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LE GARDIEN-CHEF ET LES AUTRES GARDIENS

Qu'ya-t-il?

HENRI, leur montrant le parquet.

Là... regardez... sous la porte!

(Les gardiens s*avanc«nt.) JEAN, s'avançant aussi.

Ces taches rouges... mais c'est du sang!...

(Ils reculent tous épouvantés.) LE GARDIEN-CUEF

Ohl mon Dieu!... si c'était...

(Il se précipite dans la chambre de droite, suivi des gardiens. — Long silence, Henri et Jean restent glacés d'eftroi, les yeux fixés sur le seuil. Alors, un grand cri d'épouvante relcntil cl lus gardions rossorlent de la chambre, la figure blènie, les ciicvciix hérissés d'horreur.)

JEAN, se dirigeant vers eux.

Eh bien?

HENRI, même jeu

Quya-l-ii?

258 THEATRE U'ÉPOUVAIVTE

PREMIER GARDIEN, l«s arrêtant.

N'entrez pas là...

DEUXIÈME GARDIEN

C'est horrible I...

LE GARDIEN-CHEF, affolé.

Qu'on aille cherche la police... un médecin... C'est monstrueux... monstrueux...

(A ce moment, on voit sortir de la chambre, traîn(5 par le troisiêm» gardien, le cadavre du directeur, cadavre horrible, mutilé, déchiqueté, la face toute tailladée de coups de rasoir. — Tout 1* monde recule devant ce spectacle épouvantable et détourne la tête, pendant que le cadavre traverse la scène et qu'on entend au loin les cris perçants des fous qui recommencent à rire et à chanter. — Le rideau tombe lentement.)

DRAME EN UN ACTE Bn collaboration avec M. BUGÈNT?] MOREL

Représenté pour la première fois,

sur la scène du Théâtre du Grand-Guignol^

U 2 décembre i904.

Gopjright 190».

PEUSOiNNAGES

OHÉMELIN, consul MM. Gougit.

GEORGES GRAVIER, chancelier Schultz.

BERNARD, interprète Flandri.

MORIN, caporal d'infanterie de marine, détaché à la garde du consulat Laux\t.

LOREAU, soldat d'infanterie de marine . . Busst.

KERDREC, matelot Ratlnbac.

BORNIN, soldat d'infanterie de marine. . , Brou.

CLÉMENT, volontaire Baur.

DENISE DHÉMELIN, lîUe du consul . . . M"" Babrt.

tNE FEMME Bailly.

En Chine, au mois de juillet 1900, lors de la révolte de^- Boxeurs.

La scène représente le consulat de France, où les Français assiégés se sont barricadés.

A gauche, le bâtiment du consulat, maison chinoise en briques, élevée sur perron, avec son escalier de six marches^ gardé par deux monstres en porcelaine ; maison d'un seul étage, aux piliers de bois laqué rouge, au toit de tuiles vernissées.

Au fond et à droite, la scène est coupée par une barricade formée de sacs de terre, de voitures renversées, de débris (.\c toutes sortes. Derrière cette barricade est le canal, invisible, mais au-dessus duquel est jeté, vers le milieu de la barricade, un pont courbe, à la chinoise, orné de monstres, et auquel on accède par des marches.

Au loin, c'est la campagne chinoise, immense plaine nue, avec ses champs de sorghos, à perte de vue. On aperçoit seulement, tout au fond, la TiV/*», immense carré de murailles rouges, crénelées, avec une haute porte à étages fortifiés.

La toile se lève. C'est la nuit. Des lueurs d'incendie dan:^^ la ville, au loin. Deux hommes. Gravier, Bernard, montent la garde près du pont. D'autres, Morin, Loreau, Kerdrec, Clément, dorment, couchés à terre, leur fusil auprès d'eux, baïonnette au canon. — Un long silence. Coups de canon, continuellement, au loin.

GRAVIER, bas, à Bernard.

Regarde! comme ça flambe...

Toute la cité chinoise est en feu.

(Un silence.) GRAVIER, écoutant.

Le canon... comme la nuit dernière I

BERNARD

On doit se battre... là!

GRAVIER

Du côté des pagodes...

(Un silence. Soudain Bernard montre l'horizon, où l'incendie jette de nouvelles flammes.)

BERNARD

Tonnerre de Dieu !

GRAVIER

Qu'est-ce qu'il y a?

BERNARD

Ils ont mis le feu au bâtiment des douanes!

GRAVIER, sombre.

Oui... L'insurrection s'avance.

(Un silence.) BERNARD, réfléchissant.

Nous sommes foutus.

GRAVIER

Pas ditî Si les réguliers repoussent les Boxeurs hors

'^ de la cité Violette, on peut espérer! Nous gagnons du ' temps... les troupes d'Europe peuvent débarquer.

BERNARD

Trente-deux jours qu'on les attend I

GRAVIER

Elles sont peut-être là! Peut-être ce sont elles qui bombardent, là-bas, en ce moment, la ville Jaune! Nous ne savons pas ce qui se passe !

