SCÈNE V Les Mêmes, JEAN
(Jean entre ; il est très pile.) JEAN
Bonjour, mon oncle... Je suis content de vous voir... j'ai justement besoin de vous demander un pelit renseignement.
LEROY
Moi aussi, mon garçon.
JEAN, embrassant sa femme et sa mère.
Bonsoir, Marthe... Bonsoir, maman...
MARTÛE
Gomme tu rentres tard I Tu as été retenu à Paris !
JEAN, s'assoyant.
Oui... j*ai eu une journée... (U hésite.) une journée terrible i
MADAME DESMARETS
Tu dois être fatigué...
JEAN
Oui... très...
LEROY
Alors, les affaires marchent?
L'oustssiON i;;;
JEAN, le regard fixt.
Ohl oui... très bien... très bien...
LEROY
Tant mieux 1...
(Un temps.) MADAME DESMARETS, le regardant.
Tu as l'air soucieux, mon enfant... Tu n'as pas eu d'ennuis, aujourd'hui?
MARTHE
De discussions avec tes entrepreneurs?
JEAN« vivement.
Non... non... (Un temps.) Et les enfants? Pierrot... sa blessure?
MARTHE, étonnée*
Gomment, tu sais qu'il s'est blessé?
JEAN
Naturellement...
LEROY, interrogeant
Pierre s'est fait mal?...
MADAME DESMARETS
C% ne sera rien... espérons-le...
MARTHE
jTai beaucoup grondé Madeleine...
lie» THEATRE D'EPOUVANTE
JEAN
Pourquoi ça?
MARTHE
Parce qu'elle a été brutale avec son frère... qu elU Ta poussé dans l'escalier...
JEAN
Mais qu'est-ce que tu racontes? Ce n'est pas elle, ▼oy >ns! c'est moi.
MVRTUE.et MADAME DESMARETS, ae regardant, ^tipéfiile».
Comment c'est toi?
JEAN, nervcnz.
Mais oui... Puisque je vous le dis... C'est co matin... dans l'escalier...
MARTHE, inquiète- Mais, pourquoi?
JEAN s'arrêtant brusquement et cberohint ce qu'il va dire.
Pourquoi?... parce que... parce que... je suis très
irritable ces temps-ci. (U se lève «t marche nerveusement.) Jc
descendais, très pressé. Pierrot était assis sur une marche... il jouait... Pour ne pas perdre de temps, je l'enjambe... alors pour s'amuser, il saisit mon pied -i avec ses petites mains... je veux me dégager... il croit .( que je plaisante, s'accroche davantage en riant... Alors, agacé, énervé, je le repousse brutalement...
MARTHE, navrée.
Oh 1 Jean l |
JEAN
La tête du petit a cogné conlre la marche... J'entends encore le bruit du choc... J'ai voulu le ri lever, le consoler, mais il s'est sauvé tout de suite, en pleurant. Toute la journée ça m'a tourmenté... j'en ai été très malheureux... très malheureux... (Un temps; les regardant.) Eh! bien, vous restez là... consternés... (s'inquiétant.) Alors, il y a quelque chose?... je lui ait fait mal... très mal, n'est-ce pas?... vous n'osez pas me le dire?
MARTHE, le rassurant.
Mais non... je t'as-sure.
MADAWE DESMAREÏS
Une grosse bosse... ce ne sera rien.
MARTHE
Et, crois-tu, cette pauvre Madeleine que j'ai tant grondée.
MADAME DESMARETS
Et ce petit Pierrot qui ne voulait rien dire I je comprends, maintenant!
MARTRE, à Jean.
Tu peux aller les embr.tsser... va... et de tout ton cœur.
JEAN, se dirigeant vers la droite.
Oui... oui...
4i8 THÉATIŒ D'EPOUVANTE
MADAME DESMARETS, à I.eroy.
C'est JÇrand comme ça... (ElIe fait legesU avec Umain.) et
o'est déjà capable d'héroï<me...
LEROY, souriant.
Oh I d'héroïsme !
MADAME DESMARETS
Mais oui, pour ces petits êtres-là... c'est de Théroïsme.
(Jean arrive devant la porte, s'arn-ie soudain, passe la main sur son front et ciiaucelle eu poussant un ^land cri.)
