‹ Théâtre d'epouvanteChapitre 61 sur 84 · SCÈNE PREMIÈRE HENRI, JEAN · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE HENRI, JEAN

(Ail ever du rideau, grand silence sur la scène. Puis on entend frapper à la porte de gauche. — Nouvprti silence. — On refrappe. — La porte de gauche s'ouvre ensuite lentement. — Un homme passe la tête, regarde dans la chambre, pénètre, puis se tourne et parle à quelqu'un qui le suit.)

Personne...

JEAN, qui est, à son tour, entré dans la chambre.

Toujours personne !

(Il referme machinalement la porte derrière lai.) HENRI

On entre ici comme dans un moulin I

JEAN

En voilà, un établissement drôlement tenu I. .. Toutes les portes sont ouvertes... Les fous doivent pouvoir s'échapper comme ils veulent!

UENRI

Attendons ici... Il viendra bien quelqu'un... (Regardant autour de lui.) Ça doit être le cabinet du directeur...

(Un silence. — Ils examinent la chambre, la bibliothèque, le» instruments électriques.)

JEAN, soudain gaiement.

Dis donc, mon vieux, nous ne nous sommes pas trompés?... Tu es bien sûr que c'est ici?... Vois-tu que nous soyons entrés par erreur dans un autre endroit!... Ça serait drôle!.».

HENRI

Oui, ça serait drôle...

(Ils se mettent à rire. Des cris aigus, effrayants, venant du dehors, les interrompent soudain.)

JEAN, sursautant.

Qu'est-ce que c'est que ça?

HENRI, après aroir écouté et s'être dirigé du côté de la fenêtre

Ce sont les fous...

JEAN

Les fous... tu crois?

HENRI

Qui veux-tu que ce soit?

(Les cris redoublent ; c'est un yacarme épouvantable.) JEAN

Quels crisl... Mais que se passe-t-il?

HENRI, allant à la fenêtre et l'ouvrant.

Que veux- tu qui se passe?

JEAN, le suivant.

Tu vois quelque chose?

HENRI, s'avancant sur le balcon et se penchant.

De ce balcon, on ne voit rien... une grande cour en

)aS... (Se penchant plus encore.) Oh I que c'cst haut !... (Refer

aant la fenêtre.) Ce sout Ics fous qui font ce vacarme, lûrement... Ils hurlent souvent comme ça... surtout »ar les temps d'orage... et il y en a un sérieux dans 'air...

(Il s'éponge le front avec son mouchoir.) JEAN, s'épougeant aussi et s'asseyant sur un coin de la table.

Tu parles !

HENRI

Si tu les entendais quand le tonnerre éclate!... C'est

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épouvantable 1... Tu n'as jamais visité d'élablissementî d'aliénés?

JEAN, ironique.

C'est la première fois que ce plaisir m'est réservé

HENRI

C'est très intéressant 1

JEAN

Oui... peut-être... Je n'y tenais pas autrement. Enfin tu voulais venir, je t'ai suivi...

HENRI

Tu ne le regretteras pas.

(A ce moment, on entend de nouveaux cris, perçants comme d« hurlements de bétes fauves.)

JEAN', effrayé, se levant.

Encore!... Ikjais qu'est-ce qu'on ffiit à cr-s malheu reux?... Je suis sûr (lue leurs gardiens les maltraitée horriblement,., c'est honieux!

HENHI

Mais non... Je te dis que c'est ce temps d'orage qt les énerve... D'abord, tu sauras que dans cet établie sèment, qui est unique en France, les fous vivei presque en liberté et sont très bien soignés, d'ui i'açon très douce, très humaine...

Il n'en est pas partout de même...

DENRI

Ici, c'est comme ça. Ta verras...

JEAN, faisant la grimace.

J'aimerais mieux ne pas voir!

HENRI

Tu es ridicule I...

JEAN

Qu'est-ce que tu veux? Un fou, ça m'impressionne... jt puis ces cris!...

HENRI, le blaguant.

Peureux!

JEAN

Je n'ai pas peur... mais je ne trouve pas que ce soit m spectacle bien agréable... Ces pauvres diahles, on 'ient les voir comme des bêtes curieuses!... On n'a )as ce droit-là ! Ce sont des malades comme les autres. . .dus à plaindre que les autres!...

HENRI

l^ais, mon cher, quel mal leur fait-on en venant les oir, en s'occupant d'eux? Au contraire, c'est depuis u'on s'occupe d'eux, que leur sort a été un peu améoré, qu'on les traite comme les autres malades... ^'ailleurs, ce n'est pas pour eux que je viens... mais ourle docteur qui dirige la maison... C'est, paraîl-il, n aliéniste remarquable, connu dans le monde entier ar ses livres et ses expériences... Il a pour traiter îs malades, une méthode, un système, auquel il doit

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des cures merveilleuses... C'est très difficile de pénétrer ici, tu sais?

JEAN

Âh! parlons-en!... La porte d'entrée était grande ouverte... nous avons monté des escaliers, traversé tout l'établissement sans rencontrer un chat...

HENRI, riaterrompaat.

... Je veux dire que le directeur... — un type très original — n'autorise qu'à de très rares exceptions les visiteurs... Heureusement que j'ai pour lui une lettre de recommandation... (iisefouuie.) Pourvu que je ne l'aie pas égarée!... (La trouvant.) Non, la voilà... J'espère qu'avec ça nous serons très bien reçus... qu'on nous montrera tout... Il faut que je fasse au moins deux articles là-dessus pour mon journal...

JEAN, soariant.

Ou trois... Ah! malin... (Siaterrompant.) Chut!...

Écoute... on vient!

HENRI

Ce n'est pas trop tôt!

(Ils se découvrent, prennent une attitude correcte. Long silenM Ils se regardent étonnés.)

JEAN

Non... Pourtant, j'avais cru entendre du bruit, là tout à côté... (Prêtant l'oreille.) Mais si, il y a quelqu'un...

HENRI, «'avançant.

Tu crois?.. ♦

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JEAN, le poussant vers la porto do droite.

Sûren ent...

(Henri traverse la chambre, se dirige vers la porte et frappe.) VOIX, derrière la porte.

Hein?... Qui est là?...

HENRI, à haute voix.

Pardon!... à qui pourrait-on s'adresser pour...

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