BERNARD

Il se passe... des dépêches entre les puiss^ances... des notes diplomatiques... Compter là-dessus... Ah! bien! Nous avons le temps de mourir!

GRAVIER

Mais si les réguliers...

BERNARD

Quels réguliers?

GRAVIER

L'armée impériale chinoise!... — Ces Boxeurs sont des rebelles !

BERNARD

Ils s'entendent ensemble, réguliers et Boxeurs!

GRAVIER

Il faut tenir, cependant...

264 THÉÂTRE D'ÉPOUVAxNTE

Tenir!... Il fallait fuir... (Geste ironique de Gravier.) Oui...

fuir! passer le canal, avec les autres... et non s'enfermer au consulat, « sous la protection du drapeau français... » Ah! il nous protège bien! — On peut peut-être fuir encore...

GRAVIER

Fuir? maintenant !... tu crois qu'on peut sorlir d'ici?

BERNARD

Et Bornin? Et Carel? tous ceux qui sont partis?

GRAVIER

Où sont-ils en ce moment!

BERNARD

En sûreté, peut-être... S'ils ont trouvé une jonque à la Grande-Rivière, ils ont gagné Tien-Tsin... Et là, aux concessions françaises, ils sont en nombre, il y a des armes, des vivres.

GRAVIER

Ils seraient revenus nous délivrer...

ERNARD

Ils viendront, peut-être! Ce n'est plus que sur eux que je compte... Ah! ce que je donnerais pour entendre leur signal... la charge... le clairon de France!...

(Il fredonne la chargo en tapant le sol de la crosse de son fusil.)

LA DEilMÈUli TUHTUHË 265

GRAVIEK Chut! (Montrant les autres oadorrais.)' Ne leS réveiHe paS.

Ils ont bien mérité de dormir...

(La porte du consulat s'ouvre; on entrevoit un instant une «aile éclairée. D'Hômeliu paraît sur le seuil, un falot Ji la main. H ferme la porte, descend lentement, enjambe les corps ondorinis.)

d'uémelin Sentinelle I

GRAVIER

Présent.

D'ilÉMELlN

Ahl c'est vous, Georges... — Rien de nouveau?

GRAVIER

Rien... (Montrant la viiie.) L'inccndie, là-bas...

d'uémklin J'ai vu... Qui marche là? Ali! c'est vous, Bernard?

BERNARD, s'avançant.

Oui, monsieur le consul.

d'hémelin Vous non plus, rien de nouveau?

BERNARD

Vers minuit, il m'a semblé entendre quelque chose, en bas, dans les herbes... J'ai couru au canal!...

d'hémelin Eh bien?

Je n'ai plus rien vu... Ces herbes sont si hautes. Et c'est peut-être une idée! A force d'écouter, on se figure entendre...

GRAVIBR

Nous ne serons pas attaqués la nuit : les Boxeurs ont peur des Esprits!

d'hémelin

Je sais. Mais, tout de même, ce silence m'inquiète Qu'est-ce qu'ils préparent?

(A ce moment, partent du bâtiment du consulat de longues plaintes.)

BERNARD

Ahl ces plaintes!... Ces femmes enfermées là...

GRAVIER

Toute la nuit on les a entendues sangloter.

d'uémelin Elles s'affolent et nous affolent... Que faire l

(Les lamentations redoublent.) GRAVIER

Si on allait voir?..'.

d'hémelin

Ah!... A quoi bon! (Les lamentations ces«ent. Un silence.1

Elles se calment... — Tout se tait.

(Bernard s'éloigne.)

LA O:: ;.\!ÈRE torture 267

l GRAVIER, après un silence.

Et mademoiselle Denise?

D'HÉMELIN, avec angoiss*.

Ahl ma fille! ma miel...

GRAVIER

Elle n'est pas plus mal?

d'hémelin

Je l'ai veillée toute la nuit. Elle a eu la fièvre avec un peu de délire... Elle m'appelait : mon petit père. Elle me jetait ses bras autour du cou... me disait : « Ils veulent me prendre... Sauve- moi... sauve-moi l » Elle vient seulement de s'endormir. Je ne l'ai jamais Tue aussi faible!

gravier

Elle allait mieux cependant, ces temps derniers.

d'hémelin Elle allait mieux.

GRAVIER

Mais maintenant!... les privations... la faim... Elle a faim I

d'bémelin

Il faut ménager les vivres.

gravier

Mais nous. . on peut encore prendre sur notrb ration. Nous sommes valides...

d'uémelin

Vous avez à vous battre... Les combattants d'abord ! — Ah! mon ami, nous devions bientôt revenir en i^ance... Je voulais revenir! J'avais demandé ma retraite... Depuis la mort de sa mère, elle dépérissait ; ie me disais : gi je ne rentre pas tout de suite, elle est perdue... ce climat me la prendra, comme il m'a pris l'autre — ma femme! Elle se sentait mieux déjà, quand on a fixé le départ... Là-bas, le ciel plus doux, un climat plus égal... Je l'aurais guérie! Je l'aurais guérie ! — Et voilà une autre mort que je n'avais pas prévue...

