‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 47 sur 84 · SCÈNE II I. ELLE, LA. SERVANTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II I. ELLE, LA. SERVANTE

LA SERVANTE, le regardant sortir, à part.

Il est foui... le voilà parti sans chapeau, par la ville... (Haut, à la femme.) Alors, VOUS allez lïiieux, maintenant?

ELLE

Oui...

LA SERVANTE, bavarde.

Tiens, parbleu! Je parie que vous sentez que vos forces reviennent... et puis, faut pas croire qu'on soit si fatigué que ça parce qu'on a dormi six ans... (Ricanant.) Moi, je me suis jamais reposée de ma vie! Ahl vous avf'z été bien soignée... on peut le dire... Monsieur vous a pas quittée d'une minute. Il n'a jamais voulu qu'on vous porte à Ihôpilal... Et pourtant çà coûte chéries médicaments... les médecins...

ELLE

Oui... je sais, nous sommes très pauvres.

LA SERVANTE, parlant avec volubilité.

Faut pas vous attrister. Ah! ça doit être dur quand on n'a pas l'habitude!... Mais vous finirez par la prendre. Il y a un tas de pauvres bougres qui n'ont pas eu celle [>eine-là!... Quand vous irez tout à fait i)i*uî, vous pourrez aitier monsieur... moi, je m'en irai... oh! pour ce qu'il y a à faire ici, vous saurez toujours bien... Le ménage, ce n'est rien... c'est si

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petit... deux chambres... un coup de balai... Y a point à faire de cuisine... m'sieur aime tout... Il y est bien forcé... et puis je vous montrerai pour le blanchissage et le racommodage... Ahl dame, je crois que vous avez mangé voire pain blanc le premier... Vous en verrez peut-être de plus tristes que dans vot' sommeil... C'est pas pour vous décourager que je vous dis ça... Enfin! m'sieur pourra peut-être trouver un autre emploi.... Celui qu'il a, c'est pas pour lui... c'est bon pour un pauvre diable... M'sieur est assez instruit pour faire autre chose. C'est vrai que maintenant rage... Ah! il a bien vieilli... un si bel homme! Il est tout courbé maintenant... J'ai bien peur qu'il ne fasse pas de vieux os... Dame! après tous les malheurs qu'il a eus... Ah! il a été encore plus malheureux que vous... allez!...

Oui...

LA SERVANTE

Je vous plains bien tous les deux... Quand on a tout perdu comme vous...

ELLE, très tristement.

Oui... je sais... tout perdu...

LA SERVANTE, après un silence, se méprenant sur la cause de M tristesse.

Ah! il vous a dit... ça vaut mieux... un jour OU l'autre, vous l'auriez su...

ELLE

Oui... il m'a dit...

(Elle pleure.)

LA UOUMEUSE 161

LA SERVANTE

Pauvre femme 1 enfin vous vlà guérie! faut vous faire une raison... pas vous désespérer!... ça sert à rien... ça ne les fera pas ressusciter!...

ELLE, redressant brusquement la tête à ces mots.

Ça ne les fera pas ressusciter!...

LA SERVANTE, continuant, sans l'entendre.

Pauvres petits! ça vaut peut-être mieux pour eux!... C'est égal, c'est dur tout de môme, perdre tout à la fois... sa santé... sa fortune... ses enfants... c'est comme une fatalité...

ELLE, effrayante.

Enfants!... Quels enfants?

LA SERVANTE, se troublant.

Comment quels enfants?

ELLE

Vous avez parlé des enfants...

LA SERVANTE, de plus en plus troublée.

Mais... mais je croyais que...

ELLE

Vous avez dit : tout à la fois... sa fortune...

LA SERVANTE, bégayant.

Eh bien... c'est... qu'il l'a perdue... y vous l'a point dit?

ELLE, contiDuant.

... ses enfants...

LA SERVANTE, épouvantée de ce qu'elle a laiaié échapper.

Non... non...

ELLE, essayant de se lever, de marcher vers la eeryante.

Vous avez dit : ses enfants... si, si... vous l'avez dit... regardez-moi... je saurai lire dans vos yeux...

(La servante détourne la tête. Alors elle comprend tout.) MeS enfants... ils sont morts?... si, vous Tavez dit... ne mentez pas... vous avez cru que je savais... Morts, ils sont morts, mes pauvres petits... Oui, je comprends maintenant... Comme il pleurait 1... il ne pouvait pas s'empêcher... oui... il me mentait... Ils étaient loin... loin... Il fallait plusieurs mois... Il disait plusieurs mois pour me donner le courage de vivre I... de

vivre I... (Se levant toute droite et hurlant désespérément.) Je ne

veux pas... Je ne veux pas... Je ne...

(Brisée par ce choc, elle retombe sur son fauteuil, immobile, lea yeux grands ouverts, les bras inertes.)

LA SERVANTE, la regardant, affolée.

Madame... voyons... je l'ai pas fait exprès... (u secouant.) Madame... voyons... elle ne bouge plus... Ah! je suis bien, moi...

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