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Sérieuse elle l’est ! Mais il est terrible d’avoir à faire à des gens qui connaissent si sûrement leur devoir, et le vôtre.
Qu’un jour, cependant, la question, pour Madame Aubray, se pose non plus dans l’absolu, mais dans la réalité, que ce ne soit plus un étranger, maïs son fils à qui s'offre l’occasion de mettre en pratique ces théories, que ce fils veuille précisément épouser la fille séduite dont il était question et reconnaître son enfant, quelles hésitations et quelles tortures, quelle lutte avant qu’elle se résigne à consentir ! Et comme la femme héroïque se trouvera soudain une pauvre femme instinctive et douloureuse, une mère domptée comme les autres par le sublime égoïsme maternel !
« J'en appelle à toutes les mères », s’écrie-t-elle et elle a bien raison. Et je ne nie certes pas que tout ce conflit puisse être très beau et très dramatique,que la pièce soit d’une générosité admirable... Mais qu’il ait une valeur démonstrative, c’est une autre affaire. Or Alexandre Dumas ne nous demande pas de l’admirer, il nous demande de le croire et d’être convaincus. De quoi ? Peutil exiger que de se cas particulier (et exceptionnel par la qualité des personnages, par la façon même dont cette jeune fille a été conduite à la faute, par la façon surtout dont elle s’est relevée) nous passions à une loi générale ? « Est-ce que Dumas nous conseille de prendre pour épouses des filles mères ? » demandait encore Sarcey, et c’est d’un bon sens assez vulgaire ; mais, même vulgaire, il ne faut pas trop mépriser le bon sens.
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Un pas de plus dans la même ligne et nous passons de la comédie à thèse au drame symbolique, des Idées de Madame Aubray à la Femme de Claude. Singulière pièce, où se combinent des éléments irréels et des souvenirs cruellement précis de la guerre d’hier, où alternent des scènes d’une admirable puissance dramatique et de purs débats philosophiques — où il ne s’agit même plus de conserver aux personnages les apparences de la vie, — où le héros n’est plus un homme, mais l'Homme « Tu vois ce Claude, ce n’est pas seulement un mécanicien, un inventeur, un homme. c’est l’Homme dans le grand sens du mot, un exemple », où Césarine n'est plus une femme, ni même la Femme, mais le génie du mal, je ne sais quelle bête apocalyptique et malfaisante, — et qui n’a été conçue que pour affirmer ce principe : le droit de tuer ou plus exactement pour illustrer d’un exemple une brochure qu’il venait d'écrire sur ce sujet. Dans sa préface il en rappelle un long morceau :
Et maintenant, si, malgré tes précautions, tes renseignements, ta connaissance des hommes et des choses, ta vertu, ta patience et ta bonté, si tu as été trompé par des apparences et des duplicités ; si tu as associé ta vie à une créature indigne de toi ; si, après avoir vainement essayé d’en faire l’épouse qu’elle doit être, tu n’as pu la sauver par la maternité, cette rédemption terrestre de son sexe ; si, ne voulant plus t’écouter ni comme époux, ni comme père, ni comme ami, ni comme maître, non seulement elle abandonne ses enfants, mais va avec le premier venu en appeler d’autres à la vie, lesquels continueront sa race maudite en ce monde ; si rien ne peut l’empêcher de prostituer ton nom avec son corps ; si elle te limite dans ton mouvement humain, si elle t’arrête dans ton action divine ; si la loi qui s’est donné le droit de lier s’est interdit celui de délier et se déclare impuissante, déclare-toi personnellement, au nom de ton maître, le juge et l’exécuteur de cette créature. Ce n’est pas ta femme, ce n’est pas une femme ! elle n’est pas dans la conception divine, elle est purement animale, c’est la guenon du pays de Nod, c’est la femelle de Caïn : tue-la !
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Je ne discute pas la thèse elle-même quoique, à vrai dire, je ne sais pas ce que Madame Aubray penserait de ce morceau belliqueux. Mais Dumas n’est pas l’homme d’une doctrine arrêtée ; il aime asséner ses coups de droite et de gauche ; l’essentiel est de frapper fort et d’être combattu.
Mais la question est de savoir si le théâtre est la forme d’art qui convienne le mieux à ce genre d’exercices. Luimême semble en douter. « Je n’ai pas voulu faire une pièce de théâtre », dit-il encore, et certes c’était son droit. Mais alors pourquoi l’a-t-il faite tout de même ? Car, enfin, si l’on ne peut dire que le théâtre ait ses lois et si ce mot de lois paraît choquant en matière d’art, il a du moins ses conditions, ses conditions matérielles. Le théâtre ne peut être un art d’idéalisation pure comme la poésie, la musique, ou la méditation métaphysique. Il est, quoi que l’on fasse, attaché au particulier et au concret par son intrigue, ses décors, ses personnages agissants, et si l’on tient à n’évoquer que des idées abstraites, à quoi bon nous les présenter sous les espèces vivantes de ces êtres en chair et en os qu’on nomme des acteurs ?
Il était difficile qu’une création de ce genre ne produisît pas une impression étrange. On ne connaissait pas, en 1873, certain répertoire Scandinave, et en ce sens encore, Dumas était un précurseur.
L’a-til senti lui-même ? A-t-il voulu revenir en arrière ? A-t-il éprouvé le besoin tour à tour de heurter le public et de le ramener par des concessions à son goût ? Ce qui est certain, c’est que la Femme de Claude,
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