CRAVIER

Monsieur le consul 1

D IIÉMELIN, se resaisissanU

C'est vrai... Je ne dois pas... Je suis le chef, moi.., il faut que je commande... que je donne de l'espoir à tous... Ah! mon ami...

GRAVIER

Espérez... espérez... C'est votre devoir de chef... J

d'hémelin

Ah ! celui-là est simple. Si je n'avais que ce devoii là!

GRAVIER

Que voulez- vous dire?...

d'hémelin J'en ai un autre... un devoir épouvantable... Oi

LA DLlîMiaiE TUUTLUK 269

j'ai peur d'y soiii;er... Et cependant l'heure approche... L'heure où il va falloir... Ah I Georges, mon ami... Si tout était désespéré...

(Un temps.) GBAVIKR

Eh bien?

d'uÉMELLN, u'osant continuer.

Plus tard! plus tard...

VOIX DE BERNARD, qui revient précipitamment par le pont.

Monsieur le consul I

d'héuelin Quoi donc?

BERNARD, montrant l'horizon de plus en plus rouge.

Regardez à l'Est! La légation d'Autriche... Elle flambe ! Les llaiiiines atkignent la Porte Rouge.

d'uémelin Voilà donc ce qu'ils préparaient!

GRAVIER, désespéré.

Les Légations en feu 1

d'hémelin Ce sera bientôt notre tour!

(Un silence. Le canon, au loin.) BERNARD, énergiquement.

Mais enfin ! qu'attendons-nous ici, monsieur le 2onsul? Essayons au moins de fuir!

d'hémelin

C'est leur idée à tous... Fuir! Si c'était possible^ est-ce que je serais là, moi... et ma fille?... Mais c'est un cercle d'enfer... Fuir! Les Boxeurs sont partout. Le pays entier est avec eux... Pas un village, pas une maison qui ne soit ennemie...

(Ea parlant, il heurt* un homme «adormi.) MORIN, se réveiliaot en survaut.

Heinl... Quoi 1... Qu'y a-t il?

u'nÉMELIN

Rien, mon ami. Pardon I c'ei^t moi...

MORLN

Ah 1 VOUS, monsieur le consul... Vous... j'ai eu peur... j'ai cru...

d'hémelin

Il n'y arien... Dormez I dormez 1

MORIIf

Ah! oui... dormir... c'est si bon... dormir... J'étais en train de faire un chouette rêve. Est-ce que je vais le retrouver? Là-bas... ah ! oui... au pays... je rêvais que c'était la moisson... on faisait la moisson!... Ah! oui... un chouette rêve...

(Il se rendort.) BERNARD, après un temps.

Le pays I quand le revcrrons-nous I

LA DEHNIERE TORTURE 271

DUÉMELIN, faisant un geste vague et montrant les hommes endormis.

Laissons-leur l'espoir... jusqu'au dernier moment I

GRAVIER

Il n'est pas loin, le dernier momentl

(La porte du consulat s'ouvre. Denise paraît, affolée, et descend l'escalier)

DENISE

Père! Père I Viens vite!

d'uémelin Où cela?

(Des lamentations recommencent dans la maison.) DENISE

Vite! C'est affreux I la pauvre mère...

d'hémelin Qu'est-ce que c'est?

DENISE

Oh ! pèrel... la Bretonne î Son petit vient de mourir

ille devient folle. Entends-la! (Des cris deviennent aif^us.)

- a est déjà tout froid; elle veut encore lui donner î sein... Il faudrait lui arracher cet enfant. Nous ne cuvons pas.

d'hémelin La malheureuse !

(Les cris se changent en un rire nerveux. Puis la folle se mat à chanter.)

DENISE

Écoute... A présent elle chante... Elle est folle!

(Une femme paraît sur le seuil.) LA FEMME

Mademoiselle I On ne peut plus la tenir ! Elle veut sortir, maintenant!

d'hémelin

Empôchez-la! empéchez-lal — (A sa mie.) Rentre auprès d'elle, ma chérie !

(La femme rentre.) DENISE Oui, père. Mais... (Elle se retourne soudain et pousse un cri,

Toyant l'horizon.) Oli ! l'horizon est tout Touge. C'cst le feu...

D DEMELIN, la poussant doucement vers la maison.

Mais non, ma fille! Rentre...

DENISE

Qu'est-ce qui brûle? Ohl cet incendie...

C'est le jour qui se lève...

DENISE

Le jour! Oh! non... Là! regarde...

GRAVIER, s'avançant.

Si, mademoiselle, c'est le jour... Le jour de la déli

LA DI'B.ME.lE TORTURE 27;]

vrance... On se bat près de la ville... C'est ce qui fait cette lueur... On vient à noire secours!

DENÎSK

Vrail C'est vrai? Père, est-ce vrai?

d'HÉMELIN, avec force.

Oui... oui... la délivrance. Ce n'est, peut-être, qu'une question d'heures... Va leur donner courage,

va, ma fille... (Elle sort. D'Ilémelin aussitôt change de visage et se

retourne vers Bernard.) Bernard! Il va falloir enlever ce petit cadavre à sa mère, et puis... l'enterrer là, tout près... n'importe où... dans le fossé!

