademoiselle, permeltez-moi de vous offrir le mien... Si... si... je vous eu prie...

l'étudiante, accepUnt.

Vous êtes tout à fait aimable...

(Elle sort de sa serviette des papiers et se met à écrire.) ROLAND, à part, en la dévisageant.

Elle est charmante celte petite femme-là... Quel malheur que ce soit un confrère!

BERNARD, entrant de gauche.

Bonjour, Roland, (ii salue létudiante.) Mademoiselle... (A Roland.) Marbois vient d'arriver?

UiNE i.KÇ'JN A LA SALPÉTUlÈliE 57

UOr.AND

Oui, chef, il est en train de faire sa visite

'.KNARD, traversant la aalle, et se dirigeant vers la porte de droite.

Ah ! bon... j'y vais.

ROLAND, l'arrêtant.

Dites donc, à propos, vous lui avez raconté....

BERNARD

Je s lis allé hier scii' chez lui... exprès...

ROLAND

Q e tue qu'il a dit ?

BKÎINARD

Il a commencé par se mettre en colère... naturellement. Quand il n'est pas content, il gueule... Il aurait bien voulu me déclarer responsable de tout...

ROLAND

Mais puisque c'était pendant votre congé...

BERNARD

C'est ce que je lui ai objecté... Alors il m'a répondu qu'il ne fallait pas croire un mot de cette histoire-là... :îue c'était du chantage, et que du moment que la femme était une hystérique...

ROLAND

Et la pointe enfoncée dans les méninges?

58 THEATRE D'ÉPOUVAP^TE

BERNARD

Marbois prétend qu'elle a pu se l'enfoncer ellemême...

ROLAND

Mais il y avait du pus dans la plaie..

BERNARD

Une plaie peut toujours suppurer...

ROLAND

Enfin, avant d'entrer à l'hôpital, elle n'avait pas di paralysie ?

BERNARD

Elle avait sa blessure, ça suffit pour tout expli^ quer...

ROLAND

Oh ! alors I...

C'est l'idée de Marbois...

ROLAND

Bref, comme conclusion ?

BERNARD

Rien à faire.

ROLAND, outré.

Eh bien, c'est dégoûtant !

BERNARD

Et ce qu'il y a de plus Ibit, vous savez, c'est que Marbois est sincère. C'est un parfait honnête homme...

UNE LEÇON A \A SALPÉiRIÈRE 59

ROLAND

Oui, et aussi un grand savant, mais souvent aveuglé par l'habitude professionnelle I

BERNARD

Hélas !

ROLAND

Mais enfin que va devenir cette malheureuse, quand elle va sortir de Thôpital ?

BERNARD, ouvrant la porte.

Elle n'en sortira plus. Peu à peu la paralysie va la gagner toute... Je l'ai réexaminée hier matin... Elle est foutue !...

(Il sort et rofermo la porto derrière lui. — A ce même moment entrent de gauche Lalour, Gasquet, Lucien, très agités, bruyants.)

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