JEAN
Ahl
MARTHE, se précipitant vers lui avec sa mère et son oncla.
Qu'as- tu ?
MADAME DESMARETS
Tu es souffrant?
LEROY, le soutenant.
Qu'est-ce que tu as ?
JEAN Ce n'est rien. (Après un long si!cnc-e, d'un air égaré.) Où SOm-
mes nous ici?
(Il regarde autour de lui.) MARTRE
Comment ! Mais dans le !<aîon...
JEAN, conune revenant de loin.
Ah ! oui... c*est vrai...
(Ud long tempi.) LEROY
Assieds-toi... (ii conduit Jean à un siège.) Tu devrais prendre quelque chose...
JEAN
Non...
(Il s'assied.) MADAME DESMAHETS
Enfin, qu'est-ce que lu as eu?
MARTHE
Tu as été pris d'un étourdissement ?
JEAN, la voix blanche.
Oui... un étourdissement... ce n'est rien... Ne vous elVrayez pas... c'est fini maintenant...
LEROY, aux femmes.
C'est un peu de fatigue....
JEAN
Oui... ça n'est pas grave I
MARTHE Tu as la figure bouleversée I... (A Madame Desmarets.)
N'est-ce pas, maman ?
MADAME DESMARETS
Mais oui...
JEAN, se levant et marchant nerveusement.
Mais, voyons, c'est ridicule... Je n'ai rien, je voii? dis... je suis fatigué, voilà tout...
MADAME DESMARETS
Tu vois, mon enfant I
Quoi? Qu'est-ce que je vois?.. Je suis fatigué... et puis après?... je vais me coucher... je me reposerai.
MARTHE
Pour recommencer demain...
JEAN, am«r.
Il faudra bien...
MADAME DESMARETS
Tu seras bien avancé si tu lombes malade î
LEROY
Ça n'est pas raisonnable, ça, mon ami...
JEAN, énervé.
Mais enfin, mon oncle, j'ai des travaux... de» affaires... moi...
LKKOY
Les affaires, mon ami, ne doivent pas t'erapêcher de dormir, de manger... de vivre, enfin!
L'UlîSESSlON <?..
MADAME DESMARETS
Ton oncle a raison...
JEAN, très agacé.
Ohl je vous en prie...
MARTHE
Enfin, tu devrais te ménager...
MADAME DESMARETS
C'est évident...
M ART m:
Prendre un peu de repos... partir à la campagne...
JEAN, so fâchant.
C'est ça, partir à la campagne... comme ça... tout lâcher, tout planter là... dire à mes clients : « Vous avez besoin de moi... bonsoir... il fait trop chaud à Paris... je vais faire un petit tour... »
MARTUE
Tu trouverais bien un remplaçant...
JEAN, avec uno violence subiU.
C*est stupide ce que tu dis !
MADAME DESMARETS
Ne te fâche pas . .
LEHOY
C'est dans Ion intérêt qu'elle parle.
'l22 TllÉATUK DÉf»OL\ ANTE
JEAN
Oh I je vous en prie, ne m'agacez pas I (Regardant u
porte de droit» avec nne rago doulourense et concentrée.) Ce n CSt
pas ça, ce n'est pas ça !
MADAME DESMARETS, anxieuse.
Mmîs qu'est-ce que c'est ?
JËAM, se ressaisissant brusquement et regardant son oncle, sa femme et sa mère.
C'est... (Il s'arrête.) mais... jc VOUS l'ai dit... c'est de la fatigue!...
MADAME DESMARETS
J'espère maintenant que tu vas aller te reposer... te coucher...
JEAN
Oui... oui, tout à l'heure I
MARTRE, d'un ton de doux reproche.
Oh! tu vas encore travailler ce soir...
JEAN
Non... seulement un mot à dire à mon oncle... n'en ai pas pour longtemps...
MADAME DESMARETS
Alors, nous vous laissons...
MARTHE
Bonsoir, mon oncle... revenez nous voir bien
LEROY, les accompap:nant un peu.
Mais oui, certainement Bonsoir... bonne nuit...
Bonsoir...
MADAME DESMARETS
(Elle sort à gaucho, suirie do Marthe.)