BERNARD

Y a-t-il du linge pour l'ensevelir?

d'uémelin

Le linge est pour les blessés, non pour les morts; l'enfant se passera de linceul!

BERNARD, hésitant à entrer.

Pourvu que la Bretonne se laisse faire! S'il faut lui enlever le petit de force, ça ne Ta pas être commode.

d'uémelin

Attendez, mon ami, je vais avec vous! Nous allons essay*'r doucement, tout doucement... (a Gravier.) Vous veillez, n'est-ce pas... surtout de ce côté.

(Le consul et Bernard entrent dans la maison. On entend les lamentations qui redoublent, puis qui cessent. Gravier les écoute un instant, puis s'éloigne, en scrutant l'horizon vers la droite. — Coups de canon au loin. Le jour commence à poindre. — Loreau, qui dormait, étendu à terre, commence à s'agiter puis, se soulève sur un coude et colle son oreille à terre.)

LOREAU

Qu*est-ce qui gratte là- dessous? Qu'est-ce qui

gratte, là? (Il suit une piste imaginaire.) Là... ici... Ce u'est

pas un rêve! Je nedorspas... Nonl Je n'entends plus... Si... Cela court, cela grignote... C'est sous la terre, comme une taupe... (Affolé.) une mine que l'on creuse...

Nous sauterions tous... (Secouant Clément qui dort près de lui.)

Clément I Clément! Réveille-toi. Tu ne m'entends pas? Tu dors?

aÉMENT

Hein 1 quoi? C'est toi, Loreau?

LOREAU Ré veille- toi... (Montrant le sol.) ÉCOUtcI

CLEMENT

Qu'est-ce que tu as?

LOREAU

Je ne peux pas dormir. Je crois entendre des choses... Tu ne sais pas, j'ai peur.

CLÉMENT

Bah! Tu as la fièvre!

LOREAU, le forçant à écouter.

Toi, écoute !

CLÉMENT, écoutant.

J'entends le canon, là-bas.

LA UERMÈUE TORTUIlE 27;>

LOREAU

Ici, SOUS terre 1

CLÉMENT, se penchant contre terre.

Mais non!

LOHEAU, avec fièrre.

Moi, j'entends... Moi, j'entends I C'est une mine u'on creuse. Il faut donner l'alarme... (Un silence.) Je

entends plus rien... Je deviens fou, je deviens fou... ourquoi est-ce que j'ai peur?... Je me battais bien, outre eux... Ils pouvaient attaquer!... j'étais là pour 3pondre... Mais c'est la nuit, quand ils nous laissent... est dans le silence...

CLÉMENT

Tu as faim. Voilà tout.

LOnEAU

Oui, peut-être... cela me tire. Des hallucinations...

CLÉMENT, sortant une bouteille cachée.

Tiens! prends cela... bois un coup. Ça te calmera... est ce qui me reste! Partugeons...

LOREAU, buvant.

Oh! merci... — Tiens! (ii lui repasse la bouteille.) A toi!

CLEMENT, buvant à son tour et vidant la bouteille.

La dernière! — Encore une que les Chinois n'au- •nl pas ! Ni ma peau ! ni ma bouteille î

(Il jette au loin la bouteille. E le se brise. — A ce bruit, Kerdrec, qui dormait auprès deux, se réveille en sursaut en poussant un en. saule sur sa baïonnelle et la lauce au hasard.)

KERDREC, criant, affolé.

Aux armes!

(11 b.'esse Cléaient à l'épaule.) CLÉMENT, blessé.

Ahl

(Morin se réveille et s'élance vers Kerdrec. — Gravier arrive e: courant.)

LOKEAD, saisissant Kerdrec à bras-le-corps.

Malheureux I

MORIN

Tu es fou! Qu'est-ce qui Le prend?

GRAVIER

Qu'y a-t-il?

KERDREC, revenant à lui ei reconnaissant Clément.

Toi! Toi...! Qu'est-ce que j ai fait!

LOREAU, à Clément.

Tu es blessé?

CLÉMENT

JVon ! Rien. Plus de peur que de mal.

d'hÊMELIN, sortant du consulat.

Que se passe-t-il?

KERDREC, encore ahuri.

Je ne sais pas. Un vertige... J'ai cru que c'étaie eux... autour de moi... je les entendais hurler... (F. dsni en larmes.) Toi... C'était toi 1 je t'ai blessé...

CLÉMENT

Eh! tais-toi donc! Ce n'est rien.

d'hémelin Vous saignez?

CLÉMENT

Un petit coup, dans le gras. Ce n'est rien! Si je n'avais pas tant fait de bruit avec ma bouteille!

KERDREC, très ému.

Ohî j'aurais pu te tuer.... Je ne suis qu'une brute une brute!

GRAVIER

Calmez- vous, Kerdrec!

LOREAU

Ce n'est pas de ta faute !

d'uémellx

L'affolement! Trente-deux, jours de siège! Allons, allons, ce n'est rien. Morin! Veillez par là!

