SCÈNE II Les Mêmes, LE DOCTEUR GOUDRON
ce moment la porto s'ouvre, Goudron ontro brusquemonl ei rc^Tin-mo sur lui la porto avoc violence; il y ri^sto lo corps collé. Il est décoré do la ro-;:>ii.* donicior de la Léf;iou d'hoiuiour. Il a la voix et les {îosli'S sai-cailés.)
GOUDRON
Qui ôtes-vous?,.. Que voulez-vous?
Ill'^NIxI, reculant ainsi que Jean devant cotte apparition.
Pardon, iiiousieur... nous avons traversé Tétabliseinent sans rencontrer âme qui vive pour nous ren eigner...
JEAN, continuant.
... Nous désirerions parler à monsieur le directeur...
GOUi'RON, brutal.
Monsieur le directeur?... Qu'est-ce que vous lu Dulez?
e28 THÉATHE D'ÉPOUVANTE
UENRl
C/esl pour visiter rétablissement... Nous sommes ' ^commandés par le docteur Richard... Voici un mot du lui...
(Il lui .tend une lettre.) GOUDRON
Ah! ah!... Très bien... très bien... (U prend la lettre qu'U
parcourt et jette en la froissant sur la table.) Je VOis Ce qUC c'eSt..,
Souriant.) Vous voudriez ol)tenir l'autorisation devisitert létablissement, de voir les fous...
JEAN
Nous en serions très heureux...
HENRI
Monsieur le directeur est-il visible?
GOUDRON, solennel.
Monsieur le directeur! Mais, c'est moi, messieurs,
q!ii voulez-vous que ce soit?. .
HENRI
Pardon!... JMgnorais à qui j'avais l'honneur de parler...
GOUDRON, devenant très aimable.
Veuillez vous asseoir, messieurs...
(Il leur désigne des sièges.)
Nous vous dérangeons, peut être?
GOUDRON
Nullement, messieurs, nullement... Je suis enchanté do me mettre à votre entière disposition.
HENRI
Merci, monsieur...
JEAN
Trop aimable vraiment...
(Joan et llonri s'assoient. Goudron, avec un air do grande fatuiti^, s'installe dans le fauteuil placé derrière le bureau, so carrj dedans, se renverse.)
GOUDRON
Je VOUS écoute, messieurs...
HENRI
Voici, monsieur le directeur, ce que nous attendons de votre grande bienveillance... Nous savons combien sont rares les privilégiés que vous voulez bien admettre à visiter en détail l'établissement dirigé par vous avec tant d'autorité, depuis des années...
GOUDRON, répétant.
Depuis des années !...
HENRI
Je suis rédacteur au Journal de Paris ainsi que mon ami, M J<>an Vaimont, et je voudrais, si vous le permettez, prendre quelques notes sur votre établissement, les maladies que vous y soignez, et au besoin, si cela ne vous est pas trop désagréable, vous
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demander quelques renseignements sur vous, vos tia vaux, votre méthode de traitement, votre fameux système...
GOUDRON, répétant.
Mon système !
JEAN
Nous vous serions très reconnaissants si vous vouliez bien nous accorder C(^tte faveur...
HENHI, tirant de sa poche un carnet et un crayon, ainsi que Jean.
... Et les lecteurs de notre journal également...
GOUbROiN, avec une grande emphase.
Messieurs., je suis très flatté... très flatté, que nous ayez eu l'idée de me rendre visite, et que vous vous intéressiez à une œuvre qui m'est chère et dont j'ai fait ma vie depuis que j'ai été conduit ici... Le système dont vous avez entendu parler... — et qui m'a coûté bien des peines et des tracas!... — est, en effet, mon invention... Je le crois destiné à agir puissamsainment sur l'esprit des aliénés... (Avec une emphase croissante.) Ah! Ics fous, messieuFS 1... Qui dira leurs souffrances, leurs misères!... Jusqu'à ce jour, on les a traités comme des animaux nuisibles, comme des bêtes curieuses, et non comme des malades. (De plus en plus emphatique.) Plaiguons-les 1... Soiguons-lcs, messieurs ! L'humanité le demande, la science l'ordonne!...
HENRI, à part.
Charlatan î
GOUDRON
Je ne crois pas faire tort à ma modestie de simple savant retiré du monde, en vous disant que j*ai jusqu'ici obtenu des cures vraiment très intéressantes, dont je suis en train de recueillir les observations pour les soumettre à la Faculté de Médecine... (insistant.) Oui, messieurs, à la Faculté de Médecine... Je
pouri'aiS même vous citer... (a ce moment, on entend comme des gémissements qui semblent venir de la chambre de droite. Il s'arrête, regarde de ce côté, écoute.) Ali! je Tentcnds eucore!...
(Les gémissements se font plus distincts. Il se lève.) Pardon, messieurs... (Il va à la porte do droite, et, se plantant brusquement
devant, à voix très haute.) Mais taisez-vous donc! mon ami!... Quand vous aurez fini vos plaintes. . (Comme sii
répondait soudain à quelqu'un.) Qu'eSt-Ce que VOUS VOulez que
ça me fasse? C'est moi le maître, entendez-vous... Ce n'est pas vous! Je veux que vous vous taisiez!...
(Il frappe à grands coups de poing sur la porte, puis se tournant en souriant vers Jean et Henri qui suivent des yeux cette scène avec éton-
nement.) Il faut lui parler comme ça... Excusez-moi, je vous prie... c'est un pauvre fou que je ne peux pas arriver à calmer...
JEAN, effrayé.
A côté de vous... là... un fou?
GOUDRON
Oui, je l'ai mis là pour le surveiller... Oh! je ne peux pas le quitter une minute. Il n'y a que moi qui ai quelque inûuence sur lui. . C'est le plus atteint et le plus dangereux... Oui, messieurs, le plus dangereux (Uu temps.) Mais quc disions-nous ?
UENRI
Nous parlions des résultats tout à fait admirables de votre système...
(Goudron marche nerveusement dans la chambre pendant que Henri prend des notes et que Jean, troublé, jette, de temps à autre, un regard vers la porte de droite.)
GOUDRON
Ah! oui... mon système 1... Eh bien, messieurs^ mon système, vous devez le connaître dans sa généralité, sinon dans ses détails... Vous avez, sans nul doute, entendu parler de la partie la plus essentielle et la plus intéressante du traitement que j'applique ici, aux malades... traitement qui, d'ailleurs, est déjà en vigueur dans toute l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, et qui, bientôt, je veux l'espérer, — le sera dans le monde entier... Mon système — puisqu'on l'appelle ainsi communément au dehors, comme s'il était question, messieurs, d'une invention pratique
— mon système... (De nouvelles plaintes s'élëvout de la chambra de droite. II s'arrête brusquement et regarde dans la direction de la
porte.) Il recommence!... Quel animal!... (Furieux.) Il faut pourtant que ce bruit cesse!
(Il traverse rapidement la scène et disparaît dans la chambre dô droite, dont il reforme la porte derrière lui avec une violence inouïe.)