‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 38 sur 84 · SCÈNE VI LEROY, JEAN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LEROY, JEAN

LEROY, »orès un {.'ran silence*

Eh bien ! mon garçon, tu as à me parler?

JEANf prônant un air indifîérenU

Oui ; mais, vous-même, mon oncle... qu'est-ce que Tons vouliez me dire ?

LEROY

Oh! moi, ce n'est rien. Voilà: j'ai acheté un bi»ut de terrain au bord de la mer, à Étretat... Tu sais, ce terrain qui longe la falaise, près de l'Aiguille?... et je voudrais faire bâtir...

JEAN

Une maison ?...

LEROY

Oh! non... une petite villa pour passer Tété... où vous viendriez tous. Moi je me fais vieux, je m'embête tout seul 1 Seulement, comment vas-tu faire pour l'occuper de moi? Tu es, paraît-il, très pris... très...

JEAN

En effet, mais... Ce n'estpaspour tout de suite?... je peux toujours y penser... Je vous préparerai un avantprojet... et nous le discuterons...

LEROY

C'est cela... mais que ça ne te dérange pas... Tu es fatigué, surmené... Et, à ce propos... il faut que je te dise : je n'ai pas voulu insister tout à l'heure devant ta mère, devant ta femme... mais elles ont un peu raison, tu aurais besoin de te ménager... Je t'assure que quelques semaines passées au grand air, sans préoccupations...

JEAN, cun.mo à lui-mêm©.

Sans préoccupations !

LEROY, continuant.

... te mettront tout à fait d'aplomb ; et, à ton retour, tu pourras continuer à démolir et à reconstruire tout

Paris si ça te plaît.

JEAN, suiaiaut amèrement.

Je ne cntis pas que ce soit la campagne qui puisse..

LEROY, impatienté.

Écoute-moi, saprisli... La santé avant tout!

JEAN, avec émotion

Oui, avant touti

LuliSL:5S10iN 125

LEROY

Tu en as une excellente ; mais, étant donné le genre de vie que tu mènes, il y a de quoi tomber malade, at si tu voulais être tout à fait raisonnable, tu irais voir un médecin.

JEAN

Un médecin I

LEROY

Oui, mon enTant.

JEAN, nnr.Ns un très long temps.

Eh bien ! mon oncle, si vous me voyez aujourd'hui un pou nerveux... un peu... enfin pas dans mon état .laturel, c'esi que précisément je viens d'en voir un.

LEROY

Tu es allé consulter un médecin?

JEAN, mcntaot.

Non, mon oncle... j'en ai... rencontré un... par hasard... chez... des amis, et c'est pourquoi je vous ai prié de rester tout à l'heure ... Je voudrais vous parler. . .

LEROY

Qu'est-ce qu'il t'a donc dit ?

JEAN

Il m'a dit des choses qui m'ont... sinon troublé... du moins étonné, surpris...

LEROY, commençant à être inquiet.

A quel propos?

JEAN, le regardant fixement les yeux dans les yeux.

A propos de la mort de mon père !

LEROY, sursautant.

Comment cela?

.1EAN, sans quitter son oncle du regard, continuant à mentir.

Il a, paraît-il, connu mon père aulroi'ois... il Faurait •nêrne soigné...

LEROY, très troublé par le regard fixe de Jecn,

Et alors ?

.1 EA N , commençant, devant l'attitude de Leroy, à soupçonner quelquocbo»».

Et alors il m'a dit... il m'a laissé entendre...

LEROY

Quoi?

JEAN

Comment il était mort...

LEROY, très ému.

Mais tu le savais...

JEAN ?«0n... comment il était mort... (insistant sur le moUvé-

ritaiJement...

L'OlîSE.-SION 127

LEROY, éperdu, se laissant preudrt au piège tendu.

Comment, il t'a dit?...

Ouï...

LEROY, hors de lai.

Mais de quel droit?... pourquoi?...

JEAN, très pâle.

Peu importe. Je sais... Je sais... maintenant. (Un long siienco.) Pourquoi ne m'a-t-on jamais dit la vérité?

LEROY

I, Mais, mon enfant, parce qu il était inutile de la dire.

JEAN, douloureusomenW

Tous trouvez ?

LEROY', essayant de le consoler.

Mon Dieu, oui ! Il n'y a pas là de quoi te frapper. Si on a caché la vérité, c'est à cause de ta mère... Tu sais que tes parents vivaient séparés... Ton père avait mené une vie un peu agitée... — Il n'était pas né pour le mariage... — Quand il a abandonné sa maison nous sommes restés très longtemps sans avoir de ses nouvelles... et c'est moi qui ai appris sa mort... Ta mère est très nerveuse, très impressionnable... J'ai cru inutile de vous dire (Continuant sans réfléchir.) que tou père était mort fou...

128 THÉATIŒ D'ÉPOUYANiE

JEAN, à Yoix basse, se ret'-nant à la table pour ne î>as tomber, et eontenant son désespoir pour n'en rien moutrer à sou oucle.

Fou!

LEROY, sans s'apercevoir du trouble de Jean, continuant.

Et c'est pour ça que jai inventé cette histoire de maladie de poitrine... Jo c "inprends qu'en apprenant cela tu aies été très aileclé; niais enfin lu es un homme... il ne faut pas que ça le trouble à ce point.

JEAN, se reprenant peu à peu.

Mais non, mon oncle... j'ai été saisi douloureusement...

LEROY

Hélas I mon enfant!

JEAN, voulant paraître dégagé.

Mais ce n'est que de la surprise, voilà tout. Il ne peut pas y avoir autre chose... Je vois très bien les raisons qui vous ont poussé à ne pas dire la vérité.. A votre place, j'en aurais fait autant...

LEROY, lui serrant les mains, éma.

N'est-ce pas ?

JEAN

Oui.

(Un temps.; LEROY

Alors, tu me promets de faire ce que je t'ai demandé tout à l'heure ?

L'ORSESSTON 429

JEAN

Quoi donc, mon oncle ?

LEROY

Mais, la campagne.

JEAN, comme sortant d'un rêve.

Ah ! oui, la campagne...

LEROY

Et le médecin... Il faut savoir où tu dois aller te

reposer...

JEAN

Oui, mon oncle...

LEROY

Veux-tu que nous allions le voir tous les deux ?

JEAN

Si vous voulez 1

LEROY, «'apprêtant à s'en aller.

Eh bien, je viendrai te prendre... — nous sommes aujourd'hui lundi, je m'absente deux jours... — je reviendrai te prendre jeudi...

JEAN, l'arrêtant.

Ahl VOUS VOUS absentez!... (Avec un ton de voix toute changée.) J'aurais pourtant désiré que vous fussiez à Paris demain.

LEROY, le regardant, surprit.

Pourquoi demain?

JEAN, vivement.

Pour rien... Mais, puisque vous voulez que j'aille voir un médecin... je préférerais y aller tuuL de suite. . . Après, j'ai des affaires, des rendez-vous. . . Vous comprenez?...

LEROY, rassura.

Soit, je reviendrai demain...

JEAN

Mais de bonne heure... voulez-vous?

LEROY

Entendu. Je viendrai déjeuner. Au revoir, mon ami... Embrasse bien les petits pour moi...

(Il sort.)

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