(Morin sort par la droite.) KERDREC

Oh! tous... autour de moi... leurs faces jaunes, grimaçantes... Leurs cris! — Un cauchemar!

d'hémelin Nous avons tous des cauchemars.

KERDREC, abattu.

Si on se lue les uns les autres, maintenant...

CLÉMENT

Et puis après? Un peu plus tôt, un peu plus tard, faudra bien en venir là, peut-être! et ce sera peut-être moi qui te la casserai, ta caboche. Tu ne veux pas tomber vivant entre leurs mains?

KERDREC

Être charcuté!... Non!

CLÉMENT

Alors, la paix. On se tuera peut-être ce soir, parce qu'on est des amis !

(D'Hémelin, qui, depuis un instant, les écoute, Im «rrdte d'nB geste, brutalement.)

d'hémelin

Mais taisez-vous donc! Les femmes peuvent entendre 1

CLÉMENT, grommelant.

Ah! oui... les femmes!

LOREAU

Ça rend lâche, d'avoir des femmes autour de soi...

KERDREC

Ahl sans elles...

CLÉMENT

Oui... entre hommes, on aurait pu faire une trouée...

I KERDREC

j Gagner Tien-Tsin.

LOREAU

,.. Faire comme Bornin, Carel...

CLÉMENT

Comme Robert, comme les autres.

KERDREC

Ils se sont sauvés, eux I

LOREAU, furieux.

Pour moiv j'en ai assez! Trente-deux jours qu'on est dans les transes, qu'on a faim... (Montrant la plaine.) qu'on les entend hurler à la mort... J'aime mieux me battre.

Et moi donci — Parbleu, oui... — En finir I — Se battre!...

Nous en sommes tous là, mes amis! Moi aussi, j'aimerais mieux me battre ! j'ai été à Gravelotte, jadis — une vraie bataille! — Aujourd'hui, c'est plus dur! Il faut un autre courage! 11 n'y a pas seulement, comme en guerre, à faire respecter, ici, le drapeau de la France...

LOREAU

La France ! elle s'occupe bien de nous !

280 THEATRE D'ÉPOUVANiE

P'hémelin

... Il y a des faibles... des femmes, des enfants à défendre! Il y a un devoir sacré...

CLÉMENT

Moi aussi, j'ai une femme, des enfants... Et ils ont besoin de moil et je voudrais les revoir I

KERDREC

Alors sortons d'ici 1

d'bémelin

Sortir d'ici! Malheureux! à deux pas vous seriez massacrés. Et si même vous échappiez aux Boxeurs qui nous guettent I... tout ce pays dévasté, tout un peuple hostile... Pas un toit, pas un recoin qui ne cache un ennemi... Les puits empoisonnés, les fleuves charriant des cadavres... Où mangerez vous? Où boirez-vous?

KERDREC

Je ne sais pas... j'irai devant moil Ici, je deviens lâche...

CLÉMENT

J'irai devant moi et j'en tuerai I

KERDREC

Je ne crois plus à la délivrance I

LOREAU

Ehl personne n'y croit plus!

CLÉMENT Pas même vous, monsieur le consul î

d'hémelin

Je crois... je crois qu'à nous sept nous les tenons depuis plus d'un mois... Et ils sont des centaines, ruant au-devant de nos balles, poitrine nue, se 3yant invulnérables, — fanatisés... — Toute leur rie se brise contre nous... contre nous sept!... rce que nous sommes là, unis, disciplinés, qu'ils lurent notre nombre — et qu'il y a en nous une •ce plus grande que le courage ! — Sortis d'ici, vous ites plus que des hommes, sept hommes contre des lliers, contre une foule en furie!

Clémknt Mais Carel, Bornin...

d'hémkun Ceux qui ont tenté de fuir...

LOREAU

Us sont loin, eux 1

CLÉMENT

Ils sont sauvés!

d'uémelin

Us sont morts, mes amis... Hier, devant le canc^T us ne les avez pas vus? Des Boxeurs sont passes adant vers nous au bout d'une perche un panier d ■ ttc. Dans ce panier il y avait une tête coupée., .

(Un silence d'horreur.)

CLEMENT

Alors, si on ne peut pas sortir d'ici, qu'est-ce qu'il faut faire?

KERDREC

S'il n'y a plus même moyen de faire savoir à personne au monde, ni aux siens, ni aux alliés qu'on est ici, vivants, mais qu'il faut du secours, qu'est-ce qu'il faut faire?

LOREAU

Quand il n'y aura plus de balles, plus de riz, plus d'eau... qu'est-ce qu'on fera? Dites-le?

d'uémelin

Alors, mes amis, nous nous battrons — et je ne céderai pas ma place, je vous le jure I

(A ce moment la porte du consulat s'outto. Bernard revient, accablé.)

BERNARD

Monsieur le consul I elle est comme enragée! Il a fallu l'enfermer.

Et le cadavre? r;est fait.

Vous l'avez jeté?

Oui.

D HEMELIN

BERNARD

d'uémelin

BERNARD

(Un silence.)

LA DEUNIÈHE TORTURE 283

KERDRKC

Elle n'avait plus de lait. Le petit est mort de faim.

LOREAU

J'en avais un de cet âge-là !

CLÉMENT, montrant le poing i laVillo.

Ah! ils nous le paieront!

KEHDREC

Ahl oui, avant de mourir, on en tuera, on en tuerai

LOREAU

On en tue, mais c'est de trop loin! Je voudrais bien voir leurs sales gueules jaunes.

(On entend au lointain un cri étouffé.)

d'uémeun Silence ! — Écoulez... On a crié.

LOREAU

Oui... là! tout près!

(Le même cri plus prêt.) GRAVIER

Un cri de blessé... Morin est en sentinelle!

CLÉMENT

Il est attaqué.

d'hémelin Il aurait lire pour donner I alarme.

VOIX DE MORIN, au loin.

Alerte!

d'hÉMELIN, prenant le ftisU de Bernard.

Votre fusil... Allons voir...

(Il fait signe à Kerdrec et s'avance.) VOIX DE MORIN, plus près.

Alerte I

GRAVIER

Attention!... A genoux, tous!

(Tous arment leur fusil et se cachent derrière la barricade.) MORIN, accourant et leur faisant signe.

Ne tirez pas I Ne tirez pas I

Qu'y a-t-il?

MORIN

Un homme qui rampait, là... dans les herbes... j'ai vu...

GRAVIER

Un Boxeur...

d'hémelin Un espion !

BERNARD

Un incendiaire...

clément Fallait le crever I

LA DSilMi'UE TORTURE 285

MORIN

Non! un Européen... blessé, couvert de sang! Il se traînait... Je crois... je crois que c'est lui...

d'hémelin Qui?

MORIN

Boriiin! J'ai cru le reconnaître.

TOUS

Lui... Luil Bornin... Impossible!

MORIN

Il se traînait... il râlait I C'était comme un fantôme...

EBRoREC

Bornin!...

(La plainte se rapproche.) CLÉMENT

Écoutez...

d'hémelin

Allons lui porter secours... (Tous se précipitent.) Non... Vous, Kerdrec, seulement. Vous autres, veillez parla...

VOIX DE BORNIN

A moi... A moi... Ah! monsieur le consul...

(Au moment où le consul et Kerdreo vont au-devant de lui, Bornin s'ost relevé d'un suprême ertort; il entre et vient toiaber sur le devant du théâtre, si vite que tous se reculent effrayés.

TOUS

Lui.. . Bornin I Bornin... — Est ce toi? — D'où viens-tu?

286 THEATRi: D'EPUUVAME |

BORNIN

Ohl je souffre! je souffre... jj

(Tous l'entourent. Il est tombé sur ses coudes, couvert de sang et de poussière. Et, se relevant à demi, il montre se« deux moignons sanglants.)

BORNIN

Ils m'ont scié les poings... Ohl je souffre 1 Achevezmoil

TOUS, reculant d'horreur.

Malheureux ! Malheureux!

(Un long silence.

CLÉMENT, se rapprochant.

El les autres, où sont-ils?

Ahl...ah!

Robert?

Moptl

Carel?

Mort 1

Jean-Louis?,

BOR.NIN, râlant.

CLEMENT

BORNIN

KERDREC

BORNIN

LOREAU

BORNIN

Mort! Tous morts... massacrés... suppliciés... Et

moi... Ah! (On le soutient, et d'un reste de force, vite, fiévreuse-

LA DERMÉUE TOKTUKE 28'î

•nt, il parle.) Carel, je l'ai vu mourir... On î i a arraché ;s ongles, crevé les yeux, j'entends ses cris... son ppel... Ah! —Puis, c'a été mon tour... Ils m'ont tenu, ur le même billot... plein de son sang... Et alors mes eux poings... ils m'ont scié les deux poings... Et uis...

TOUS

Et puis...

BORNIN, très faible.

Ah! je ne sais plus... J'ai entendu du bruit, comme es coups de canon... Je suis revenu à moi, j'étais eul, il y avait des éclats d'obus, des flaques de sang... ai appelé : Carel! Et j'ai cherché son corps... Soa orps... plus rien... des débris... Il y en avait ici, il y i avait là... Il y en a sur moi I

TOUS, s'écartant, épouvantés.

Ahl

d'hémelin Borninl Bornin! Courage...

MORIN

Va, mon vieux! nous te sauverons!

BORNIN, hurlant.

Ah! mes mains ..

D UEMliLIN

Courage

BOHNIN

Mes mains I Mes mains. Ah! Ah!

CLÉMENT

Nous te soignerons, val mon vieux I Nous te gu^ rirons...

BORNIN

Mes yeux ne guériront pas de ce qu'ils ont vu. \ vous saviez... j'ai vu... une femme, du couvent dt Lazaristes... ils l'ont prise, liée, garrottée... ils lui oi arraché les ongles... aux pieds, aux mains... et puis. — oh! ces cris!... — leurs tenailles chauffées a rouge... ils lui ont arraché la langue, ils lui ont arrî ché les seins... (Râlant.) Ah! ah!

(Sa iêto retombe.)

d'hémelin Bornin I

BORNIN, dans un dernier effort.

Monsieur le consul! je me suis traîné jusqu'ici pou vous dire... Ils sont là...

d'hémelin Où cela?

BORNIN

Tout près, le long du canal... des milliers, des mil liers... ils se cachent dans les herbes... Ils remplissea toute la plaine... Il n'y a plus d'espoir. On ne peut plu fuir... Vous êtes perdus... Alors...

Alors?

BORNIN

Alors... songez à Carel, à moi. . à tous! Ne vou

Biissez pas prendre vivants... Oh ! non... pas vivants' as vivants... pas vivants!

(Il retombe. Tous se précipitent, le relëtent à demi.) MORIN, le regardant, terrifl*.

Oh! ces yeux!

Tout vitreuxl Bornin! Bornin!

LOREAU

d'uémklin

CLÉMLNT

Il ne répond plus...

GRAVIER, le touchant.

Le cœur a cessé de battre

d'hémelin MortI

GRAVIER

Mort.

(Tous se relèvent et f découvrent.)

Que ceux qui croient en Dieu prient pour lui! (Long

lence, le temps d'une prière, Kerdree seul a fait le signe de la croix. — 3 consul, alors, montrant le cadavre :) Clément! Kcrdrec! lerdrec et Clément soulèvent le cadavre et l'emportent lentement. — 3US suivent, dans un profond silence. Gravier et d'Hémelin s'arrêtent issent partir les autres et, restés seuls, face à face, se regardent sans er se parler. Puis, d'Hémelin à voix basse :) VoUS aVCZ eil-

jniiu... mon ami! — Plus d'espoir.

290 thêatriî: D'épouvante

GRAVIER, lombr».

Cette fois, c'est la fin I

D'hÉMELIN, parvenant à peine à articuler les mots.

Et quelle fin! Alors... j'ai un service... alroce... à vous demander.

GRAVIER

A moi I

d'hémelin

Vous seuil Moi, je ne pourrais pasi Moi, mes mains trembleraient... Ce serait monstrueux... Et pourtant je ne veux pas qu'ils la prennent vivante... Vous, mon ami...

GRAVIER, fniyant le regard dn consul rers le consulat, ok est enfermée sa fille, à voix morte.

Moi...

d'hémelin Vous seul...

GRAVIER, épouvanté.

Oh ! pas moi ! pas moi I

d'hémelin Vous I oh I je vous en supplie... je vous en supplie...

GRAVIER

Mais je ne pourrais pas I... Songez... Ici... à cette même place... Denise! c'était ici... Je lui ai parlé d'espoir... d'avenir... je lui ai avoué... On devait vous el dire, plus tard... Je lui ai dit que je l'aim...

LA DERNIÈHE TORTURE 291

D'uÉMELIN, atterré.

Vous! VOUS aimiez ma fille... vous, Georges! (Uno

leconde d'attendrissemont, puis, hagard :) AlorS, il faut que CC 30it moi... moi, son père... (Il s'arrête, puis, sombre, mais

•ésoiu.) Je ne veux pas qu'elle tombe vivante entre leurs aiains... noni pas vivante!... pas vivante!...

(Uno détonation retontit. Cris. Tous reviennent d'un bond sur le

tlioàlro. Fusillade dehors.)

GRAVIER, commandant.

Coucliez-vous ! — Joue ! Feu I

(Tous los hommes sont blottis derrière les barricades, et tirent. Dec coups d» feu répondent au loin. Entre les éclats de fusillade on eulcnd les hurlements des Boxeurs, les cris : Chà! Châ! les coups do gong, les tintements de clochettes.)

BERNARD, au consul, seul resté debout.

Prenez, garde monsieur le consul ! On tire sur vous î

Us visent mal I

D UEMELIN

(Une balle siffle au ras d« la barricade.) MORIN

Pas si mal.

LOREAU

Ils rectifient leur tir.

KERDREG

Ils touchent les cassines...

(Le bruit augmente. Déplus en plus, les cris de Chdf CM/ les eoupf de gong et le« cloclieltt^s retentissent.)

:02 THÉÂTRE UTPOUVANTE

BERNARD

Ils passent le canal.

CLÉMENT

Làl Tenez... rasant les murs.

GRAVIER

Tirez dans les herbes I

LOREAU, abandonnant son post*

Nous sommes débordés !

Il en vient de partout.

GRAVIER

La meute approche...

(Bruit d© canon.) TOUS

Par ici... — Par ici... — Face à droite I... Les voilà! Les voilai

(NouToau coup de canon qui éclate tout près.)

d'hémelin Ahl du canon maintenant!

GRAVIER

Perdus... On ne peut plus tenir!

d'hémelin Descendez... Aux cassinesl ne restez pas ici.

LA DEILMÈUE ÏOUTURE 203

LORËAU, s'élauçaat

En avant, nom de Dieu !

KERDREG, MORTN, BERNARD

En avanti

KERDREG

Foutus... mais j'en tuerail...

LOREAU

Ils paieront cher ma peau.

(Tous poussent un grand cri : ICn auanti ©t s'élancent. — Seuls dans la fusillade croissante , Gravier et le consul restent en

arrière.)

GRAVIER

Ne restez pas là, monsieur le consul...

d'héxeun Ah I laissez-moi I

GRAVIER

Vous allez vous faire tuer...

Vou-^ n'avez plus qu'à mourir, vous! (il u repous»» ùru- «aiement et, seul :) Mais liioi... uioi... Ah! Denlsc !

(Un boulot de canon éclate sur la scèn<i même. La porte du coti sulat vole en éclats. On entend le cri des femmes ôpouvanli'-c« qui tic sauvent, et une délies, blosst^e à mort, vient lomijor S(j.les marolics du con.sulyt. — Denise, «ftblée, se précipite dans les. bras de sun }>6ie.)

DK.MSE

Père! père! Au secours! Au secours...

294 THEATRE D'EPOUVAiNTE

d'hémelin Tu es blessée?

DENISE

Fuyons... fuyons... j'ai peur!

d'hémelin Denise I

DENISE

Ohl père! père, sauve-moi... Les Boxeurs! Sauvemoi...

d'ukaielin

Te sauver... oui... oui...

DKNISE Ce sont eux!... (Au loin, cris de blessés et fusillade plus prè«.)

Ah! ces cris!... On s'égorge... Père! sauve-moi! Ce

sont eux!... (Elle se cache dans ses bras.)

d'hémelin, la tenant enlacée.

N'aie pas peur... n'aie pas peur... Denise... ma petite Denise...

DKNISE

Sauve-moi ! sauve-moi !

d'hémelin

Te sauver... Oui, te sauver... Denise... ma petite Denise !

(Lentement, de la main droite, il a tiré son revolver, et par derrière, il amène l'arme à la nuque de sa fille, et tire. Sans un cri, tenant toujours son père embi-nssé, Denise se raidit et sa tête jretombe. — La fusillade continue, puis, soudain, se ralentilt

LA DEUMÈRE TORTUHE 2i;r

s'arrête. — Un silence. — D'Hômelin soutient toujours sa fille morti entre ses bras. — Et îouilain, très loin, indistinct d'abord, ui clairon retcnlil. Le bruit s'approche. On distinguo les tambotu-s des cris lointains, de nouveaux coups de feu. — C'est la chai j;» — Une rumeur croissante : Les alliés! les alliés f)

VOIX DK KERDREC, MORIN, BERNARD, CLÉMENT, au dehor>

Les alliés! Sauvés! Sauvés! Les alliés...

(Clairons, tambours, la charge se rapproche. — Gravier, blesse épuisé, rentre en scène et se précipite au-dovant du consul.)

GRAVIER

Monsieur le consul! Monsieur le consul! Sauvés... Les alliés... les alliés...

(Il s'arrête net devant d'Hémelin immobile, qui tient toujours s. fiUe entre ses bras.)

d'HEMELIN, fou, balbutiant.

Sauvés... sauvés...

(Et il laisse tomber sa fille sur le sol, tandis qu'une grande rum se mêlant aux clairons et tambours de la charge, salue l'arri et le triomphe des troupes européennes. — Le rideau baisse î ; . tement.)

DRAME EN UN ACTE En collaboration av«o GEOIIGES MONTIGNAC

Représ f nié pour la première foia^

êur la scène du Théâtre Moderne^

le SO avril 1904,

PERSOiNNAGES

BERLAND, jeune voyou, tenue d'ouvrier, 20 ans MM. Normand.

LEGHEVA LLIER, juge d'instruction, mise soignée, élégante, 35 ans. Rivers.

POIRKL, greflier de la Morgue, tout habillé de noir, calotte de velours, lunettes, 50 ans Alkx.anork fils.

Un Garde municipal, tenue de service.

Deux Garçons de la M rgub, longues blouses en to;!( Lise, casquettes aux arme.s de la Ville de Paris.

La scène représente une salle du greffe de la Morgue dans laquelle, après la confrontation, on fait passer l'accusé pour l'interroger une dernière fois.

Ameublement sommaire. — A gauche, au premier plan, une petite table; de chaque côté de cette table, deux chaises sur lesquelles sont assis le juge et le greffier. — Portes au fond et à gauche. — Une large baie vitrée au deuxième plan à droite, donnant sur la salle des morts Près de cette table, la Dalle, longue table de marbre, semblable à une table d'opération. Près de la Dalle, un escabeau. — Le fond de la salle est blanchi à la chaux. — Une affiche attire l'œil on y lit : « Règlement de la Morgue ». — Porte à droite, premier plan, par laquelle on amène les prévenus.

Le jour, pendant tout l'acte, diminue peu à peu.

Au lever du rideau, Lechevallier est assis derrière la petite table; il a devant lui sa serviette et son chapeau haut de forme. A côté de Lechevallier, le greffier Poirel écrit, suivant du coin de l'œil, la conversation entre Lechevallier et Berland qui se tient debout devant le magistrat. Au fond de la scène, un municipal surveille les mouvements de Borland.

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